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Valeurs Actuelles sur France Inter : les travailleurs de Radio France se mobilisent contre l'extrême droite

Wed, 09 Sep 2026 19:29:50 CEST

Révolution Permanente

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Face à la programmation d'une chronique du directeur adjoint de la rédaction de Valeurs Actuelles Charles Sapin sur France Inter, les travailleurs de Radio France ont décidé de se mettre en grève, suscitant un tollé venant de l'extrême droite, qui réaffirme son projet de privatisation de l'audiovisuel public.

Les travailleurs de Radio France, réunis en Assemblée Générale le 2 septembre, ont voté à l'unanimité la grève les 13 et 14 septembre prochains pour exiger le retrait d'une chronique hebdomadaire attribuée à l'éditorialiste Charles Sapin, tout juste nommé directeur adjoint de la rédaction de Valeurs Actuelles, journal notoirement connu pour ses prises de position ultraconservatrice et sa proximité avec l'extrême droite – le journal étant partiellement détenu par Pierre-Edouard Stérin. Le journal a été condamné pour incitation à la haine, injure raciste ou encore diffamation, et a été plusieurs fois accusé d'antisémitisme.

Cet appel à la grève a donc provoqué la colère de l'extrême droite et de ses relais médiatiques, à l'instar de Pascal Praud fustigeant la mobilisation des travailleurs dans son édito sur CNews, présentée comme une « censure » venant d'une « maison militante, partisane et intolérante, anti-pluraliste » où « seul le rouge [serait] accepté », et qui réclamerait les « têtes » de ceux qui ne pensent pas comme eux. Des propos qui s'inscrivent dans la continuité de l'offensive médiatique des éditorialistes du groupe Bolloré contre l'audiovisuel public.

Répondant à ces attaques et aux grévistes dans les pages du Monde, la directrice de Radio France, Sibyl Veil, dénonce une pseudo « chasse aux sorcières ». En assimilant les attaques contre Radio France de Charles Alloncle – député ciottiste, rapporteur de la commission parlementaire sur l'audiovisuel public – aux positions de Jean-Luc Mélenchon qui réclamerait « la tête de Charles Sapin après avoir demandé celle de Guillaume Erner cet été », elle reprend les éléments de langage de l'extrême droite. Elle assume ensuite le recrutement du journaliste, rétorquant aux personnels : « c'est la grandeur du service public que d'être pluraliste ».

La directrice prétend travailler à l'équité et l'impartialité du service public en programmant un large éventail de nuances politiques sur les antennes de Radio France. En effet, pour la rentrée, France Inter a recruté un panel d'éditorialistes et d'économistes pour présenter des chroniques hebdomadaires en vue des présidentielles. Selon Sibyl Veil, « toutes les tendances » seront ainsi exprimées, de Valeurs Actuelles à la Fondation Jean Jaurès, think tank affilié au Parti socialiste, qui débattront notamment avec l'ancienne directrice de cabinet de Sarkozy. En clair, 50 nuances de presse bourgeoise pour représenter tous les courants politiques qui, depuis des décennies, multiplient les attaques contre les travailleurs et la jeunesse.

Cette prétention de l'audiovisuel public au pluralisme est plus qu'hypocrite quand on se souvient du limogeage de Guillaume Meurice par France Inter pour une blague sur Netanyahu, ou du renvoi d'un journaliste de France Info suite à une polémique de l'extrême droite pour avoir qualifié d'otages les palestiniens emprisonnés dans les geôles israéliennes. Dans le même temps, France 2 avait fait appel à Eugénie Bastié, rédactrice en chef adjointe du Figaro connue pour ses vues réactionnaires et antiféministes, pour participer à l'émission « l'Heure de Vérité », en prétextant un souci de pluralisme.

Ce virage à droite de l'audiovisuel public, conséquence de la radicalisation des classes dominantes, est également justifié par les attaques récurrentes de l'extrême droite. Face à ses pressions, la direction plie en espérant sauver l'audiovisuel public en cas d'accession du RN au pouvoir, comme l'illustre la lettre de Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France en réponse à l'appel à la grève : « Dans la période à venir, nous devons être irréprochables. La crise financière rendra chaque euro public plus contesté, chaque mission plus remise en question. Nous devons démontrer notre utilité, notre rigueur et notre impartialité. » Ces propos ne sont qu'un prétexte pour justifier les coupes budgétaires, les réductions d'effectifs et la ligne éditoriale toujours plus droitière réclamée par l'extrême droite et imposée par le gouvernement.

Ces attaques se sont faites de plus en plus pressantes ces derniers mois, notamment par l'intermédiaire de la commission d'enquête parlementaire dont Charles Alloncle a été le porte-drapeau, usant de sa tribune pour mener une campagne à charge contre l'audiovisuel public. Si le rapport qu'il a rédigé n'a pas encore donné suite à une proposition de loi, l'orientation de la chaîne de radio en a été influencée. En effet, Alloncle lui-même proposait de faire intervenir plus de chroniqueurs issus des grands médias privés. Mais ces attaques ne sont qu'un avant-goût du projet présidentiel de l'extrême droite pour que le patronat prenne pleine possession de la Maison de la Radio, aidé par la volonté du RN de privatiser leservice public.

À l'image de la grève votée à Radio France, la mobilisation des travailleurs contre l'omniprésence des thèmes d'extrême droite dans le débat public est essentielle. Elle est indissociable de la lutte contre la casse austéritaire et contre les menaces de privatisation ou de renforcement de la mainmise de l'État sur l'audiovisuel public.

Pour construire la riposte contre l'offensive médiatique des classes dominantes, il est néanmoins essentiel d'abandonner toute illusion sur le caractère « neutre » de l'audiovisuel public, et toute logique de « confiance » dans une direction nommée depuis le sommet de l'État pour servir son agenda idéologique, bien loin des « valeurs humanistes, démocratiques et républicaines » que lui prête l'intersyndicale de Radio France dans son communiqué.

Au contraire, c'est en luttant pour une véritable indépendance du service public audiovisuel – en exigeant le contrôle démocratique des journalistes et des techniciens sur les nominations et sur la ligne éditoriale – qu'il sera possible de commencer à construire des médias au service des aspirations des travailleurs et des classes populaires, en lien avec la mobilisation de l'ensemble de notre camp social contre les politiques austéritaires et l'offensive idéologique réactionnaire qui pave la voie à l'extrême droite.

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