À l'hôpital de Soissons, les infirmiers en grève contre la casse de leurs conditions de travail
Fri, 11 Sep 2026 19:33:18 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis le 2 septembre, les infirmiers de bloc opératoire de l'hôpital de Soissons se mobilisent contre une réorganisation qui pourrait leur faire perdre jusqu'à 600€ par mois tout en augmentant leur temps de travail.

À l'hôpital de Soissons, les infirmiers et infirmières de bloc opératoire diplômées d'État (IBODE) et les infirmiers anesthésistes diplômés d'État (IADE) et les infirmiers diplômés d'État (IDE) sont en grève face à des attaques de leur direction contre leurs conditions de travail et leurs salaires. Depuis le 2 septembre, ils se mobilisent contre une réorganisation de la permanence des soins qui implique notamment le passage aux astreintes, sous prétexte de s'aligner sur les recommandations de l'Agence nationale pour la performance hospitalière.
Jusqu'ici, les personnels étaient présents sur place, permettant d'intervenir en seulement deux à trois minutes en cas d'urgence. Depuis le 1er septembre, la direction veut imposer un système d'astreinte avec un délai pouvant aller jusqu'à 30 minutes. Une organisation qui pose évidemment problème pour la prise en charge des patients et qui permet surtout à la direction de réduire les coûts.
Et pour les personnels, la facture est salée. Entre 200 et 300 euros de perte mensuelle pour certains, jusqu'à 450 voire 600 euros pour les collègues les plus anciens, sans aucune compensation réelle. Très clairement, il s'agit de travailler plus, d'être davantage mobilisés en cas d'urgence, tout en gagnant moins.
Face à cela, les infirmiers de Soissons se sont mis en grève lors d'une première journée de mobilisation le 2 septembre. Ils ont appelé ce jeudi 10 septembre à un rassemblement devant l'hôpital, tracts à la main pour s'adresser aux usagers. « Nous, on défend la sécurité de nos patients et nos conditions de travail » explique Valérian, infirmier.
Pour les grévistes, cette réforme s'inscrit dans une logique plus large : réduire les coûts au détriment des personnels et des patients. Plusieurs collègues ont déjà quitté l'hôpital, dont certains pour rejoindre la clinique privée d'en face. Face à la dégradation de l'hôpital public, c'est la possibilité même de soins de proximité pour les usagers qui se pose : « Les patients n'auront que le choix de payer pour être soignés », déplore Valérian.
La direction s'attaque au droit de grève
Mais la direction ne se contente pas d'imposer sa réorganisation. Elle tente également de limiter la possibilité même pour les soignants de se mobiliser.
Depuis le début du mouvement, plusieurs protocoles de grève ont été imposés et modifiés par la direction. Alors que le CSE avait rendu un avis défavorable, un nouveau protocole a été élaboré, prévoyant notamment qu'à partir du quatrième jour de grève, une très grande partie de l'activité doit être maintenue, y compris hors opérations d'urgence.
Surtout, les assignations se multiplient. Les personnels expliquent être assignés au jour le jour, en masse, précisément au moment où ils souhaitent exercer leur droit de grève et se rassembler devant l'hôpital. Une stratégie qui permet à la direction de maintenir l'activité tout en empêchant les grévistes de rendre leur mobilisation visible. « Même la grève surprise du 8 septembre, organisée en s'appuyant sur le préavis national, a été immédiatement confrontée aux assignations », rapporte Grégory, président du Collectif Inter-Blocs, qui accompagne la mobilisation.
Un recours gracieux a d'ailleurs été déposé fin juillet par l'avocate du Collectif Inter-Blocs contre la réorganisation et les atteintes au droit de grève. La direction n'a, à ce jour, pas répondu.
Malgré ces pressions, la mobilisation se poursuit. Ce jeudi 10 septembre, 28 IBODE et IADE étaient en grève, dont une vingtaine n'étaient pas assignés et ont pu participer au rassemblement devant l'hôpital. Les soignants ont également remis une contre-proposition à la direction, qui doit être débattue ce vendredi 11 septembre lors d'un nouveau rendez-vous avec celle-ci.
L'équipe reste soudée et s'organise. Réunions en visioconférence, décisions collectives, comptes rendus après les rencontres avec la direction : les soignants cherchent à construire leur mouvement, avec l'appui du Collectif Inter-Blocs et de la CFDT.
La direction a formulé ses propres propositions, en agitant des rémunérations et des primes. Mais pour les grévistes, il ne s'agit pas de négocier à la marge quelques primes : c'est toute la logique de la réorganisation qui est contestée. « Tant qu'on n'a pas d'écrit formel, on ne lâchera rien », affirme un infirmier mobilisé.
Les attaques de la direction du CH de Soissons font écho aux saignées austéritaires dans tout l'hôpital public, où l'on exige des soignants de travailler toujours plus, avec toujours moins de moyens, à l'heure où l'État taille dans les budgets de la santé pour mettre toujours plus d'argent dans l'armée. Il y a deux mois, c'était les IBODE de Necker qui faisaient grève pour dénoncer des conditions de travail intenables. Contre les coupes budgétaires faites sur le dos des soignants et des usagers, les mobilisations de soignants montrent que seule une réponse par en bas, des travailleurs et des usagers, peut imposer un programme d'urgence pour l'hôpital public. Soutien aux personnels de Soissons en grève !
Crédits photo : Collectif inter-blocs.