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La fin du Rojava : sous pression de l'impérialisme et de la Turquie, la direction kurde capitule face à Damas

Tue, 08 Sep 2026 00:26:49 CEST

Révolution Permanente

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Après près d'un an de bras de fer avec Damas , les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont conclu un accord avec le nouveau régime de Damas sous la pression de la Turquie et de l'impérialisme étasunien. Un tournant majeur qui acte la fin de l'expérience du Rojava et constitue un recul historique pour les aspirations du peuple kurde à l'autodétermination.

Si Mazloum Abdi, dirigeant des FDS, s'efforce de le présenter comme favorable au peuple kurde, l'accord passé entre la direction kurde et le pouvoir centrals syrien, mardi 25 août, constitue en réalité un recul majeur, imposé par la force après plus d'un an de pressions, de menaces et d'affrontements directs depuis la chute de Bachar al-Assad et l'arrivée au pouvoir d'Ahmed al-Chaara en décembre 2024.

Le régime syrien, soutenu par la Turquie, avait lancé une offensive militaire ouverte contre FDS dans les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Achrafieh à Alep. Les forces d'al-Chaara ont poursuivi leur avancée vers Deir Hafer et Maskana, contraignant les FDS à se retirer et réduisant considérablement les territoires sous leur contrôle.

À cette offensive militaire s'est ajoutée une pression colossale de la Turquie et des États-Unis. Washington, qui avait profité de la guerre civile syrienne et de la lutte contre Daech pour renforcer son intervention militaire dans le pays, avait trouvé dans les FDS un allié de circonstance et un point d'appui pour asseoir son influence dans le nord-est syrien en 2015 et son contrôle sur les ressources pétrolières de la région. Mais alors que l'arrivée au pouvoir d'Ahmed al-Chaara lui a permis de trouver un interlocuteur soumis pour défendre ses intérêts dans la région, les États-Unis n'ont pas hésité à abandonner leur ancien allié, isolant la direction des FDS et resserrant l'étau qui a conduit à accepter sa dissolution. Un piège que la direction kurde a elle-même contribué à construire en passant une alliance avec l'impérialisme.

Les Kurdes à la merci de Damas

Derrière le prétexte de « l'unification nationale », al-Charaa, la Turquie et l'impérialisme étasunien se félicitent aujourd'hui de la dissolution des Forces démocratiques syriennes et se targuent du « progressisme » des garanties accordées au peuple kurde. Mais le contenu même de l'accord révèle une tout autre réalité. Les droits aujourd'hui reconnus par Damas – citoyenneté pour les Kurdes jusque-là privés de nationalité, reconnaissance de la langue kurde, droit de l'enseigner, reconnaissance des diplômes des universités de l'Administration autonome, maintien d'une certaine administration locale – ne sont pas des cadeaux du nouveau pouvoir : ils sont à la merci d'un État ultra-réactionnaire, dont les forces de sécurité se livrent à des massacres confessionnels, qui n'hésitera pas une seule seconde à revenir sur des droits arrachés par des décennies de lutte du peuple kurde.

L'accord prévoit la dissolution des institutions civiles et militaires de l'Administration autonome kurde et leur intégration au sein l'appareil d'État syrien. Les combattants des FDS seront intégrés au sein de quatre brigades de l'armée ; près de 1 500 combattantes des YPJ doivent rejoindre les forces de sécurité du ministère de l'Intérieur ; les structures universitaires passent sous la tutelle de l'État. Mazloum Abdi, chef des FDS, est lui-même nommé conseiller à la présidence, tandis que d'autres dirigeants issus des FDS obtiennent des postes au Parlement, au ministère de la Défense ou dans les appareils sécuritaires.

Dans le cadre de cet accord, Damas doit servir de médiateur auprès de la Turquie pour permettre à Mazloum Abdi et Ilham Ahmed de rencontrer Abdullah Öcalan, chef du PKK (organisation historique de la lutte armée kurde en Turquie), emprisonné par l'État turc depuis 1999 et soumis depuis des décennies à un régime d'emprisonnement extrême. Abdi attend dans ce contexte qu'Ankara réexamine son inscription sur ses listes de personnes considérées comme terroristes. En contrepartie, la direction des FDS s'engage notamment à remettre au pouvoir central les installations et champs pétroliers qu'elle contrôle encore dans la région de Hassaké. Une capitulation et une trahison alors que la bureaucratie du YPG liquide les acquis des luttes kurdes en échange de son intégration à l'État syrien.

La Turquie au cœur du nouveau rapport de forces régional

La grande gagnante de cet accord est sans doute la Turquie. La dissolution des FDS offre à Ankara l'effacement, à sa frontière sud, d'une force kurde organisée et armée, en même temps qu'elle apparaît, aux yeux de la Turquie, comme un moyen de stabiliser l'État syrien, largement dépendant de son soutien politique, militaire et économique. Le calendrier de la dissolution lui-même n'a rien d'anodin, il intervient dans le prolongement de celle du PKK en Turquie en 2025. Une victoire tactique de la Turquie qui intervient dans un contexte de recomposition des équilibres géostratégiques au Moyen-Orient.

En effet, la défaite d'Israël et des États-Unis en Iran et la crise du détroit d'Ormuz sont en train d'accélérer la recherche de nouvelles routes commerciales et énergétiques, donnant à la Syrie une place stratégique comme potentiel corridor reliant les pétromonarchies du Golfe à la Méditerranée et l'Europe. Une perspective qui suscite également l'intérêt de l'Arabie saoudite, dans le sillage du rapprochement entre Riyad et Ankara, récemment consolidé par leur pacte de défense avec le Pakistan.

La liquidation de l'autonomie kurde est inséparable de cette recomposition régionale plus vaste alors que la « stabilisation » de la Syrie est un enjeu central pour Ankara qui aspire à devenir le principal pourvoyeur de marchés auprès des puissances impérialistes dans les pays dans sa périphérie proche tout en s'imposant, face à Israël, comme l'interface logistique des flux énergétiques du Golfe vers l'Europe. L'impérialisme français compte lui aussi jouer un rôle important dans cette nouvelle Syrie qui se trouve au carrefour de ses intérêts historiques dans la région, entre le Liban, l'Irak et le Golfe. C'est dans ce sens que Macron a noué des liens très rapidement avec al-Charaa tout en favorisant le retour en grande pompe des multinationales dans les secteurs stratégiques syriens->https://www.revolutionpermanente.fr/Macron-en-Syrie-l-imperialisme-francais-avance-les-interets-de-ses-multinationales-au-Moyen-Orient].

Quelle perspective révolutionnaire pour la lutte kurde ?

Mais ce recul historique ne signifie pas la fin de la lutte du peuple kurde pour son autodétermination. Il impose en revanche de tirer jusqu'au bout le bilan des choix stratégiques de ses directions. Si le mouvement kurde poursuit sa lutte, malgré plus d'un siècle de répression depuis les premières luttes pour l'autodétermination au lendemain de la Première Guerre mondiale, c'est avant tout grâce à la résistance acharnée d'un peuple divisé entre quatre États, confronté au colonialisme, à la négation de son existence nationale et à la répression des régimes réactionnaires de la région. Pourtant, ces luttes ont été régulièrement affaiblies par des stratégies d'alliance avec certains régimes bourgeois de la région, voire avec des puissances impérialistes qui ont instrumentalité la lutte d'autodétermination du peuple kurde dans le seul but de faire avancer leurs intérêts réactionnaires avant de la trahir.

L'alliance conclue à partir de 2014-2015 entre les FDS et les États-Unis en constitue l'expression la plus récente et la plus lourde de conséquences. Cette trahison n'a rien d'une anomalie : elle est le produit logique d'une stratégie qui avait rendu les FDS profondément dépendantes de l'aide militaire, diplomatique et financière étasunienne. La lutte pour l'autodétermination kurde ne pourra retrouver sa force qu'en renouant avec une politique d'indépendance de classe et en rompant avec la subordination aux impérialismes comme aux bourgeoisies régionales, qui craignent plus que tout la mobilisation des masses arabes et qui n'ont eu de cesse de trahir la cause palestinienne, l'autre lutte historique de libération nationale dans une région meurtrie par les agressions impérialistes.

Dans une région où les rapports de force sont plus instables que jamais, de nouvelles brèches peuvent s'ouvrir pour les révolutionnaires kurdes. Mais saisir ces possibilités suppose en premier lieu de rompre avec la stratégie de conciliation qui s'est soldée par la disparition du Rojava : ni Washington, ni les bourgeoisies régionales ne peuvent être les garants de l'émancipation kurde. Cela suppose également de chercher à nouer une alliance stratégique avec les minorités ethniques et religieuses et avec la classe ouvrière et les classes populaires syriennes, elles-mêmes confrontées à l'autoritarisme, aux politiques anti-ouvrières et au confessionalisme réactionnaire du nouveau régime. De la Jazira à Soueïda, du littoral à Damas et Alep, l'enjeu est de construire des luttes communes, totalement indépendantes du régime d'al-Charaa. De manière générale, la lutte d'autodétermination du peuple kurde est inséparable des courants plus profonds de la lutte des classes au Moyen-Orient et de la perspective d'une révolution régionale, portée par les classes populaires et les travailleurs, contre les régimes réactionnaires arabes et les guerres lancées par l'impérialisme, d'où pourraient sortir, comme des forces jumelles, une Palestine un Kurdistan libres, ouvriers et socialistes, libérés de toute oppression nationale et impérialiste.

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