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Insalubrité, inondations et nuisibles : le quotidien des étudiants du CROUS du Saulcy à Metz

Wed, 09 Sep 2026 19:35:57 CEST

Révolution Permanente

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Inondations, cafards et canicule : la rentrée des étudiants vivant dans la résidence universitaire du campus du Saulcy à Metz tourne au cauchemar, alors que le CROUS reste silencieux et que les sinistrés sont livrés à eux-mêmes. Le Poing Levé s'est rendu sur place pour rencontrer les étudiants et défend la perspective d'une mobilisation en cette rentrée.

« Pendant trois heures, l'eau a coulé »

Dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 septembre, vers 4 heures du matin, une inondation a éclaté au troisième étage du Pavillon 7 du CROUS du Saulcy. L'eau a coulé pendant trois heures jusqu'à l'intervention des pompiers, appelés par les étudiants eux-mêmes, qui ont coupé l'eau et l'électricité vers 7 heures.
Les dégâts sont considérables : murs détrempés, plafonds effondrés, portes gondolées. De certains seuils de portes, des clous dépassent désormais. De nombreux étudiants absents au moment des faits ont découvert l'ampleur du sinistre à leur retour. L'eau et l'électricité n'ont été rétablies que dans la soirée, mais pas au troisième étage qui a été le plus touché. Lorsque nous nous sommes rendus sur place lundi 7 septembre, l'entièreté de l'étage était encore plongée dans le noir, les plafonds désossés, les câbles à nu, et la tuyauterie à l'air libre. Une étudiante, qui devait déménager ce mois-ci, a quitté les lieux dès le lendemain de l'inondation. « L'humidité, c'est affreux, témoigne-t-elle. On se croirait dans les tropiques, et ça pue le placo pourri. »

L'origine de la fuite reste inconnue. Les étudiants décrivent une eau jaune-orangé ayant ruisselé jusque dans le hall depuis le troisième étage, eau qui a stagné toute la journée avant d'être enfin épongée. À ce jour, aucune explication officielle ni plan de relogement n'ont été communiqués par le CROUS. Les étudiants se retrouvent seuls face à cette catastrophe, en pleine période de rentrée. Un étudiant raille : « Être étudiant au CROUS, c'est devenu un emploi à plein temps : tu crois que tu vas passer ton week-end à réviser, et tu te retrouves à prévenir tes voisins que leur appartement est inondé et à tout gérer toi-même. »

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Canicule, nuisibles : un mal-logement qui fait système

L'inondation n'est pourtant que le dernier épisode en date d'un mal-logement chronique. Cet été, les résidences ont subi de plein fouet la canicule, avec des températures intérieures atteignant parfois 40 °C. Les étudiants s'étaient alors organisés spontanément pour parer aux conditions déplorables dans lesquelles ils vivent. Mise à disposition de ventilateurs, porte-à-porte volontaire pour s'assurer de l'état de leurs voisins de paliers… L'entraide n'a pas démarré avec l'inondation et continue de perdurer.

Léa, une étudiante, raconte : « Mon chat a fait un coup de chaud, j'ai dû le ramener d'urgence chez ma mère. » Avant d'ajouter : « C'est déjà cher, les bourses baissent, et on ne peut même pas vivre dans nos appartements pendant l'été. » Un de ses camarades partage cette indignation : « 400 € pour 17 m² avec des cafards, et même pas la possibilité d'y vivre correctement. » Comme si cela ne suffisait pas, les infestations de cafards, toujours persistantes, se doublent désormais de l'humidité et des dégâts liés à l'inondation.

La situation du Saulcy n'est pas un cas isolé

Le cas du Saulcy n'est pas isolé. Partout en France, les universités et les CROUS manquent de moyens. Les bâtiments vieillissent et menacent de tomber en ruine, mais rien n'est investi pour les rénover, encore moins pour en construire de nouveaux, ce qui provoque des situations similaires à celle du Saulcy. Même quand rénovation il y a, les moyens alloués sont largement en deçà de ce qui est nécessaire pour des travaux de qualité. Le Pavillon 7, touché par cette inondation, a été construit en 2014. C'est donc un bâtiment plutôt récent.

Sur les cinq dernières années, cinq pavillons ont été rénovés, parmi lesquels le Pavillon 1 qui, chaque année, est à nouveau infesté de cafards. Le budget est insuffisant. Pendant que l'État impose l'austérité aux services publics, il accélère le réarmement : le budget des armées augmente de 6,7 milliards d'euros en 2026, et l'actualisation de la loi de programmation militaire prévoit 36 milliards supplémentaires d'ici 2030. De l'argent pour les guerres, mais pas pour empêcher les étudiants de vivre dans des logements qui prennent l'eau.

3950 € pour un master et les pieds dans l'eau : « Bienvenue en France ! »

Pour les étudiants extra-européens, la situation est encore plus révoltante. Avec la loi « Bienvenue en France », les étudiants hors Union européenne sont soumis à des droits différenciés : 3 950 € pour un master, 2 800 € pour une licence, soit seize fois plus que les autres étudiants. Des milliers d'euros pour étudier en France, sans même avoir droit aux APL, supprimées pour les étrangers extra-communautaires non-boursiers. Et pour quel cadre ? Des résidences infestées de cafards et gorgées d'eau : voilà l'accueil que réserve l'université de Lorraine aux étudiants étrangers.

Par ailleurs, le décret de cet été rend « Bienvenue en France ! » incontournable pour les universités, mais l'Université de Lorraine n'a pas attendu que la loi passe par décret. Depuis 2021, les frais d'inscription différenciés pour les étudiants issus de pays hors de l'Europe sont appliqués à l'Université de Lorraine.

Contre la sélection et la casse de l'université : organisons-nous !

Lino, militant du Poing Levé et étudiant au Saulcy, estime que « la rentrée doit être l'occasion de construire une mobilisation large et combative contre toutes les attaques qui frappent l'université. » Le collectif est à l'initiative d'une campagne nationale pour l'abrogation de la loi « Bienvenue en France » et de toutes les mesures racistes visant les étudiants étrangers, pour une université gratuite et accessible à toutes et tous, sans conditions, et pour la fin de la sélection.

Camille, étudiante ayant participé au reportage, rappelle que le collectif revendique des logements CROUS décents ainsi qu'un revenu étudiant, financé par un impôt sur les grandes fortunes, pour en finir avec la précarité étudiante. L'enjeu est désormais de transformer la colère qui existe au Saulcy en une mobilisation collective. La situation du P7 doit être un point d'appui pour réunir les étudiants des résidences, mais aussi les personnels de l'université, autour de revendications communes.

Car face à la casse de l'université, aux attaques contre les étudiants étrangers et à la précarité, aucune victoire ne sera obtenue individuellement. C'est en nous organisant dans les résidences, les promotions et les assemblées générales, et en construisant un rapport de force par en bas, que nous pourrons imposer des logements dignes, une université gratuite et ouverte à toutes et tous, et mettre un coup d'arrêt à la casse de l'enseignement supérieur.

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