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Censure : la ville de Strasbourg retire une illustration de sa communication pour un « Stop Genocide »

Thu, 10 Sep 2026 08:46:11 CEST

Révolution Permanente

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Une illustration figurant en couverture du programme de rentrée des médiathèques de Strasbourg a été retirée par la mairie socialiste. Celle-ci représentait une rue, sur un mur de laquelle on pouvait lire un graffiti « Stop Genocide !! ». Par cette censure faite au nom du « dialogue » et du « rassemblement », la mairie de Trautmann rappelle une fois de plus son soutien inconditionnel à l'Etat d'Israël au moment où le génocide à Gaza se poursuit.

En ce début d'année scolaire, les employés des médiathèques de la ville de Strasbourg ont reçudes instructions surprenantes : retirer les quelque 13 000 exemplaires de l'agenda culturel septembre-octobre de ces établissements. La raison invoquée officiellement ? Une « réimpression » suite à un « problème technique ». Mais il suffit d'observer un peu la couverture du livret, dont la quasi-totalité des exemplaires ont été détruits, pour deviner les véritables motivations de la décision.

Sur celle-ci figurait une illustration de la dessinatrice Magali Attiogbé issue du livre Rue des Quatre-Vents : au fil des migrations, qui raconte l'évolution d'une rue depuis le XIXe siècle à mesure que les migrations se succèdent. Le dessin choisi représente la rue en 2026 avec divers éléments, dont sur un mur en arrière-plan, un graffiti « Stop Genocide !! ». Un slogan auquel Catherine Trautmann et sa municipalité PS ne pouvaient pas envisager une seule seconde d'être associés, eux qui n'ont jamais caché leur complaisance avec l'Etat d'Israël.

Parmi les médiathécaires, la confusion règne d'abord : « Il y avait des rumeurs, un sentiment d'incompréhension et d'indignation pour celles et ceux qui savaient. Le devoir de réserve des fonctionnaires oblige, peu d'agent·es se sentaient libre d'en parler. [...] Une partie des équipes a fait remonter par voie hiérarchique leur indignation », rapporte une source désirant rester anonyme. Puis l'affaire est révélée brièvement par une publication sur Reddit, supprimée quelques heures plus tard, avant d'éclater dans la presse, contactée par les syndicats. Forcée de réagir, la direction de la culture finit par s'adresser aux salarié·es, tentant de calmer la situation et de montrer la bonne foi de la mairie.

Contactée par Rue89 Strasbourg, celle-ci déplore un « choix de communication […] fait sans validation politique ni hiérarchique ». Trautmann et son premier adjoint Mathieu Cahn vont plus loin en blâmant « l'erreur » d'un « agent de la Ville ». Une façon de remettre la responsabilité du scandale « sur le processus de validation et donc l'agent responsable de cette validation par extension », comme le résume notre source.

Derrière la décision se trouve en premier lieu une adjointe responsable, entre autres, de la lecture publique et de la promotion du livre. Si la mairie martèle à tort et à travers l'absence de « validation », non seulement hiérarchique mais surtout politique, la communication du réseau des médiathèques n'est pourtant jamais sujette à de telles vérifications en temps normal : « aucune une d'agenda n'a été validée par les élu·es à la lecture publique. Au mieux, ils méconnaissent le système et au pire ils se cherchent un bouc émissaire pour légitimer cet ordre ».

Concrètement, Trautmann et son entourage cherchent à faire accepter la censure d'un slogan « sorti de son contexte », sur un sujet « particulièrement explosif » qui susciterait des « incompréhensions », en détournant la faute sur les employés de la collectivité. Et cela, en osant même instrumentaliser la parole de l'illustratrice (qu'ils n'ont d'ailleurs pas pris la peine de prévenir du retrait), prétendant qu'elle n'aurait « jamais demandé à ce qu'on comprenne autrement ce qu'elle avait voulu dire », qu'il ne faudrait pas prendre différemment un dessin issu d'un livre jugé, lui, « très mesuré ».

Quoi de plus ambigu en effet que les mots Stop Genocide ? Trautmann, comme le reste de son équipe, feint la neutralité pour masquer sa complicité totale à l'égard d'Israël, et ce depuis ses débuts à la ville de Strasbourg. L'élue est en effet elle-même à l'origine du jumelage entre la capitale européenne et la ville israélienne de Ramat Gan, qu'elle avait impulsé au cours du premier mandat de maire de sa longue, très longue carrière politique, en 1991. Elle n'a depuis pas cessé de défendre ardemment cette initiative, martelant une fois réélue que « ce n'est pas à Strasbourg de juger s'il y a eu génocide ou pas », faisant l'éloge de la « coopération active » avec un maire partisan de Netanyahu, et osant même accuser LFI d'instrumentaliser le génocide pour « chercher des voix dans les quartiers ».

La mairie prône le dialogue et l'apaisement, mais n'a jamais affirmé que son soutien à Israël, comme l'a montré également l'annulation d'un concert de Médine en juin dernier. Plus largement, le climat de répression d'État qui sévit depuis le 7 octobre 2023 contre les voix solidaires du peuple palestinien n'épargne pas les artistes ni le monde de la culture, qu'il s'agisse des deux étudiants des Beaux-Arts de Paris réprimés, du retrait d'une photo de Gaza exposée à Deauville ou de l'exclusion des artistes palestiniens du programme Pause. En parallèle, l'État est vent debout pour défendre la liberté de création d'artistes critiqués pour leur soutien à Israël comme Barbara Butch.

Comme l'explique notre source, cette censure constitue un précédent dangereux : « on se demande si l'élue va vouloir valider toutes les unes des programmes et puis toutes les animations ou encore les choix des collections ». Il s'agit aussi d'une attaque scandaleuse contre la liberté de création artistique et contre les employés des médiathèques de Strasbourg, comme l'illustre le climat de peur et d'incompréhension : « on a peur de ne plus pouvoir faire notre métier librement et que l'ingérence augmente ». Face à la complicité avec le génocide honteuse de Catherine Trautmann, nous envoyons notre plein soutien aux médiathécaires et à Magali Attiogbé !

Illustration de Magali Attiogbé tirée de Rue des Quatre-Vents : au fil des migrations Les Éditions des Éléphants

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