Bienvenue en France : une action étudiante dénonce l'hypocrisie de l'Unistra, qui applique la mesure raciste
Sun, 13 Sep 2026 16:55:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe 10 septembre, des étudiants ont interrompu la cérémonie de rentrée de l'Université de Strasbourg afin de dénoncer l'hypocrisie de la présidence, qui se vante de son « ouverture au monde » mais applique le décret raciste Bienvenue en France. L'action unitaire, impulsée par le Poing Levé, a été brutalement réprimée par la sécurité.

Ce jeudi 10 septembre, la cérémonie de rentrée de l'Unistra s'est ouverte en présence de la présidente Frédérique Berrod, au côté d'officiers en uniformes, de personnalités locales ou encore d'élus comme la maire PS, Catherine Trautmann, assise en tribune. La présidente a introduit l'événement avec un discours particulièrement hypocrite : celle-ci y a fait l'éloge de « l'ouverture au monde » de l'université, un « combat » qu'elle entend mener malgré les « difficultés budgétaires, les enjeux géopolitiques, les pressions doctrinaires ». Elle s'est félicitée de « l'accueil digne » de 22% d'étudiants étrangers au sein de l'établissement. Enfin, elle a condamné « les attaques » que prévoit l'AfD contre les universités. Mais c'est pourtant la même présidence qui applique depuis maintenant un an la préférence nationale, revendication historique de l'extrême-droite, à travers le décret Bienvenue en France, et avait exclu en plein milieu de l'année universitaire 25 étudiants étrangers n'ayant pas pu payer les 3900 € de frais d'inscription.
C'est pourquoi le Poing Levé, ainsi que la FSE et l'AES, ont décidé d'interrompre la cérémonie pour dénoncer les politiques de la présidence.
Alors que les applaudissements retentissaient, Zoe, militante au Poing Levé et étudiante en sociologie, est intervenue pour rappeler la réalité derrière le discours : « Vous parlez d'attractivité pour les étudiants et chercheurs étrangers, d'internationalisme, pendant que des dizaines d'étudiants étrangers n'ont pas pu faire leur rentrée ! [...] Le pire, c'est que vous osez dire à nos camarades gabonais, congolais ou nigérians, d'aller quémander des bourses auprès de la Fondation Unistra. Vous leur demandez donc d'espérer que des multinationales comme Total, Orena ou Eramet financent leurs études avec l'argent directement volé à leur propre pays. Car ces multinationales françaises y mènent, depuis la colonisation et encore aujourd'hui, le pillage impérialiste, et sont directement responsables du ravage de l'environnement, des conditions de vie et même de conflits armés ! ».
La Fondation Unistra, organe de financement privé de l'université, s'appuie sur le mécénat pour masquer les effets de l'austérité appliquée par la présidence de la fac, à la demande du gouvernement. Elle se targue ainsi d'être à l'avant-garde du financement du supérieur par des fonds privés, en échange de quoi l'Unistra permet que des entreprises majeures de l'impérialisme français comme Total ou Axa cherchent à influencer les savoirs et la recherche au service de leurs intérêts. C'est vers la « Mission solidarité », en grande partie financée par cette fondation, que sont donc cyniquement redirigés les étudiants étrangers, dans l'espoir d'obtenir quelques aides pour amortir les frais différenciés.
L'action a été la cible d'une répression particulièrement brutale de la part de sécurité : à peine la banderole déployée, on tente de l'arracher aux étudiants, les agents saisissent Zoe par l'épaule, tentent de la ceinturer et même de lui arracher son téléphone. La présidente tente de couvrir la voix des étudiants, essaie de se tirer d'affaire en affirmant que le message « a été entendu », alors même que dans les gradins en face d'elle, on tente à tout prix de les faire taire. Les étudiants scandent : « Pas de rentrée sans étudiants étrangers ! » alors qu'ils sont expulsés de la salle par les vigiles. Puis le silence revient. Trautmann a ensuite pris la parole, non sans chercher à dépolitiser l'action sur un ton paternaliste, en ironisant sur sa propre expérience de mai 68 qui aurait « forgé » son sens politique.
Ont ensuite été remis les Diplômes Universitaires d'Engagement Étudiant (DUEE). Parmi les lauréats, des membres de l'AFGES, association centenaire liée à la FAGE, qui prétend lutter contre la précarité étudiante et même contre Bienvenue en France, mais avait voté… en faveur de l'application du décret à l'Unistra ! Un des militants a invité chaleureusement l'assemblée à donner à la Fondation pour « soutenir les projets » de l'université. Et pour cause, c'est cette même fondation, et derrière elle ses partenaires privés, qui financent l'AFGES… Trautmann n'a pas tari d'éloges à l'égard de l'association, la remerciant d'exister pour « maintenir le dialogue » – autrement dit, de cogérer volontiers la précarité étudiante, la casse de l'université et des conditions d'études. Autres lauréats du DUEE : deux étudiants récompensés pour leur engagement comme réservistes, respectivement dans la marine et l'armée de terre. Un rappel que la présidence veut encourager la militarisation des lieux d'étude, et rejoint l'objectif du gouvernement de mettre les facs au service de l'armée et de la mise au pas de la jeunesse.
La brutalité de la répression subie par nos camarades montre que la présidence ne veut pas que la jeunesse fasse de la politique sur son lieu d'étude, encore plus quand il s'agit de démasquer l'hypocrisie d'une fac qui vante les mérites de son « accueil » mais applique une loi de préférence nationale. Une attitude répressive qui n'est pas nouvelle de la part de l'Unistra, qui avait fait évacuer une assemblée générale il y a trois ans et exclu un an avec sursis deux étudiantes, militantes à la FSE mobilisées contre l'extrême-droite.
Contre le tri raciste à l'université, et derrière lui le projet de la bourgeoisie pour fermer les universités non seulement aux étudiants étrangers, mais à toutes les classes populaires, il est vital que le mouvement étudiant s'organise pour revendiquer l'abrogation de Bienvenue en France et de toutes les lois racistes, la fin des partenariats privés dans le supérieur ainsi qu'une université ouverte à toutes et tous sans conditions de revenus ni de nationalité.
Nous appelons en ce sens à rejoindre les différents comités d'action unitaires contre Bienvenue en France appelés par le Poing Levé partout dans le pays. À Strasbourg, un premier comité se tiendra ainsi lundi 14 septembre à midi.