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Procès du meurtre d'Aramburu. Le Priol et Bouvier, fascistes ultra-violents malgré eux

Wed, 09 Sep 2026 21:13:05 CEST

Révolution Permanente

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Le procès des assassins de l'ex-rugbyman Federico Martín Aramburu s'est ouvert cette semaine. Les deux accusés font tout pour dépolitiser leur histoire, et ce meurtre qui s'inscrit dans une longue série de violences meurtrières commises par l'extrême droite ces dernières années.

Ce lundi 7 septembre, le procès de l'assassinat de Federico Martín Aramburu s'est ouvert devant la cour d'assises de Paris. Les deux principaux accusés, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, anciens membres du groupuscule d'extrême droite GUD, sont jugés pour avoir criblé de balles l'ancien international argentin de rugby, abattu dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, sur le boulevard Saint-Germain à Paris. Quelques heures plus tôt, une dispute puis une bagarre avait éclaté entre les deux hommes et le rugbyman et son ami et ancien coéquipier Shaun Hegarty. En quittant les lieux à pied, les deux rugbymen ont été suivis puis pris à partie, avant que Bouvier puis Le Priol n'ouvrent le feu sur Aramburu, le touchant à plusieurs reprises.

Les auteurs des coups de feu sont deux anciens membres du Groupe Union Défense (GUD), le groupuscule étudiant d'extrême droite : Loïk Le Priol et Romain Bouvier. Le premier n'en était pas à son coup d'essai. Quelques années plus tôt, il avait participé, aux côtés de Bouvier et de trois autres militants d'extrême droite, dont le chef parisien du GUD, à une expédition punitive contre un ancien militant de leur organisation, roué de coups, menacé d'un couteau et humilié dans une vidéo où Le Priol se vantait d'avoir « buté plus d'un mec » durant son service de commando-marine. Placés en détention provisoire pour ces faits, les deux hommes avaient été libérés sous caution, un chèque de 25 000 euros réglé par une société contrôlée par le trésorier d'un micro-parti proche de Marine Le Pen.

Au procès, deux accusés qui minimisent leur engagement militant

Le procès, qui doit se tenir pendant trois semaines, ne porte pas sur la culpabilité des deux hommes, mais sur la qualification des faits et la peine à leur infliger. Loïk Le Priol, renvoyé pour assassinat et passible de la perpétuité, plaide la légitime défense et Romain Bouvier, jugé pour tentative d'assassinat, ne reconnaît que des « violences avec arme ». Mais l'audience consacrée à leur personnalité a surtout donné à voir deux hommes s'efforçant de dépolitiser leur parcours, en présentant leur engagement au sein du GUD comme un simple épisode de jeunesse sans portée idéologique.

Une stratégie de défense qui se heurte à un passé difficile à travestir. L'expédition punitive de 2015 leur avait déjà valu une condamnation à trois et deux ans de prison ferme. Interrogé sur les propos tenus lors de cette agression, Le Priol s'est contenté de répondre : « J'étais dans un état lamentable, je faisais n'importe quoi ». Dans la même lignée, une interdiction judiciaire de se rencontrer, prononcée après ces mêmes faits, était toujours en vigueur le soir du meurtre d'Aramburu : les deux hommes l'ont violée pour aller, ensemble et armés, tuer le rugbyman. Comme le résume Libération, les deux accusés se présentent au tribunal comme des « militants d'extrême droite à l'insu de leur plein gré », brossant le portrait de jeunesses « lisses » et de familles « aisées », en passant sous silence ce qui a construit leur trajectoire commune : un engagement assumé dans un groupuscule ouvertement néo-nazi.

Cette tentative de dépolitisation vole en éclats face à d'autres éléments révélés à l'audience. Chez Romain Bouvier, les enquêteurs ont retrouvé une édition très rare de Mein Kampf, que l'accusé a tenté de justifier par un simple « intérêt pour la politique », sans jamais s'expliquer sur la nature de cet objet précis. Loïk Le Priol, de son côté, a préféré tourner en dérision le code de déverrouillage de son téléphone, transmis à la juge, en le présentant comme « deux fois sa pointure de chaussure ». Il s'agit en réalité du code 1488, un symbole ouvertement néonazi : le nombre 14 renvoie aux « 14 mots », célèbre slogan suprémaciste blanc appelant à « assurer l'existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs », tandis que le 88 est la déclinaison numérique de la double lettre H, abréviation classique du salut « Heil Hitler ». Un détail qui, loin d'être anodin, achève de démentir le récit de deux hommes prétendument éloignés de tout militantisme d'extrême droite.

Un meurtre qui expose la violence de l'extrême droite

Ce meurtre ne constitue pas un fait divers isolé, mais s'inscrit dans une série de violences meurtrières commises par l'extrême droite ces dernières décennies. Selon les travaux de la politologue Isabelle Sommier, sur les 53 meurtres à caractère idéologique recensés en France entre 1986 et 2021, 48 sont directement imputables à l'extrême droite. Une tendance qui ne faiblit pas : en décembre 2022, un homme déjà condamné pour une agression au sabre contre des migrants a ouvert le feu devant le Centre culturel kurde de Paris, tuant trois personnes. En août 2024, près de Dunkerque, un responsable du groupuscule paramilitaire Brigade française patriote a délibérément écrasé Djamel Bendjaballah à trois reprises, sous les yeux de sa fille de dix ans, sans que la préméditation ni le caractère raciste du crime ne soient retenus par la justice. En mai 2025, à Puget-sur-Argens, le coiffeur Hichem Miraoui a été abattu par un voisin qui avait publiquement appelé à « tirer sur la population maghrébine ».

Cette violence meurtrière s'accompagne d'une multiplication d'agressions plus larges, qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui : attaque coordonnée de militants casqués et armés contre une soirée organisée par des associations de travailleurs immigrés turcs en février 2025, saccage à la croix gammée d'un local syndical à Antibes en octobre de la même année, agression d'étudiants à l'entrée de l'université Lyon III par des militants identitaires en février 2026.

Une réalité qui contraste violemment avec le traitement médiatique et judiciaire accordé à l'extrême droite, y compris lorsqu'elle tue : au lendemain du meurtre d'Aramburu, en pleine séquence présidentielle, l'affaire n'avait suscité aucune réaction du monde politique, quand certains médias préféraient euphémiser le profil des tueurs en les qualifiant de « duo de bagarreurs ».
Ce procès rappelle avec force que la violence d'extrême droite n'a rien d'un phénomène marginal. Alors que ses idées réactionnaires progressent partout dans le monde et nourrissent le passage à l'action de groupes toujours plus violents, le mouvement ouvrier et ses alliés doivent s'organiser à la base.

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