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Marseille : le Marché du Soleil part en fumée, les classes populaires chassées du centre-ville

Sat, 12 Sep 2026 17:38:27 CEST

Révolution Permanente

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Trois jours après sa fermeture définitive, le Marché du Soleil a été réduit en cendres. Après des mois de présence policière et de fermeture administrative, sa destruction intervient alors que la mairie poursuit la gentrification du centre-ville marseillais.

Jeudi 10 septembre au petit matin, un immense incendie a ravagé le Marché du Soleil, dans le quartier populaire de la porte d'Aix, en plein cœur de Marseille. Les flammes ont embrasé près de 2000 m² sur les 3600 que comptait ce bazar vieux d'une quarantaine d'années. 71 riverains ont été évacués par les marins-pompiers, sans faire de victimes pour le moment. Toute la journée, le quartier a été bouclé par la police, et les marins-pompiers ont dû mettre en place un dispositif impressionnant avec des dizaines de camions pour maîtriser le feu et sécuriser le site, les immeubles voisins menaçant encore de s'effondrer. Cette nouvelle catastrophe se produit alors que quatre immeubles se sont effondrés dans Marseille depuis début juin, faisant au moins un mort au mois d'août, avec en cause la politique consciente de la mairie et de l'État qui laisse pourrir les infrastructures pour mieux les raser ensuite.

Une destruction qui arrange les politiques de gentrification du quartier, entamées par l'Etat et la mairie

Cet incendie survient seulement trois jours après la décision du tribunal correctionnel de Marseille de fermer définitivement le marché, le 7 septembre, après déjà une fermeture administrative prononcée par la préfecture au mois de février. Cette fermeture a laissé des dizaines de travailleurs et de familles sur le carreau, qui travaillaient et faisaient vivre le poumon économique d'un des quartiers les plus populaires de la cité phocéenne.

Si un recours devant la justice était encore possible, bien qu'il ne laissait que peu de perspectives, l'incendie vient mettre un terme aux espoirs de rouvrir les commerces abrités par le Marché du Soleil. Une destruction qui arrange bien l'État, la mairie, et leurs politiques de transformation urbaine et de gentrification du quartier. Au lendemain de la décision de justice, Anthony Krehmeier, maire Printemps Marseillais de secteur (2e et 3e arrondissements), réfléchissait déjà au devenir du lieu. Il évoquait ainsi la piste d' « un grand marché oriental » dont l'aménagement pourrait être confié à Euroméditerranée. La classe politique qui organise la politique de gentrification du centre-ville, et cherche à repousser les classes populaires de plus en plus loin, n'aura donc pas perdu de temps pour commencer à réfléchir à comment transformer cet incendie dramatique pour le quartier et les travailleurs en une aubaine économique lucrative.

L'institut public d'aménagement, représentant par excellence des politiques de gentrification planifiées par l'État et la municipalité, avait déjà fait ses preuves à plusieurs reprises dans sa capacité à faire la guerre aux classes populaires et aux marchés informels, comme celui du Marché du Soleil. En l'occurrence, l'année dernière, leurs bulldozers avaient déjà expulsé les biffins de Gèze, qui constituaient dans le 15e arrondissement le plus grand marché informel de France, avec l'appui de la police de Payan.

Difficile de ne pas voir la même mécanique à l'œuvre. Sur la place Marceau, en même temps que le marché part en fumée, un campus haut de gamme vient de pousser de l'autre côté de la rue Camille Pelletan, accueillant des écoles privées aux frais d'inscription exorbitants, 10 000 € par an rien que pour l'ECE. Quelques mois auparavant, à la porte d'Aix voisine, la rénovation de la place et l'installation de l'école d'architecture avaient déjà servi à justifier la présence constante de la police municipale, censée « rassurer les habitants et lutter contre les incivilités et les trafics », alors qu'on sait qu'elle sert avant tout au harcèlement des personnes racisé.es et des sans-papiers.

Noailles, Porte d'Aix : une même vieille méthode pour chasser les classes populaires

Les Marseillais étaient très attachés à ce lieu vivant et emblématique qui offrait à tous.tes la possibilité de s'habiller, ce qui devient de plus en plus difficile en ces temps de crise inflationniste. Depuis la fermeture du marché en février, l'activité de tout le quartier s'est effondrée. L'incendie vient mettre rajouter à tout cela une disparition spectaculaire et traumatisante, mais qui ne semble pas étonner les riverains.
« Quand j'ai vu la fumée plus décision de justice, franchement c'est pas étonnant fallait s'y attendre quand même » témoigne un riverain au micro de BFM Marseille. « Ça fait de la peine de voir que ça se termine comme ça, après c'est pas très étonnant, je sais pas pourquoi mais je suis pas étonnée »

Et pour cause, on retrouve là une vieille méthode marseillaise qui a fait ses preuves à Noailles depuis le système Gaudin : laisser pourrir le centre ancien dégradé jusqu'à ce que les immeubles s'effondrent littéralement sur eux-mêmes et sur leurs habitants, pour en expulser les classes populaires de fait. Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles rue d'Aubagne faisait huit morts et entraînait le relogement de 4500 personnes. Le 18 juin 2026, encore, plusieurs planchers s'écroulaient dans un immeuble de cinq étages au 3 rue Halle-Delacroix, entraînant la mort de Mohamed El Khalfioui des suites d'une pneumopathie contractée du fait de l'inhalation des poussières. Alors que les projets immobiliers flambant neufs n'ont pas de mal à sortir de terre à Euromed, la rénovation du bâti dégradé n'est pas à la hauteur de l'urgence.

Cette vieille politique, c'est celle de Gaudin, qui a laissé volontairement le centre ancien se dégrader pendant des décennies. Mais c'est aussi celle qu'incarne Payan, qui a fait de la lutte contre le mal-logement son cheval de bataille lors des municipales de 2020, pour surfer sur les aspirations des habitants, mais dont l'inconséquence nous est rappelée par les tragiques événements récents. Les effondrements se succèdent, des habitants meurent, et les marchés populaires partent en fumée.

Pour les habitants le message envoyé est clair, les classes populaires n'ont plus leur place dans ce quartier en cours de « requalification ». Et quand c'est l'État, la mairie, et leurs politiques néolibérales, qui s'en chargent, c'est toujours au détriment des plus précaires.

Il faut de manière urgente poser la question de qui a le droit de faire la ville, et opposer un front large aux politiques austéritaires et autoritaires qui permettent de refaçonner nos quartiers selon les intérêts des classes dominantes et de la bourgeoisie marseillaise. En renforçant l'organisation des habitants et des travailleurs de ces quartiers en comité, comme le collectif du 5 novembre - Noailles en colère, il est urgent d'opposer à la mairie un rapport de force capable d'imposer d'autres priorités.

Comme le chantait Massilia Sound System, « si l'on voulait vraiment embellir notre cité, il faudrait un marché du soleil dans chaque quartier ».

Crédit photo : capture d'écran BFM Marseille

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