Allemagne : Volkswagen vend une usine à un fond israélien pour produire des armes
Tue, 08 Sep 2026 21:48:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que Ben-Gvir et Katz annoncent un nouveau saut dans leur politique génocidaire à Gaza, le géant de l'automobile Volkswagen cède une de ses usines allemandes à un fond israélien. A Osnabrück, désormais les lignes de montage produiront de l'équipement militaire pour l'un des trois plus grands groupes militaro-industriels isréaliens.

Ce lundi 8 septembre, Volkswagen a annoncé un accord sur une « éventuelle vente » de son usine d'Osnabrück au Land de Basse-Saxe, qui joue un rôle central dans l'industrie de la guerre allemande, et au fonds d'investissement israélien Aurelius. Le site va progressivement abandonner la production automobile au profit de systèmes de défense aérienne dont la production sera confiée au fabricant israélien du Dôme de fer, Rafael Advanced Defense Systems.
Un accord au profit d'un des acteurs du génocide à Gaza
Cet accord intervient sur fond de crise de l'industrie automobile européenne, et particulièrement allemande. Le modèle allemand, longtemps fondé sur une énergie russe bon marché et des exportations massives, a été violemment percuté par la guerre en Ukraine et la fin de l'accès au gaz russe à bas prix. En se servant de l'argument de la « concurrence internationale », le patronat allemand se livre à des vagues de licenciements historiques, qui viennent briser des milliers de vie. Volkswagen a ainsi annoncé la semaine dernière la suppression de 50 000 emplois supplémentaires d'ici 2030, portant à 100 000 le nombre total de suppressions de postes prévues.
Dans ce contexte de crise économique et de réarmement à l'échelle européenne, le patronat voit dans la reconversion des sites civils en sites militaires une nouvelle opportunité, tout en la justifiant auprès des travailleurs par les vagues de licenciements en cours. L'accord sur l'usine d'Osnabrück en est une illustration, alors que le site devrait arrêter la production automobile en 2027. L'usine sera cédée au fonds d'investissement Aurelius et au Land de Basse-Saxe, qui ont d'ores et déjà signé un accord avec Rafael Advanced Defense Systems pour fabriquer des composants et des systèmes de défense.
Ce géant public de l'armement est l'un des trois plus grands groupes militaires israéliens. Il a vu ses marchés exploser ces dernières années, avec un chiffre d'affaires de 5,5 milliards d'euros, en hausse de 21,5 % sur un an, dont près de la moitié de l'activité est réalisée auprès de clients internationaux.
Les ambitions de Rafael ne comptent pas s'arrêter là. Le PDG de l'entreprise, Yoav Tourgeman, a présenté l'accord comme le début d'« une relation industrielle à long terme avec nos partenaires allemands, avec l'idée que la technologie sera entièrement produite en Allemagne, pour protéger l'Allemagne et l'Europe ».
Le Qatar, actionnaire à hauteur de 17 % du groupe Volkswagen a émis une importante réserve concernant une coopération directe entre le groupe israélien et allemand. Le montage financier impliquant le fond d'investissement Aurelius a servi de paravent pour masquer l'implication du groupe Rafael, l'un des grands profiteurs du génocide à Gaza, alors que Doha craint des répercussions au sein de sa population largement solidaire du peuple palestinien.
Reconversion militaire, réarmement massif, une aubaine pour les marchands de mort
Cet accord n'est pas un cas isolé. Il traduit une mutation profonde de l'appareil productif allemand dans un contexte de crise et de remilitarisation. Dès l'été 2024, le sous-traitant Continental annonçait avoir trouvé un accord avec Rheinmetall, le plus grand producteur européen de munitions.. L'entreprise KNDS, entreprise franco-allemande en pleine expansion, mise elle sur un modèle industriel « hybride » capable d'articuler production civile et militaire et voit ses prises de commande augmenter de 40 % pour atteindre 11,2 milliards d'euros.
D'autres projets pourraient également voir le jour. Plusieurs milliers de pick-up Volkswagen Amarok pourraient être transformés en véhicules militaires. L'entreprise polonaise de défense WB Group pourrait également adapter des véhicules de MAN, la marque de poids lourds détenue par Traton, filiale de Volkswagen.
Ce tournant est largement soutenu par le gouvernement allemand, qui fait pleuvoir les milliards sur l'industrie de défense, depuis la suppression du verrou budgétaire allemand. Les ambitions de Friedrich Merz sont explicites : faire de la Bundeswehr « l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe ».
Dans un contexte de tensions inter-impérialistes croissantes, l'objectif des dirigeants allemands est à la fois de reconstruire une armée nationale puissante, tout en favorisant les intérêts des industriels allemands.
L'Allemagne, allié indéfectible d'Israël
Alors qu'Itamar Ben-Gvir et Israël Katz ont présenté cette semaine leur plan pour « vider Gaza », après des déclarations appelant notamment à tuer des dizaines de Palestiniens chaque nuit, l'accord juteux contracté entre le marchand de mort israélien et le géant de l'automobile allemand révèle une nouvelle fois la complicité du gouvernement allemand dans le génocide en Palestine.
Depuis le début du génocide en Palestine, l'Allemagne, qui est le deuxième exportateur d'armes vers Israël, a montré un soutien sans faille à l'Etat sioniste en réprimant de manière féroce toutes voix de soutien au peuple palestinien.
Le mirage du militarisme pour sortir de la crise, un danger mortel pour les travailleurs
Depuis plusieurs années, Volkswagen annonce des plans massifs de suppressions d'emplois, faisant peser sur les travailleurs la menace de la fermeture des sites et de la perte de leur emploi.
Face à l'effondrement du modèle industriel allemand, la reconversion militaire est présentée comme une bouée de sauvetage pour l'emploi. En somme, les classes dominantes proposent un chantage aux travailleurs : les licenciements, ou le réarmement.
Dans le même temps, ce réarmement massif s'accompagne d'attaque brutale dans les services publics, la santé, l'éducation. Surtout, ce chantage n'offre aucune issue progressiste aux travailleurs, et constitue un danger mortel pour notre classe. La course au réarmement engagée par la bourgeoisie n'implique pas seulement une cure d'austérité pour les services publics, mais aussi une militarisation des esprits , que ce soit par la répression, la propagande militariste ou issu, le chantage aux licenciements. Alors qu'en Ukraine, ce sont des centaines de milliers de travailleurs ukrainiens et russes qui payent de leur vie la guerre réactionnaire menée par la Russie, c'est toujours notre classe qui sert de chair à canon pour les intérêts de la bourgeoisie. Comme l'expliquait Ernest Mandel [1], l'industrie militaire a la fâcheuse propriété de devoir « consommer » au-delà d'un certain seuil les stocks qu'elle produit, c'est-à-dire de pousser structurellement vers la guerre, faute de quoi elle s'effondre sur elle-même : ce n'est pas un supplément d'emploi sans contrepartie, c'est un pari sur l'escalade guerrière et la mort pour les travailleurs.
C'est pourquoi, en Allemagne comme en France, face aux projets de militarisation que les classes dominantes cherchent à nous imposer et face au génocide en Palestine, il faut opposer un plan de bataille à la hauteur de la situation. Et cela passe par la défense de nos emplois, en imposant la mesure d'urgence vitale qu'est l'interdiction des licenciements.
Une revendication qui va à l'encontre de la ligne actuellement défendue par les directions syndicales allemandes, à l'image de la direction du syndicat « IG Metall », qui accompagne la transition vers l'industrie de défense au nom de la préservation de l'activité, sans jamais contester la nature mortifère de cette production. En parallèle, les organisations de gauche, comme Die Linke quelques semaines après les élections fédérales, ont d'ores et déjà validé le plan de remilitarisation historique de l'Allemagne trahissant les aspirations anti-guerre de leurs électeurs.
Face aux impasses et aux illusions que véhiculent ces orientations de la part des bureaucraties syndicales et partis institutionnels, les travailleurs doivent s'organiser par en bas, avec les méthodes du mouvement ouvrier, pour imposer l'interdiction des licenciements. Seul une opposition forte des travailleurs, et de leur camp social, dans la rue et par la grève pourra imposer le rapport de force nécessaire pour arracher cette revendication. Mais face à la crise économique, écologique et à l'inflation galopante qui revient, il faut aller plus loin et imposer la nationalisation sous contrôle ouvrier de toute la filière automobile et de défense, afin de mettre un terme à la course à l'armement qui ne peut mener qu'à une catastrophe immense.
La nationalisation sous contrôle ouvrier de la filière automobile et de défense permettrait la reconversion vers des besoins sociaux utiles : plutôt que de fabriquer des missiles pour Israël, les infrastructures de pointe d'Osnabrück pourraient être utilisées pour développer les transports publics ou bien des moyens de lutte contre les incendies, alors que les méga-feux ont ravagé l'Europe cet été.
C'est seulement par la construction d'une mobilisation antimilitariste, qui s'appuie sur la force combinée de la jeunesse qui refuse de se mettre au pas pour un avenir de guerre, à l'image des « Schulstreiks » qui ont fleuri dans plus de 100 villes allemandes contre le service militaire et la militarisation, et du mouvement ouvrier qui s'oppose aux licenciements et à la reconversion militariste de l'économie, que nous pourrons imposer une production au service de la vie des travailleurs, et non à celui des profits de l'industrie de la mort.
[1] Traité d'économie marxiste, T. 3, E. Mandel, 1969
Droits d'auteur : CC-BY-SA 4.0 Matti Blume