Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : Macron veut passer en force en mobilisant l'UE
Wed, 09 Sep 2026 19:47:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès l'adoption par l'Assemblée nationale de l'interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, Macron repasse à l'offensive en tentant d'élargir l'interdiction à toute l'Union Européenne. Il faut dénoncer avec force cette tentative de discipliner la jeunesse !

Alors que la rentrée scolaire est placée sous le signe de l'interdiction des téléphones portables dans les collèges et les lycées, Emmanuel Macron entend poursuivre son offensive pour mettre la jeunesse au pas. Après le revers essuyé en France, le président tente désormais de faire passer l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans par l'Union européenne : fin août, il a écrit à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour lui demander de porter une législation en ce sens. En effet, si le projet de loi avait été adopté le 21 juillet par l'assemblée nationale, il avait finalement été censuré à la mi-août au motif d'une atteinte à la liberté d'expression et de communication. Une censure qui validait néanmoins le principe d'une interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, se contentant d'exiger davantage de garanties. Loin de renoncer, Macron cherche donc à contourner ce revers en déplaçant la bataille à Bruxelles, avec l'objectif d'étendre son offensive aux dizaines de millions d'adolescents de moins de 15 ans à travers le continent.
En mettant sur le compte des dérives du numérique la dégradation de la santé mentale des jeunes, cette interdiction, sous couvert de protéger la jeunesse, entend en réalité la discipliner par une mesure autoritaire, liberticide et profondément hypocrite. En effet, lorsqu'il s'agit de l'exposition des adolescents aux dangers des réseaux sociaux, le gouvernement prétend soudain se soucier de leur bien-être. Mais cette préoccupation disparaît lorsqu'il s'agit de déployer dès l'école primaire une propagande guerrière et nationaliste destinée à embrigader la jeunesse. Elle disparaît également lorsqu'il s'agit d'attaquer l'école publique en dégradant les conditions d'études, allant jusqu'à réduire d'un tiers l'enveloppe destinée à la rénovation thermique des écoles après un été suffoquant ayant battu tous les records de canicule.
Si les violences en ligne et le cyber-harcèlement constituent indéniablement un phénomène de masse, il est impossible d'expliquer ces violences indépendamment des rapports sociaux qui traversent l'ensemble de la société. Les réseaux sociaux cristallisent des violences déjà existantes - sexistes, racistes, validistes, … - qui s'y expriment avec d'autant plus de brutalité qu'elles peuvent être renforcées par des dynamiques d'anonymat et les logiques algorithmiques des plateformes. Loin de lutter contre ces violences, l'État les entretient et baisse sans cesse les moyens de prise en charge psychologique. Rien d'étonnant donc à ce que, face à celles-ci, il choisisse de réprimer la jeunesse en s'attaquant à l'un de ses principaux vecteurs de socialisation et de mobilisation, comme l'ont montré les divers épisodes de révoltes de la Gen Z à travers le monde.
La première étape d'une offensive d'ampleur contre la jeunesse
En réalité, ce projet répressif rejoint celui de la Commission européenne, qui planchait déjà sur une « majorité numérique » avec pour piste une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 13 ans, puis un accès progressif, avec d'éventuelles limitations de durée d'utilisation. Plusieurs États européens (Allemagne, Danemark, Espagne, Grèce, Pologne…) réfléchissent déjà à une telle interdiction, mais l'hypothèse d'une interdiction généralisée sur tout le continent se précise après qu'un rapport « d'experts sur la régulation des réseaux sociaux » rendu à la Commission européenne le préconise. Macron entend donc durcir encore le projet en augmentant l'âge d'accès aux réseaux sociaux à 15 ans.
Une nouvelle fois, derrière des appels hypocrites à protéger la jeunesse, le projet européen, radicalisé par Macron, cherche avant tout à discipliner la jeunesse de tout un continent en la privant du principal outil de contestation dont elle dispose. Plus encore, les réseaux sociaux sont aujourd'hui le principal vecteur de politisation de toutes les générations nées avec Internet qui, en Europe, se sont mobilisées contre le réchauffement climatique avec les marches pour le climat, contre le génocide en Palestine ou encore contre la corruption en Serbie. Priver les adolescents de réseaux sociaux, c'est les empêcher de se questionner et de s'élever contre la propagande guerrière qui leur est servie en classe ou encore de découvrir l'histoire sanglante de la colonisation par les États européens, largement absente des manuels d'histoire. Par cette mesure de contrôle social, les États européens, avec le soutien de la Commission européenne, entendent discipliner la jeunesse pour tuer dans l'œuf toute contestation chez des générations qui ont maintes fois montré leur détermination à s'attaquer à l'ordre établi.
Les causes de la détresse de la jeunesse ne sont pas à chercher dans les réseaux sociaux, mais dans le système dans lequel ils s'inscrivent. Face à cette situation, l'urgence n'est pas d'interdire, mais de porter des revendications qui s'attaquent aux causes structurelles de la mise en danger des mineur·es. Cela suppose de s'opposer frontalement aux budgets d'austérité imposés par le gouvernement, d'exiger des embauches massives de personnels médico-sociaux, d'enseignant·es, d'AED et d'AESH dans les écoles, ainsi que des revendications matérielles d'urgence pour les familles : logement digne, salaires décents pour toutes et tous, afin d'offrir des conditions de vie permettant réellement aux jeunes de se construire et de se protéger face aux violences, tant dans la réalité physique que virtuelle.