Jistis pour Klodo : les gendarmes mis en examen, une première victoire arrachée par la mobilisation
Tue, 08 Sep 2026 20:26:58 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès six ans de combat judiciaire, le collectif Jistis pour Klodo vient d'obtenir la mise en examen des deux gendarmes mobiles responsables des violences qui avaient entraîné la mort du sexagénaire en 2020 après un contrôle routier. Une première victoire, arrachée par la mobilisation collective, qui doit servir de point d'appui pour la suite du combat.

« C'est une première victoire collective contre la justice coloniale française qu'il faut célébrer, mais on ne lâche rien, il faut rester vigilant ». Les mots prononcés par Christophe Sinnan, gendre de Claude Jean-Pierre et co-fondateur du collectif Jistis pour Klodo, illustrent bien l'ambiance dans laquelle s'est tenue la conférence de presse organisée par la famille ce samedi 5 septembre simultanément à Deshaies en Guadeloupe et à l'Assemblée Nationale à Paris.
Une première étape arrachée par la mobilisation collective
La conférence de presse que la famille a souhaité organiser, entourée de leurs avocates, de plusieurs familles de victimes de violences policières, quelques parlementaires et soutiens politiques, a eu lieu après la mise en examen pour homicide involontaire des deux gendarmes mobiles responsables de la mort de Klodo prononcée le 28 août dernier par la nouvelle juge d'instruction en charge du dossier. Une mise en examen qui intervient en même temps que l'avis de fin d'information de la juge qui laisse entrevoir la possibilité d'un renvoi vers le tribunal correctionnel et l'éventualité d'un procès dans les prochains mois.
Il s'agit d'une première victoire significative pour Fatia Alcabelard, fille de Claude Jean-Pierre, et Christophe Sinnan, son conjoint, en lutte depuis presque six ans pour obtenir justice pour Klodo. Le 3 décembre 2020, ce retraité de 67 ans, perdait la vie après un contrôle routier de gendarmerie à Deshaies, en Guadeloupe. Hospitalisé dans les heures qui suivent avec deux vertèbres brisées et une compression de la moelle épinière, il est déclaré tétraplégique et décède douze jours plus tard.
La mise en examen des deux gendarmes mobiles intervient après une affaire marquée, comme toujours s'agissant des territoires dit d'outre-mer, par un traitement colonial et répressif de l'Etat français et de sa justice. Malgré la diffusion d'images de vidéos surveillance accablantes dès 2021, qui contredisent les déclarations des gendarmes en attestant de la violence commise par ces derniers lors du contrôle, un premier non-lieu avait été requis par le procureur en février 2023 dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour homicide involontaire. C'est grâce à l'importante mobilisation du comité Jistis Pou Klodo, soutenue par le kolektif kont vyolans a jandam, regroupant 16 organisations politiques et syndicales, que l'instruction avait finalement été réouverte.
Puis, fin 2025, alors qu'une commission rogatoire confirme le lien entre l'intervention des gendarmes et le décès de Claude Jean-Pierre et que cinq expertises médicales révélées par Médiapart contredisent la version mensongère des gendarmes, le parquet annonce le report de l'instruction en dessaisissant la juge chargée du dossier qui donne lieu à de longs mois d'atonie de la justice. Un moyen classique de laisser traîner l'affaire, face auquel la famille et les soutiens répondront par la mobilisation, à l'image de la manifestation devant le tribunal de Basse-Terre en décembre 2025 qui sera réprimée par la police.
Car c'est bien l'importante mobilisation suscitée en Guadeloupe par l'affaire Klodo qui a contribué à l'obtention de cette première victoire, dans le sillage des révoltes populaires ayant eu lieu en Guadeloupe en 2021 réprimées férocement par l'Etat français.
« Sur notre terre, la Guadeloupe, les gendarmes ont tué beaucoup de personnes »
Si la mise en examen des gendarmes est « une étape cruciale pour la suite du combat face à une institution qui n'a jamais rien lâché » , la vigilance « reste de mise » pour Fatia Alcabelard. Elle rappelle également que la France reste « un pays de militaires, et que le sang a historiquement coulé en Guadeloupe qui a subi et qui continue de subir des injustices terribles. Sur notre terre, la Guadeloupe, les gendarmes ont tué beaucoup de personnes. Ils sont de passage chez nous, ils arrivent et repartent tranquillement sans peine et sans être inquiétés » . Des propos qui rappellent ainsi la longue liste de morts et de militants réprimés et tués par l'État français en Guadeloupe et dans le reste des colonies d'Outre-Mer, marquées par l'impunité militaire et policière.
Christophe Sinnan a lui aussi rappelé ce « système colonial et raciste » que subit toujours la population de Guadeloupe, en référence directe aux révoltes populaires de 2021 : « Il faut célébrer cette victoire collective. On se bat pour Claude Jean-Pierre et on se bat aussi pour notre pays, la Guadeloupe, ou on n'a pas d'eau, on a des défaillances à tous les niveaux, structurels, économiques. C'est cet exemple de détermination pour la lutte que nous voulons aussi montrer pour notre pays » .
Contre le permis de tuer XXL : tous dans la rue le 20 septembre prochain !
Devant plusieurs figures de la lutte contre les violences policières venues le soutenir - Assa Traoré, Christian Chouviat (père de Cédric Chouviat, mort en 2020 lors d'un contrôle routier), ou encore Mornia Labssi, militante antiraciste du collectif Justice pour Nael - Christophe Sinnan a dénoncé l'impunité policière et son relais judiciaire, que subissent toujours les familles de victimes, en Guadeloupe comme en hexagone : « 6 ans, c'est trop long pour des familles. On a des familles ici qui se battent depuis plus de cinq ans, depuis plus dix ans, comme le comité Adama, qui vient de subir un non-lieu. Ce sont des délais inimaginables et inacceptables. Donnez-moi un exemple d'auteur de violences policières qui n'a jamais été condamné. Devant la justice, c'est soit l'acquittement, soit le non-lieu… J'ai une pensée pour toutes les familles de victimes ici. J'ai une pensée pour tous les jeunes, qui depuis les révoltes après la mort du jeune Nahel, continuent de faire des peines de prisons pour des canettes de RedBull, et qui sont encore enfermés, alors que depuis six ans, deux gendarmes qui ont ôté la vie d'un homme exercent encore aujourd'hui et un a même été promu ».
Un rappel essentiel de l'arc de solidarité qui lie les familles et collectifs pour la justice et la vérité et qui mènent depuis des années une lutte exemplaire contre l'impunité des policiers et des gendarmes. Une lutte qui a permis de mettre en lumière le caractère systémique des crimes et des violences d'État exercées contre les secteurs les plus opprimés exploités de la société, des jeunes des quartiers populaires d'hexagone ainsi que les classes populaires et précarisées des territoires colonisés d'outre-mer, de la Guadeloupe à Mayotte.
Un arc de solidarité qui doit aussi servir de point d'appui pour la grande mobilisation nationale du 20 septembre impulsée notamment par les familles et le collectif Stop aux violences d'Etat (SAVE) contre la proposition de loi qui instaure un nouveau permis de tuer XXL. Face à cette nouvelle offensive sécuritaire du gouvernement, dont la pétition citoyenne vient d'être enterrée sans débat par l'Assemblée nationale, et alors que plus de 730 000 personnes ont déjà signé une pétition contre ce texte, il y a urgence à faire front et à se mobiliser aux côtés de l'ensemble des organisations du mouvement ouvrier et du mouvement social en étant les plus nombreux possible dans la rue le 20 septembre prochain.