Les prix du carburant au plus haut : le gouvernement protège les profits et fait payer les travailleurs
Wed, 09 Sep 2026 19:33:17 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès la reprise des frappes des États-Unis contre l'Iran, les prix des carburants enregistrent cette semaine une nouvelle forte hausse. Tandis que 22 % des ménages français consacrent désormais plus d'un mois de revenus au carburant, les profits du grand patronat continuent d'exploser avec l'appui du gouvernement.

Alors que la rentrée s'installe, marquant pour beaucoup le retour des trajets quotidiens, une nouvelle hausse du prix des carburants vient alourdir encore davantage les dépenses de millions de travailleurs. Le gazole est passé d'environ 2,21 € le litre la semaine dernière à 2,26 € aujourd'hui, le SP95-E10 est passé de 2,09 € à plus de 2,12 €, tandis que le SP98 culmine à 2,21 €. Il s'agit du niveau le plus élevé depuis le début de la guerre impérialiste menée par les États-Unis contre l'Iran, après les dernières frappes, et qui se rapproche du pic observé en 2022 après le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Le gazole, carburant le plus consommé en France, a bondi de 31 % depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février. Une nouvelle flambée qui s'observe également dans d'autres pays, en particulier en Allemagne, où le prix à la pompe peut dépasser les 3 euros le litre pour les trois principaux carburants depuis le début du mois de septembre. Cette hausse frappe durement les ménages qui dépendent de leur voiture pour travailler et vivre. Selon une étude de l'Insee publiée le 8 septembre, 2,2 millions de ménages, soit 10,6 % des ménages propriétaires d'une voiture, consacraient déjà en 2021 plus d'un mois de revenus annuels au carburant. Parmi les ménages les plus exposés, le taux de pauvreté atteignait 37,8 %, avec une dépense médiane de 2 698 euros par an. Avec les prix actuels, l'Insee estime que près de 4,7 millions de ménages, soit 22,4 %, seraient désormais concernés : deux fois plus qu'en 2021.
Malgré cette situation, le gouvernement a réaffirmé la poursuite de sa politique pro-patronale, contre les intérêts des travailleurs confrontés à cette crise. Jeudi dernier déjà, la porte-parole du gouvernement annonçait la prolongation de l'aide aux « grands rouleurs » jusqu'au 30 septembre, tout en réduisant le périmètre de ce véritable cache-misère : les transporteurs routiers n'en bénéficieront désormais plus.
Surtout, ce mercredi, à l'issue d'une réunion avec les distributeurs de carburants, Bercy a affirmé être « défavorable » à « des mesures plus générales » d'aide, en particulier à une baisse temporaire de la fiscalité sur les carburants ou encore au plafonnement des prix. Pour justifier cette position, le gouvernement recycle les arguments employés en mai, prétextant que « la situation des finances publiques ne permet pas ce type de mesure ». Au nom de la dette et de la situation des finances publiques, il faudrait donc accepter de laisser les travailleurs payer toujours plus cher pour se déplacer.
Pourtant, lorsqu'il s'agit de faire contribuer les profits considérables du grand patronat, cette même contrainte budgétaire disparaît. Alors que le gouvernement Lecornu cherche la recette pour imposer 30 milliards d'euros d'austérité dans le budget 2027, le Premier ministre a donné ce mercredi plusieurs gages au grand patronat dans une lettre. Parmi ceux-ci, la promesse qu'il n'y aura pas de nouvel impôt, ainsi que la diminution de la contribution exceptionnelle à l'impôt sur les sociétés demandée aux grandes entreprises.
Une promesse qui fait écho au chantage exercé début mai par le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, qui affirmait alors qu'« en cas de surtaxation, nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement du prix » appliqué hypocritement par le groupe. Pourtant, TotalEnergies annonçait en juillet avoir enregistré un bond de 72 % de son résultat net au premier semestre 2026, atteignant 11,2 milliards de dollars de bénéfices en seulement six mois, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. Le résultat net du deuxième trimestre 2026 a, lui, atteint 4,7 milliards de dollars, soit près du double par rapport à la même période l'année précédente. De quoi rendre particulièrement obscène le chantage du groupe : selon ses propres estimations, le plafonnement des prix n'aurait représenté que 200 millions d'euros. Une goutte d'eau au regard de ses bénéfices.
Face à cette situation, il faut imposer des revendications urgentes pour défendre l'intérêt des travailleurs et des classes populaires. D'abord, il est nécessaire de supprimer la TVA de 20 % sur les hydrocarbures, un impôt particulièrement injuste puisqu'il frappe tous les consommateurs, quels que soient leurs revenus, et de mettre immédiatement en place une baisse et un blocage des prix afin que le carburant reste accessible à toutes et tous. Il faut également mettre fin à tous les mécanismes hyper-spéculatifs qui permettent au grand patronat, des distributeurs aux producteurs, de spolier les travailleurs au nom de la « liberté des prix » et de la concurrence.
Pour cela, il faut exproprier les acteurs centraux de cette rente spéculative, à commencer par les grands pétroliers comme Total. Il faut exiger l'ouverture complète de leurs comptes afin de révéler les bénéfices pharamineux qu'ils cherchent à maintenir secrets, puis leur nationalisation, sans indemnités ni rachats, sous le contrôle des travailleurs et de la population. Dans le même temps, alors que nos salaires réels ont été érodés par des années d'inflation et par la spoliation orchestrée par les grands capitalistes — qui ont tiré profit des crises du Covid et de la guerre en Ukraine —, il est nécessaire d'exiger une augmentation de 400 euros pour toutes et tous, assortie d'une indexation automatique sur l'inflation.
Des revendications d'autant plus urgentes que le gouvernement multiplie les annonces de mesures austéritaires en vue du budget 2027, tandis que le patronat entretient une véritable surenchère en perspective de la présidentielle, afin d'imposer ses thèmes et ses revendications. Ces effets d'annonce ne cachent cependant que mal la grande fébrilité du gouvernement face à l'exercice qui l'attend : faire adopter le budget tout en évitant la censure. Chaque offensive devra être combattue par les travailleurs ; et si le mouvement social n'est pas actuellement en ordre de bataille, la journée de mobilisation dans la fonction publique du 29 septembre peut constituer un point d'appui. Il faudra s'y investir massivement, en mettant au centre la dénonciation de l'austérité et de ses conséquences, qui frappent l'ensemble de la population, et chercher à utiliser cette échéance pour structurer une riposte à l'automne.