Toulouse Capitole : malgré la répression, étudiants et personnels se mobilisent contre Bienvenue en France
Thu, 10 Sep 2026 20:53:06 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMardi 8 septembre, plus de 50 étudiants et personnels de Toulouse Capitole se sont réunis pour lancer le premier comité d'action de la ville contre « Bienvenue en France ». Face à une présidence qui a tout fait pour empêcher la réunion, les étudiants ont arraché le droit de se réunir.

Alors que la salle réservée pouvait accueillir 150 personnes, la présidence de l'UT Capitole a tenté d'imposer à la dernière minute une salle limitée à 35 places, avant de faire intervenir la sécurité de l'université pour empêcher la tenue du comité dans les conditions prévues. Face à cette manœuvre, les étudiants présents ont investi le cloître et obtenu d'y tenir leur réunion. Ce comité s'inscrit dans la dynamique des premiers comités d'action lancés partout en France en ce début de rentrée, à commencer par celui qui s'est réuni à Paris début septembre.
Cette volonté d'empêcher les étudiants de s'organiser n'est pas surprenante de la part de la présidence de l'UT Capitole, qui applique déjà les frais d'inscription différenciés depuis 2019. Alors que le gouvernement cherche aujourd'hui à généraliser cette politique, la direction de l'université entend défendre une mesure dont elle est déjà l'une des principales expérimentatrices. Le décret « Bienvenue en France » instaure de fait la préférence nationale à l'université : les étudiants extra-européens doivent payer jusqu'à 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master. Dans la discussion, les témoignages d'étudiants concernés ont permis de montrer que l'enjeu dépasse le seul montant de ces frais. Faute de paiement, les universités refusent de délivrer les certificats de scolarité. Or, sans ce certificat, de nombreux étudiants étrangers ne peuvent pas renouveler leur titre de séjour : celles et ceux qui n'ont pas les moyens de payer peuvent tout simplement se retrouver sans titre de séjour, en situation irrégulière, sous le coup d'une OQTF. « Bienvenue en France » ne trie donc pas seulement les étudiants qui pourront ou non financer leurs études : c'est un dispositif d'État qui produit lui-même de l'irrégularité, puis des expulsions.
La discussion a aussi mis en avant l'inquiétude que suscite cette attaque, qui touche directement l'avenir de nombreux étudiants. Et pour cause, « Bienvenue en France » présage une généralisation de l'augmentation des frais d'inscription contre l'ensemble des étudiants. Un rapport sénatorial préconise à ce titre le renforcement de la sélection à la sortie du lycée et l'augmentation des frais d'inscription pour tout le monde. Dans le comité, la discussion a été marquée par une détermination collective à ne pas laisser passer cette réforme, à refuser toute division entre étudiants européens et non européens et se battre pour une université ouverte à toutes et tous.
Plusieurs interventions ont resitué « Bienvenue en France » dans un mouvement plus large de répression et de xénophobie : la loi « permis de tuer », la proposition de loi du RN sur le voile et le déchaînement médiatique qui l'accompagne, ou encore la manière dont plusieurs ministres cherchent à se positionner en rempart face à l'extrême droite tout en reprenant une partie de son programme. Une offensive qui s'inscrit aussi dans la continuité de la politique impérialiste française, qui importe jusque dans les universités la logique de tri déjà appliquée aux frontières. Plusieurs étudiants ont mentionné que ce climat faisait écho à la percée de l'extrême droite ailleurs en Europe, à l'image de l'AfD, en position de diriger pour la première fois depuis 1945 un exécutif régional en Allemagne, à l'issue du scrutin de Saxe-Anhalt du 6 septembre.
Ce qui est ressorti de ces échanges, c'est la volonté du comité de se massifier pour combattre cette énième attaque raciste, qui constitue aussi un précédent historique en matière de restriction de l'accès à l'université pour les personnes racisées et les classes populaires. Cette détermination s'est traduite par plusieurs décisions concrètes. Une première action serait prévue le 15 septembre à l'UT Capitole, dans le cadre de la mobilisation nationale, avec une commission créée dans la foulée du comité pour en préciser les contours. De ces échanges est aussi ressortie la nécessité d'informer largement et de se lier au plus grand nombre d'étudiants et de personnels possible, pour créer les conditions d'une victoire qui fasse reculer aussi bien le gouvernement que les présidences d'universités.
Dans cette perspective, les étudiants ont discuté d'organiser une diffusion suivie d'un débat, pour sensibiliser à la chasse aux immigrés organisée par l'État, dont « Bienvenue en France » n'est qu'un rouage. Une première proposition de film a émergé : Mayotte : île sous domination, un documentaire qui donne notamment la parole à des étudiantes comoriennes confrontées aux OQTF et aux expulsions. Plusieurs membres du comité, aux compétences techniques en audiovisuel, ont d'ores et déjà proposé de participer à la diffusion de ce contenu. Enfin, plusieurs étudiants présents ont mis en commun leurs expériences de mobilisation, à la fac comme au lycée, dans la perspective de construire un cadre large et ouvert, capable d'intégrer de nouveaux étudiants et personnels au fil des semaines.
Ce premier comité d'action a ainsi permis de poser les bases d'une mobilisation inter-universitaire à Toulouse puisque plusieurs étudiants du Mirail et de l'Université Paul Sabatier se sont joints à cette première réunion. Si le gouvernement veut imposer deux catégories d'étudiants en généralisant la préférence nationale à l'université, ce comité a montré qu'il existe bien un seul camp face à lui : celui des étudiants et des personnels déterminés à se mobiliser contre le gouvernement et ses lois racistes et contre la montée de l'extrême droite. Rendez-vous le 15 septembre dans la rue et sur les campus, et le mercredi 16 septembre à 18h30 pour le prochain comité d'action !
Crédits photo : Benh LIEU SONG, CC BY-SA 3.0.