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Le défi houthi et le détroit de Bab el-Mandeb : un nouveau front pour Washington

Thu, 10 Sep 2026 23:37:17 CEST

Révolution Permanente

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Ce qui se passe au Yémen ne peut être dissocié de l'affrontement plus large entre l'Iran et les États-Unis.

Les Houthis ont déjà démontré, lors de la guerre précédente, que l'immense supériorité financière et technologique de l'Arabie saoudite ne suffisait pas à les vaincre. Les frappes étasuniennes n'ont pas davantage réussi à anéantir leurs capacités militaires. Aujourd'hui, ils disposent d'une expérience du combat plus importante ainsi que de missiles et de drones développés avec l'appui de l'Iran. Mais ce serait une erreur que de réduire les Houthsi à de simples instruments de Téhéran. L'Iran est leur principal allié stratégique et tire clairement profit de leurs capacités, mais les Houthis ont leurs propres intérêts et leur propre dynamique politique.

C'est précisément là que réside une partie de leur importance pour l'Iran. Téhéran n'a pas besoin de contrôler chacune des décisions de ses alliés pour en tirer un avantage stratégique. Un mouvement houthi capable de menacer Bab el-Mandeb, de mobiliser l'attention et les moyens de l'Arabie saoudite et de contraindre les États-Unis à déployer des ressources constitue, à lui seul, un moyen de pression considérable.

Bab el-Mandeb transforme en outre un conflit local en un problème international. Les Houthis n'ont besoin ni de vaincre la marine étasunienne ni de fermer durablement le détroit. Il leur suffit de démontrer qu'ils sont capables de menacer régulièrement la navigation commerciale et de faire monter le coût du transit par le détroit. Ils contraignent ainsi Washington et ses alliés à choisir entre accepter cette nouvelle situation ou se lancer dans une nouvelle campagne militaire aux résultats incertains.

Washington peut frapper les installations houthies et réduire temporairement leurs capacités. Mais si, pour obtenir un résultat durable, les États-Unis doivent répéter indéfiniment ces opérations, ils se heurtent de nouveau à la même limite qu'en Iran : la difficulté de transformer leur supériorité militaire et leurs opérations aériennes en résultats politiques durables. Cela ne signifie pas que les deux situations soient équivalentes : les Houthis ont davantage de vulnérabilités que la République islamique. Pour cette raison, il est d'autant plus significatif que même un adversaire beaucoup plus faible que l'Iran puisse contraindre Washington à mener une campagne prolongée.

Le casse-tête saoudien est encore plus épineux. Riyad dispose d'armements sophistiqués et d'immenses ressources financières, mais le royaume a déjà constaté que l'argent et la supériorité aérienne ne permettent pas, à eux seuls, d'établir une dissuasion durable. Pour vaincre les Houthis, il ne suffit pas de bombarder leurs positions : encore faut-il parvenir à convertir cette supériorité en une capacité réelle à contrôler le terrain et à infléchir le comportement de l'adversaire.

La crise met également à l'épreuve les nouvelles architectures régionales de sécurité. L'« Alliance de La Mecque », qui réunit l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, doit désormais démontrer si elle constitue véritablement une alliance militaire ou si elle n'est qu'un cadre diplomatique. Pour l'heure, ses membres n'ont manifesté aucune volonté d'intervenir militairement. Washington souhaite que ses alliés régionaux assument une plus grande part de la responsabilité de leur propre sécurité. Mais lorsque cette stratégie échoue, l'intervention directe des États-Unis s'impose de nouveau. Or chaque nouvelle intervention mobilise des ressources, expose les forces étasuniennes et risque d'ouvrir un front supplémentaire dans une région déjà profondément déstabilisée.

C'est pourquoi l'importance du Yémen dépasse très largement les frontières du pays. Les Houthis n'ont pas besoin d'être en mesure de vaincre les États-Unis pour modifier l'équilibre régional. Il leur suffit d'empêcher Washington de pouvoir imposer cet équilibre unilatéralement. Plus concrètement encore, un éventuel blocage du détroit de Bab el-Mandeb vient s'ajouter aux conséquences stratégiques qu'aurait un blocus iranien du détroit d'Ormuz : une force relativement modeste peut contraindre une superpuissance à consacrer des moyens toujours plus importants pour l'endiguer et transformer un conflit régional en un problème pour le commerce mondial.

Crédits photo : Capture d'écran The Iran Observer sur X.

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