Royaume-Uni : à Douvres et Portsmouth, des néofascistes organisent des chasses aux migrants
Wed, 09 Sep 2026 20:50:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSamedi 5 septembre dans la matinée, des centaines de militants d'extrême-droite ont bloqué la circulation du port de Douvres, principal lien maritime entre la France et le Royaume-Uni. Une action d'intimidation suivie d'une seconde à Portsmouth, qui montrent la liberté dont jouissent les franges les plus radicales de l'extrême-droite britannique.

Le port de Douvres, qui relie le Royaume-Uni à la France, a été ce samedi le théâtre d'une bien sinistre manifestation. Ce sont en effet environ 400 néonazis, vêtus de noir et cagoulés, qui ont débarqué en camion dans la matinée et bloqué toutes les voies menant au terminal du port. La manifestation entendait empêcher l'arrivée de demandeurs d'asile par les bateaux provenant de Calais. Mais les seuls bateaux effectivement bloqués furent les ferries de passagers lambdas, comme l'ironise l'Irish Times. L'action s'est déroulée dans la plus grande passivité de la police locale, qui a tout au plus annoncé « dialoguer » avec les manifestants et les a aimablement conduits à la gare la plus proche. Les vidéos montrent des militants criant « Stop the boats » (« Arrêtez les bateaux »), « Send them home » (« Renvoyez-les chez eux ») ou encore « I'm England till I die » (« Je suis l'Angleterre jusqu'à la mort »).
Le lendemain, dans la nuit de dimanche à lundi, nouvelle tentative de coup d'éclat raciste à Portsmouth : cette fois, près de 500 hommes en noir tentent d'empêcher le transfert vers des centres d'accueil de quelque 150 personnes interceptées dans un « megaboat » pendant la journée. Des affrontements avec la police ont éclaté, mais là encore sans aucune arrestation. Sur les vidéos, on peut voir les participants de ce « rassemblement pacifique » encercler des bus dans lesquels se trouvent les migrants et scander « Send them back ! » (« Renvoyez-les ! »). À vomir.
À l'origine de ces deux démonstrations, le groupe Patriot Platform, initié voilà quelques mois par le militant d'ultradroite Daniel Thomas, dit Danny Tommo. Celui-ci, proche de Tommy Robinson, gros bonnet de l'extrême-droite britannique, appelle à « construire une armée de patriotes » pour que « les choses soient faites ». Le wannabe leader de la « résistance nationale », qui s'est fait connaître en se filmant en train de harceler des migrants sur les plages après 2 ans de prison pour « tentative de kidnapping », semble pour autant peiner à fédérer et être traité d'« escroc » par ses propres semblables : le groupuscule The Patriots UK a par exemple fait scission à peine une semaine après l'avoir rejoint.
Si l'on peut rire du ridicule et des prises de bec internes de ces groupuscules néonazis, les actions d'intimidation menées ces derniers jours sont des plus immondes, et il est central de les dénoncer, ainsi que la complaisance des politiciens britanniques avec leurs politiques anti-migratoires féroces.
Ce sont pourtant ces mêmes politiciens qui, chacun à leur tour, y sont allés de leur petite phrase accusatrice. La ministre de l'Intérieur a par exemple condamnée le « comportement intimidant et brutal » des manifestants, alors qu'elle n'en manque pas une pour féliciter la politique brutale de son ministère, ayant fait chuter les traversées de la Manche de 43% à coups d'interceptions, d'expulsions et de coopération policière renforcée avec la France. La presse conservatrice s'est quant à elle satisfaite de dénoncer l'activité « effrayante et inacceptable » de groupes « qui imitent les pratiques de l'extrême-gauche et des islamistes ». Enfin, le dirigeant de Reform UK Nigel Farage, en pleine conférence annuelle avec Jordan Bardella, a qualifié de « dégoûtant » le blocage de Douvres. Tout naturellement, celui-ci est cependant plus inquiet du fait que les manifestants portaient « des cagoules » et des violences envers les policiers, que de leurs motivations politiques. Il rassure ainsi ceux qui l'écoutent en rappelant que « personne » ne se sent bien sûr « plus concerné par l'arrêt des bateaux » que lui - au point de vouloir y envoyer la Royal Navy et les Royal Marines.
De même, tout en condamnant le « comportement observé à Douvres », le gouvernement travailliste mène sa propre politique anti-migratoire : renforcement de l'Immigration Enforcement - l'équivalent britannique d'ICE -, par l'action duquel plus de 60 000 personnes auraient déjà été expulsées ou renvoyées, et multiplication des moyens policiers sur les côtes françaises. Lors de sa rencontre avec Macron, Andy Burnham, nouveau premier ministre du Royaume-Uni, s'est encore accordé avec Paris pour renforcer ces dispositifs d'interception et les étendre à l'échelle européenne. Celui-ci n'a en effet pas à rougir de sa ligne politique en matière d'initiatives anti-migrants, lui qui a voté en faveur du très réactionnaire Immigration and Asylum Bill et s'est dit d'accord avec Farage sur la restauration d'un « sentiment d'ordre » dans la demande d'asile. Ni lui, ni ses prédécesseurs des gouvernements successifs du Labour qui ont de nombreuses fois montré leur complaisance avec la droite et l'extrême-droite.
Alors que la crise politique au Royaume-Uni s'approfondit avec l'enchaînement de sept premiers ministres en dix ans sur fond de montée en flèche de l'extrême-droite, et que le gouvernement durcit dans le même temps la répression contre les mouvements comme celui de solidarité avec la Palestine, le pays a été secoué pour la troisième année consécutive par des attaques racistes d'une extrême-droite toujours plus confiante, dont Portsmouth et Douvres sont de nouvelles manifestations. À Portsmouth, Danny Tommo est même allé jusqu'à interrompre une interview de Zia Yusuf de Reform UK afin de sommer Farage de « faire attention à ses mots » suite à sa délimitation politique de ces actions. Face à ces groupes de plus en plus radicalisés, il est vital que les travailleurs et la jeunesse britanniques s'organisent indépendamment pour chasser l'extrême-droite, mais aussi s'affronter aux partis bourgeois qui, bien incapables de la faire reculer, adoptent son programme et organisent ainsi sa montée en puissance.