En Limousin, une « nouvelle ruée vers l'or » réveille les contestations
Wed, 09 Sep 2026 19:49:31 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe village de St-Yrieix La Perche (sud-Limousin) est au centre d'un secteur aurifère historique qui suscite de nouvelles convoitises alors que le cours de l'or explose, sur fond de guerre en Iran et d'affaiblissement du dollar. Vingt ans après la fermeture des dernières mines, la Compagnie des Mines Arédiennes, filiale de la société canadienne Aquitaine Metals Corp a démarré d'importants sondages du sous-sol, désenfouissant au passage une contestation locale.

Le Limousin est connu depuis l'époque gallo-romaine pour la richesse de son sous-sol,. Si l'histoire contemporaine autour de St-Yrieix a vu les dernières mines fermer en 2002, faute de rentabilité, l'explosion récente du cours de l'or et les prévisions haussières pour celui-ci réactivent d'importants appétits – et avec eux le bruit des machines et de l'opposition.
« C'est un peu le nulle part de la France. » Voici l'état d'esprit de Chris Taylor, PDG de la société Aquitaine Metals Corps, l'une des deux sociétés actuellement à l'œuvre pour forer le sous-sol limousin à plus de 600 mètres de profondeur afin d'en estimer la rentabilité, pour une exploitation viable en 2035. Si les recherches visent l'or, elles ne s'arrêtent pas là. Lithium, cobalt, platine, tungstène et autres terres rares passeront au tamis, justifiés par les intérêts stratégiques de l'Etat et du capitalisme français. La compétitivité de la France sur la scène mondiale est en jeu – notamment face à la Chine qui domine la production et le raffinage des terres rares – alors que la France importe 90% de ses métaux critiques.
Dans cette course aux métaux, le sous-sol limousin parait hautement stratégique, avec des teneurs en or supérieures à la moyenne internationale selon le géologue Thomas Poitrenaud. « La France peut gagner en indépendance », justifie ainsi la société, dont les capitaux sont pourtant canadiens. Une communication qui touche au cœur les enjeux du gouvernement et de la stratégie européenne de « sécurisation des approvisionnements ». En ce sens, l'état présentait en mai 2026 plan national pour les métaux critiques, visant à développer les capacités nationales d'extraction. Marc Ferracci, ministre de l'industrie et de l'énergie présentait lui en 2025 une réforme du code minier afin notamment de « simplifier la procédure d'instruction des titres miniers, faciliter l'extraction de lithium conjointement aux activités de géothermie et adapter les exigences aux enjeux spécifiques de l'Outre-mer. »
En 2023, le ministère de l'Écologie lançait un inventaire des ressources minières nationales. Celui-ci annonce que 30% du territoire serait exploitable, pouvant couvrir jusqu'à deux tiers des besoins nationaux d'ici 2035. Un verdict qui annonce une nouvelle ruée vers l'or, comme nous le voyons en Bretagne où des permis ont été délivrés pour une surface de 850km2, l'équivalent de la ville de New-York.
Cette relance extractiviste, imbriquée dans des enjeux géopolitiques mondiaux n'est pas sans conséquences locales. Loin de « favoriser l'emploi » et participer à une prétendue « transition écologique », le secteur minier est avant tout l'une des industries les plus destructrices au monde. Elle consomme près de 10 % de l'énergie mondiale, génère environ 40 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre et pollue durablement les écosystèmes. C'est sur ce point qu'autour de St-Yrieix la contestation grandit, portée notamment par le Comité citoyen pour une information indépendante, mais aussi StopMines87.
Ils dénoncent notamment la pollution générée par l'activité, qui va perturber l'ensemble du réseau hydrographique souterrain et le contaminer. L'extraction d'or nécessite en effet des fracturations mais aussi d'importants traitements, tels que le rinçage au cyanure, amalgamé au mercure, ayant pour conséquence une libération d'arsenic. « Certains captages ont été abandonnés pour la présence d'arsenic bien au-dessus des seuils. », explique une membre du Comité citoyen dans le journal Charente Libre. Des prélèvements ont ainsi été faits pour le comité, relevant des taux astronomiques d'arsenic sur l'ancienne mine d'or de Farges : 51 000 microgrammes, quand la loi en autorise 10 par litres pour l'eau potable. Face à ces dangers pour les riverains et les travailleurs, mais aussi pour la faune et la flore, la contestation locale s'organise.
Une manifestation avait eu lieu à Limoges au printemps, rassemblant une centaine de personnes. En avril, le comité et l'association StopMines87 ont déposé un recours devant le tribunal administratif face aux arrêtés ministériels. Cette lutte locale pose une question politique essentielle : qui décide de l'usage des territoires et des ressources ? Une chose est sûre, face à l'extractivisme qui va en s'intensifiant sur fond d'aiguisement des rivalités entre Etats, la seule issue crédible est une rupture avec le système qui porte en lui cette prédation, et le combat pour le contrôle des travailleurs et des populations sur l'industrie existante.
C'est en ce sens qu'en Argentine, le PTS porté des revendications telles que la nationalisation complète de l'exploitation minière du lithium argentin sous l'administration démocratique des travailleurs et des communautés, ainsi que la mise au service du bien-être socio-environnemental des connaissances scientifiques sur les sols et les pollutions. De quoi inspirer les combats à venir.
Crédit photo : Raoul RIVES.