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À Ceuta, un incendie volontaire vise des migrants sur fond de racisme

Sun, 13 Sep 2026 12:04:51 CEST

Révolution Permanente

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À Ceuta, plus de 40 échoppes et abris de migrants ont été incendiés aux Naves del Tarajal. Après des semaines d'agressions racistes, l'incendie intervient dans un climat de haine alimenté par la droite et une politique de répression du gouvernement de Sánchez.

Cet article est d'abord paru dans La Izquierda Diario.

Les images des Naves del Tarajal dans la ville de Ceuta parlent d'elles-mêmes : des dizaines de tentes et d'abris de fortune réduits en cendres, les maigres biens de leurs occupants détruits, et près de 200 personnes à nouveau livrées à elles-mêmes. Mais il ne s'agit pas d'un épisode isolé.

Ces derniers jours, les migrants vivant dans ce campement ont subi de nombreuses agressions. Des pierres ont été lancées contre les tentes, ils ont été insultés et pourchassés, tandis qu'un enfant de huit ans a été atteint près de l'œil par un tir de pistolet à air comprimé. Dans ce contexte d'agressions racistes répétées, le fait que plus de 40 abris aient été réduits en cendres doit faire l'objet d'une enquête approfondie afin de déterminer si l'incendie pourrait avoir une origine raciste.

Mais même s'il était finalement démontré que l'incendie était accidentel, une chose, elle, n'a absolument rien d'accidentel : les conditions de misère auxquelles le gouvernement a décidé, dès le premier jour, de condamner les milliers de migrants qui n'ont pas pu quitter cette enclave coloniale.
Le gouvernement espagnol « de gauche », dirigé par le PSOE et Sumar, a décidé — et continue de défendre — une politique visant à affamer et à précariser les migrants pour les pousser à renoncer à leur droit de demander l'asile et à quitter Ceuta.

Cette politique a largement contribué à aggraver le climat de haine qui s'est installé dans la ville à l'encontre des migrants, un climat aujourd'hui alimenté par la droite et l'extrême droite, aussi bien sur le terrain politique que médiatique.

Le racisme ne tombe pas du ciel

Depuis des semaines, l'extrême droite politique et médiatique présente les migrants comme une prétendue menace pour la population de Ceuta. Les déclarations de Vox et des autres secteurs réactionnaires ne sont pas anodines. Ils parlent d'« invasion », réclament l'accélération des expulsions massives et appellent à la « chasse » aux migrants. Ils construisent délibérément l'image de milliers d'êtres humains transformés en ennemi collectif.

On commence par déshumaniser. Puis on désigne du doigt et on persécute. Enfin, les agressions apparaissent. Il existe un lien direct entre ces discours et la montée de la violence et des pogroms racistes.
L'extrême droite a besoin d'un ennemi. Elle a besoin de faire porter la responsabilité des problèmes provoqués par les politiques gouvernementales — manque de logements, dégradation des services publics, bas salaires, précarité — à ceux qui ont le moins. Les migrants constituent une cible idéale.

Le gouvernement « progressiste » est également responsable

Mais il serait trop facile de pointer du doigt uniquement Vox et le reste de l'extrême droite. Le gouvernement du PSOE et de Sumar ne peut aujourd'hui se présenter comme un spectateur innocent, ni feindre l'indignation face à cette situation. Dès le début de la crise, l'exécutif « progressiste » a réagi par une politique dont l'objectif fondamental était de pousser les migrants à quitter Ceuta.

Il a eu recours aux renvois immédiats, à la répression et aux agressions de la part de la police et de l'armée afin d'accélérer des retours qui n'avaient rien de volontaires. Il a refusé toute mesure permettant de garantir un accueil digne et un accès effectif à la procédure d'asile.

C'est tout le contraire qui a été fait. Non seulement aucune aide ne leur est proposée pour répondre à leurs besoins fondamentaux, mais aussi, l'armée contrôle l'accès aux supermarchés en procédant à des contrôles discriminatoires fondés sur le profil racial. Les migrants qui ne disposent pas d'un NIE (numéro d'identification des étrangers) ou d'un DNI (document national d'identité) sont ainsi contraints d'attendre plusieurs heures avant de pouvoir accéder aux magasins. Beaucoup d'entre elles ne peuvent ainsi prendre qu'un seul repas par jour et doivent passer la journée entière à attendre leur tour dans cette véritable situation d'apartheid.
L'État a traité les réfugiés comme des ennemis qu'il fallait faire disparaître. Les partenaires de la coalition de Sumar ont eux-mêmes repris les thèses présentant les immigrés comme une attaque hybride contre la souveraineté nationale.

Lorsqu'un gouvernement laisse des milliers de personnes bloquées pendant des semaines dans des conditions d'extrême précarité, sans logement adéquat, sans ressources suffisantes et soumises à une pression permanente pour qu'elles partent, il contribue à créer les conditions matérielles sur lesquelles prospère ensuite le discours raciste.

C'est ce gouvernement qui a été le premier à alimenter la politique du « qu'ils s'en aillent tous », à travers les déclarations explicites de ses ministres. Il ne peut donc pas s'étonner aujourd'hui que l'extrême droite fasse de ceux qui restent un ennemi.

Une crise humanitaire fabriquée à la frontière

Ce qui se passe à Ceuta constitue une crise humanitaire sans précédent dans cette enclave coloniale. Des milliers de personnes sont arrivées sur un territoire minuscule qui ne dispose pas des capacités nécessaires pour garantir des conditions d'accueil dignes.

La réponse de l'État a été brutale, et celui-ci continue de refuser leur transfert vers la péninsule. Aucun progrès n'a même été réalisé concernant les quelque 2 000 mineurs qui se retrouvent dispersés dans des campements, dans la rue ou dans des entrepôts industriels de la zone d'activité du Tarajal.

La question n'est pas de savoir s'il y a suffisamment de ressources. Car lorsque d'énormes sommes d'argent sont consacrées à la « sécurisation » des frontières, au déploiement de dispositifs policiers tandis que des milliers de personnes doivent dormir dans des tentes de fortune, il est clair que le problème n'est pas le manque de moyens, mais la conséquence du racisme et de la xénophobie d'Etat.

Ceuta est l'un des lieux où la logique de l'Europe-forteresse se manifeste avec le plus de brutalité. Une enclave coloniale transformée en frontière extérieure de l'Union européenne, où les droits de celles et ceux qui tentent de la franchir sont subordonnés aux politiques racistes de l'Etat, qui traque et chasse les sans-papiers.

Ce qui s'est passé à El Tarajal ne saurait être réduit à un simple problème de sécurité autour des entrepôts. Le lien entre la présence des forces de police et de l'armée et les pogroms est évident. À ce jour, aucune arrestation n'a eu lieu et aucun des auteurs de ces actes n'a été identifié.

Les personnes dont les tentes ont brûlé ont besoin immédiatement d'un logement décent, de nourriture, de soins de santé et de protection. Elles doivent pouvoir récupérer leurs biens et, surtout, demander leur régularisation d'urgence ainsi que leur transfert d'urgence vers la péninsule.

L'extrême droite veut que nous regardions les migrants et que nous y voyions une menace. Le gouvernement veut que nous les considérions comme un problème qu'il faut gérer et expulser. La différence entre leur racisme et celui de l'extrême droite n'est qu'une question de degré.

Nous devons les regarder et les reconnaître pour ce qu'ils sont : des travailleurs, des familles, des jeunes et des enfants qui ont des droits, qui appartiennent à notre propre classe et qui fuient le pillage impérialiste mené par l'État espagnol, les autres pays européens, les États-Unis et les autres grandes puissances sur le continent africain.

La réponse au racisme ne peut pas consister à faire bloc derrière un gouvernement qui militarise les frontières, comme tentent de le faire ses partenaires parlementaires, ses chroniqueurs et ses influenceurs « progressistes ». Ici, la logique du « moindre mal » atteint un degré de cynisme inouï. Devons-nous choisir le défenseur des droits humains « le moins mauvais » ? Celui qui utilise la faim comme une arme aux frontières, mais publie ensuite deux tweets sur le multiculturalisme ?

Notre réponse doit consister à organiser la solidarité et la mobilisation sociale pour exiger le transfert urgent vers la péninsule de tous les migrants de Ceuta et leur régularisation. Il faut descendre dans la rue pour s'opposer aux expulsions, défendre la liberté de circulation et d'installation pour tous et abroger toutes les lois racistes sur l'immigration.

Nous devons nous dresser contre le pillage perpétré par les entreprises espagnoles au Maroc et dans le reste du continent, et exiger leur nationalisation sous contrôle des travailleurs afin que les ressources et les capitaux investis soient restitués et que ces entreprises commencent à verser des réparations pour des décennies de spoliation.

Comme l'ont fait nos camarades espagnols le 2 septembre dernier en réponse à la vague de manifestations racistes, les organisations ouvrières, de gauche, antiracistes et les mouvements sociaux ne doivent pas baisser la garde. Elles doivent poursuivre sur la voie de la mobilisation sociale, dans les rues, sur les lieux de travail et dans les établissements d'enseignement.

Nous n'arrêterons pas la droite avec un « progressisme » qui reprend à son compte et applique une partie de son programme raciste. Nous ne pouvons compter que sur nos propres forces : renforcer notre organisation et notre capacité de lutte afin de construire un rempart contre la droite et contre les politiques réactionnaires mises en œuvre par le « progressisme ».

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