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Sanctions commerciales contre Israël : un écran de fumée pour préserver le soutien impérialiste

Wed, 09 Sep 2026 20:14:58 CEST

Révolution Permanente

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Ce 8 septembre, Jean-Noël Barrot a annoncé que la France ainsi que onze autres pays allaient sanctionner les échanges commerciaux avec les colonies israéliennes en Cisjordanie. Un nouvel écran de fumée qui préserve l'essentiel du soutien militaire et économique de la France à Israël.

Ce mardi 8 septembre, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et ses homologues de onze autres pays, dont le Royaume-Uni et le Canada, ont publié un communiqué conjoint annonçant « mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les Territoires palestiniens occupés. »

Une annonce qui a évidemment suscité la colère des officiels israéliens. Gideon Saar, chef de la diplomatie, est monté au créneau contre l'impérialisme britannique, l'un des plus vieux alliés de la colonisation de la Palestine, en annonçant la fermeture du consulat britannique à Jérusalem, l'interdiction d'entrée sur le territoire israélien pour douze personnalités britanniques jugées « antisémites » et l'éviction des ressortissants du Royaume-Uni du centre international de contrôle du « cessez-le-feu » supposément en cours à Gaza. « Le Royaume-Uni a pris l'initiative et dirige le mouvement actuel. Mais nous allons aussi prendre des contre-mesures contre les pays qui agissent ou qui agiront contre Israël » menace Gideon Saar.

Hypocrisie du camp génocidaire

La manœuvre n'est pas sans rappeler la reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron en septembre 2025, devant l'Assemblée générale des Nations Unies. Écran de fumée après vingt mois de soutien inconditionnel aux génocidaires, la reconnaissance n'aspirait évidemment pas à mettre un coup d'arrêt aux massacres en cours mais à canaliser les revendications du mouvement propalestinien et en dernière instance, à légitimer la solution coloniale à « deux États ».

Un an plus tard, Jean-Noël Barrot feint aujourd'hui de s'inquiéter de la violence coloniale en Cisjordanie : « Expansion effrénée de la colonisation en violation du droit international, flambée des violences commises par les colons extrémistes à l'encontre des Palestiniens, actes de terreur dénoncés par les autorités israéliennes elles-mêmes ». Mais à des « grands crimes », l'impérialisme français répond par de petites sanctions.

En effet, les atrocités commises par les colons en Cisjordanie occupée se sont multipliées, tout particulièrement ces derniers mois. L'annonce de la restriction des liens commerciaux avec les colonies dites « illégales » apparaît davantage comme le signe, d'une part, de la volonté des puissances occidentales de prendre leur distance avec Israël alors que le mouvement international de solidarité exerce depuis trois ans une pression importante et accroit l'isolement croissant de l'État génocidaire sur la scène internationale. Une concession de la part des gouvernements impérialistes donc, qui résulte du rapport de force instauré les mobilisations, à l'instar des deux grèves générales lancées à l'initiative des dockers de Gênes qui ont placé Meloni sous la surveillance des masses, jusqu'à la contraindre à rompre certains accords avec Israël et à s'opposer, parfois ouvertement, à certaines décisions de Trump.

Il ne faut en revanche pas être dupe sur la nature même de cette concession. L'impact réel des « sanctions » prononcées par les douze États sera probablement minime. Premièrement, Israël dissimule l'origine exacte de ses exportations vers l'UE pour contourner ce type de sanctions. Ainsi, selon les chiffres officiels du gouvernement israélien, 2% des exportations agroalimentaires vers l'UE provenaient de colonies en Cisjordanie. L'ONG Global Echo comptabilisait de son côté, dans un rapport intitulé « Importing Occupation », 19,2% d'exportations issues de ces colonies, affirmant que le « chiffre réel est probablement plus élevé ».

Deuxièmement, si les sanctions, dont les modalités exactes restes à venir (interdiction pure et simple, augmentation des droits de douane…), venaient à être effectives, leurs conséquences économiques seraient négligeables. Le commerce global avec les colonies représente moins d'1% des échanges entre l'UE et Israël – chiffre vraisemblablement sous-estimé. Mais quand bien même l'intégralité des biens produits dans les colonies israéliennes serait sanctionnée, les effets resteraient minimes : la grande majorité de cette production est d'origine agroalimentaire, celle-ci représentant moins de 20% de la valeur des exportations d'Israël. En clair et sans surprise, les liens avec les secteurs les plus stratégiques pour les puissances impérialistes sont préservés : complexe militaro-industriel, transport, produits chimiques, services …

Derrière les annonces, le soutien économique et militaire de la France à Israël demeure donc largement inchangé. La collaboration de la fine fleur de l'industrie de la mort française (Thalès, Dassault, Safran…) avec Tsahal ne sera évidemment pas remise en question. Les exportations d'armes vers Israël et le transit par la France d'armes à destination de l'État colonial, documentés par Urgence Palestine et le Palestinian Youth Movement depuis le début du génocide à Gaza, se poursuivront.

Colonisation en cours

Évidemment, la séquence ne vise pas à remettre en question l'expansion coloniale d'Israël en Cisjordanie, et plus largement en Palestine. Jean-Noël Barrot met par ailleurs un point d'honneur à systématiquement dissocier l'État d'Israël et les colons « extrémistes » qui commettent les pires atrocités. C'est naturellement occulter la complicité active des politiques gouvernementales et de l'armée avec les colons alors que le départ pour la Cisjordanie est généralement subventionné par des aides sociales. En février dernier, le ministre des Finances Bezalel Smotrich annonçait la levée des restrictions qui empêchaient les Israéliens d'acheter des terres en Cisjordanie. En juin, le gouvernement annonçait la construction de milliers de logement, des mesures d'expropriation et l'installation d'une base militaire en Cisjordanie, première étape du « projet E1 » validé lors de l'été 2025 et supposé couper la Cisjordanie en deux.

Mais cette dissociation sert aussi un objectif politique précis : poursuivre la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine, arme la plus utile que les gouvernements impérialistes ont à offrir à Israël. Les sanctions annoncées par Jean-Noël Barrot ne sont en effet qu'une tentative de donner des « gages » au mouvement propalestinien, tout en légitimant la répression brutale de celles et ceux qui dénoncent la complicité de la France avec le génocide et la nature profondément coloniale de l'État d'Israël, comme c'est le cas de Nicolas Shahshahani, jugé ce 9 septembre pour « apologie du terrorisme ».

Ces manœuvres rappellent une chose : les sanctions contre Israël ne peuvent venir que de notre camp social et de la mobilisation des travailleurs au Moyen-Orient et dans les métropoles impérialistes qui, par les méthodes de la lutte de classes, peuvent clouer à quai les navires, couper la production des armes qui servent aux massacres, paralyser leur voie d'approvisionnement et mettre à genoux les capitalistes complices du génocide. L'accélération de la colonisation de la Cisjordanie et le déferlement de violence qui l'accompagne ainsi que les massacres à Gaza qui n'ont jamais cessé mettent plus que jamais en lumière la nécessité d'une réponse ouvrière, à l'image de ce qu'avaient pu faire les dockers de Gênes à l'automne 2025. Seule la reconstruction d'un mouvement de solidarité internationaliste est à même de mettre un coup d'arrêt aux politiques génocidaires et coloniales qui visent la Palestine.

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