Grève d'Airbus : le gouvernement cherche à casser la grève, le site de Getafe vote la reconduction !
Wed, 09 Sep 2026 19:36:47 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAvec la complicité des directions syndicales, le gouvernement et le patronat ont négocié un accord et cherchent désormais à l'imposer via un référendum élargi à l'ensemble du personnel. Sous cette pression, quatre sites ont suspendu le mouvement mais à Getafe, le plus important d'entre eux, les travailleurs ont voté la poursuite de la grève.

Depuis le 25 août, les travailleurs des six sites espagnols d'Airbus mènent une grève illimitée pour la revalorisation des salaires et de meilleures conditions de travail. Face à la mobilisation, le ministre de l'Industrie espagnol Jordi Hereu a annoncé un accord entre Airbus et plusieurs syndicats destiné à mettre fin au mouvement. Or cette négociation exclut une partie des organisations membres du comité de grève, tout en cherchant à contourner les décisions prises par les assemblées de grévistes elles-mêmes. La direction de l'UGT – pourtant partie prenante du comité de grève aux côtés de la CGT et d'ÚTIL – s'est ainsi assise à la table des négociations avec le gouvernement, en écartant à la fois la CGT, ÚTIL et l'assemblée des grévistes.
Le gouvernement et les directions syndicales signataires cherchent désormais à imposer un référendum pour valider ce pré-accord conclu avec la direction d'Airbus. Un vote qui doit se tenir d'ici la fin du mois, et qui ne se limitera pas aux seuls grévistes : c'est l'ensemble du personnel du secteur, y compris les salariés n'ayant jamais cessé le travail, qui sera appelé à se prononcer. Une manœuvre dénoncée par la CGT et ÚTIL comme une tentative de dilution du rapport de force construit par les grévistes, en faisant trancher l'issue du conflit aussi bien par ceux qui ont tenu le piquet de grève que par les commandants et briseurs de grève, dans une illusion d'égalité.
Face à la pression conjointe des directions syndicales signataires et du ministère de l'Industrie, les sites de Séville, Cadix et Tolède ont fini par suspendre la grève. Seul le site de Getafe, près de Madrid – le plus gros du pays avec 9 000 salariés – a voté la poursuite du mouvement, et ce sur le fil : l'option de la reconduction l'a emporté d'une vingtaine de voix seulement. À l'échelle nationale, l'ensemble des assemblées de grévistes a également tranché en faveur de la poursuite de la grève, mais avec une marge tout aussi étroite de 67 voix. Quatre sites sur cinq ont donc mis fin à la grève illimitée, Getafe est donc seul encore dans la bataille.
L'intervention du ministère comme médiateur n'est pas anodine. Le gouvernement progressiste se place une fois de plus aux côtés du patronat militaro-industriel espagnol, qui fait face à une grève qui lui échappe. Dans un contexte de montée des tensions entre États, l'État espagnol participe activement à la remilitarisation de l'Europe aux côtés des autres pays de l'OTAN. La grève des travailleurs d'Airbus vient donc mettre en péril leur projet militariste.
Malgré le recul de la grève sous pression du gouvernement et avec l'appui des bureaucraties syndicales, Ángel Luis Parras rappelle les enjeux autour de cette bataille dans les colonnes de la Izquierda Diario, journal frère de RP dans l'Etat espagnol.
Il déclare : « Et un dernier avertissement à la tripartite syndicale des conspirateurs de bureau, ces notaires de l'ombre : si vous parvenez finalement à clore cette affaire par épuisement et grâce au « référendum » taillé sur mesure pour le patronat et le ministère, rappelez-vous qu'il s'agit là d'une bataille, certes très importante, mais seulement une bataille et non la guerre. La guerre continuera et sa prochaine bataille se profile déjà à l'horizon d'une nouvelle convention collective. Et là, le personnel ne sera plus le même, car une grève est une école de guerre et, peut-être, une fois les leçons de celle-ci tirées, la lutte ne sera plus celle du personnel d'Airbus, mais celle de toute la classe ouvrière qui fait fonctionner cette entreprise, le personnel et les collègues des sous-traitants, qui ont été les grands oubliés de cette bataille. Les rallier à la lutte et intégrer leurs revendications est l'une des grandes tâches qui nous attendent. »
Il conclut : « La coordination de la lutte, tant à l'intérieur de l'entreprise qu'à l'extérieur, doit agir comme un multiplicateur de forces. C'est la voie à suivre pour que notre classe fasse valoir face au patronat, aux bureaucraties et au gouvernement qu'un piquet de grève est un piquet de grève et que les décisions des assemblées sont respectées. Vive la lutte du personnel d'Airbus ! »