RDC : Tshisekedi transfère l'ambassade congolaise à Jérusalem en plein génocide à Gaza
Tue, 08 Sep 2026 17:30:00 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa République Démocratique du Congo a décidé de transférer son ambassade israélienne de Tel-Aviv vers Jérusalem, pour s'attirer une aide militaire d'Israël mais aussi des États-Unis, dans sa guerre contre les rebelles du M23 alliés au Rwanda.

Ce jeudi 3 septembre 2026 est à marquer d'une pierre noire pour les Palestiniens : le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, à l'issue de sa visite en Israël, a décidé de déplacer son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Affaibli sur le plan intérieur par l'offensive menée dans l'est du pays par l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda, Tshisekedi espère, en faisant ce geste symbolique avalisant les prétentions israéliennes sur la totalité de Jérusalem (dont la partie orientale est occupée depuis la guerre des Six Jours de 1967), s'attirer les bonnes grâces non seulement de l'État hébreu mais aussi de son parrain, les États-Unis. En effet, Donald Trump, lors de son premier mandat, avait inauguré ce déménagement diplomatique pour être imité par la suite par le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Paraguay, les îles Fidji et, depuis cet été, le Somaliland (État qui n'est guère reconnu que par Israël). La RDC, en conflit depuis 2022, a signé un cessez-le-feu avec le Rwanda en décembre 2025, qui n'a jamais été respecté. En juillet dernier, les bataillons des RDF (Rwanda Defence Forces) étaient censés évacuer les territoires occupés, à savoir les Nord et Sud Kivu. Il n'en a rien été.
À l'issue de sa visite à Benjamin Netanyahou, Tshisekedi a indiqué à la presse que les discussions avaient porté sur des questions de sécurité et des questions militaires. La RDC a pu bénéficier de l'appui des mercenaires israéliens lors de l'évacuation d'Uvira par les rebelles du M23 en janvier 2026. La RDC s'attend donc à une aide renforcée provenant d'Israël, notamment en matière d'espionnage. Netanyahou, tout comme Donald Trump, espère pour sa part se frayer un accès privilégié vers les minerais de la RDC, dont les 3T (cassitérite, coltan et wolframite). La RDC regorge de ces minerais, indispensables pour les technologies liées à la transition énergétique, ainsi qu'à dans la fabrication des équipements électroniques et les batteries, particulièrement stratégiques pour l'industrie militaire.
Or ces minerais sont dans leur grande majorité dans le sous-sol du Kivu, sous occupation rebelle. Les déloger permettrait à ceux qui réussiraient à le faire — Israël et les États-Unis — de se réserver l'exploitation des richesses du Kivu, dont profite actuellement en premier lieu le Rwanda. Néanmoins, Israël reste un partenaire clé de Kigali. Il aurait notamment fourni au pays des Mille Collines le logiciel d'espionnage Pegasus, qui a permis au régime de Kagame d'espionner et de surveiller des milliers de numéros d'opposants politiques, de journalistes, d'exilés ou d'ONG. En février dernier s'est tenu à Kigali un sommet sur la sécurité qui a réuni des responsables étatsuniens, israéliens et africains. Selon le Times of Israel, la conférence a défini une vision stratégique dans laquelle les États-Unis apportent leur « expérience stratégique et leur leadership mondial », Israël son expertise en matière de sécurité et sa capacité d'innovation, et le Rwanda joue le rôle de partenaire africain clé et de « relais vers les autres pays africains ».
En plus des intérêts militaires et stratégiques pour le Congo, ce rapprochement intervient alors qu'une grande partie du clergé évangélique, traditionnellement sioniste, soutient la réforme constitutionnelle portée par le camp présidentiel, qui vise notamment à permettre à Tshisekedi de contourner la limite des deux mandats et de se représenter en 2028. Fragilisé par l'échec de ses promesses de paix dans l'est du pays après la signature des accords de Washington, et tandis que les négociations avec l'AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha restent enlisées, le président congolais cherche ainsi à consolider ses soutiens sur le plan intérieur, notamment auprès des milieux évangéliques.
Pour Israël, ce rapprochement avec Kinshasa s'inscrit dans un phénomène qu'on a observé à plusieurs reprises au cours de cette dernière année. De plus en plus isolé sur le plan de l'opinion publique internationale, notamment parmi les populations de plusieurs de ses principaux alliés, et confronté en Europe à la suspension de certains contrats d'armement, Israël cherche de nouveaux soutiens partout où il le peut, auprès de petits États comme les Fidji, d'États fragiles comme la RDC, voire d'entités non reconnues comme le Somaliland.
Face au rapprochement de la RDC avec Israël organisé par en haut, la solidarité avec la Palestine reste à construire par en bas. Dans un pays marqué par la colonisation et les luttes pour l'indépendance, la cause palestinienne peut trouver un écho particulier auprès de la jeunesse et des travailleurs, en renouant avec un internationalisme anticolonial.
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