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Bardella-Farage : l'alliance de l'extrême droite pour organiser la chasse aux migrants

Tue, 08 Sep 2026 23:38:17 CEST

Révolution Permanente

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Invité d'honneur du congrès de Reform UK, Jordan Bardella a signé un accord avec Nigel Farage pour coordonner la chasse aux migrants des deux côtés de la Manche. Une alliance de l'extrême droite qui se prépare déjà à gouverner.

Vendredi dernier, la visite de Jordan Bardella à Nigel Farage n'était pas qu'une simple visite de courtoisie. Ce jour-là, le président du Rassemblement national était l'invité d'honneur de la conférence annuelle de Reform UK, le parti d'extrême droite ultra-raciste de Nigel Farage.

Une invitation qui intervient en pleine crise du bipartisme britannique : conservateurs en chute libre, Labour discrédité par Starmer, désormais remplacé à Downing Street par Andy Burnham. Après sa débâcle aux élections locales, Starmer avait permis à Reform de réaliser une percée historique dans d'anciens bastions travaillistes et conservateurs.

C'est dans ce contexte que Bardella et Farage ont exhibé devant les caméras un immense Memorandum, présenté comme une nouvelle Entente cordiale entre le Rassemblement national et Reform UK [1]. Dans une ambiance trumpiste, où la taille du pacte semble devoir compenser la finesse du propos, Bardella et Farage ont surtout mis en scène un accord aux mesures particulièrement brutales, mettant sur la place une chaîne organisée de détention et d'expulsion à travers la Manche. Ils s'engagent ainsi à refuser toute régularisation et à empêcher les départs depuis la France. Surtout, les bateaux interceptés dans les eaux britanniques seraient renvoyés vers la France, qui accepterait leurs occupants avant de les expulser vers leur pays d'origine.

Mais c'est encore en dehors de ce pacte immonde que Reform réserve ses mesures les plus chocs : dans son projet baptisé, sans s'embarrasser de subtilité, Operation Fortress qui prévoit notamment l'intervention de la Royal Navy et les Royal Marines pour intercepter les embarcations de migrants. Pour les immigrés en « situation irrégulière » déjà présents sur le territoire britannique, Reform prévoit parallèlement de créer une nouvelle agence, véritable « commando de déportation », chargée de déporter jusqu'à 24 000 personnes par mois, soit près de 300 000 par an. Concernant les détenus immigrés, ceux-ci pourraient par ailleurs être déportés vers des prisons de pays comme le Salvador. Des projets qui rappellent fortement les méthodes de l'administration Trump et le rôle joué par l'ICE dans sa politique de déportation de masse.

Cette politique s'inscrit aussi tout droit dans le durcissement européen des politiques migratoires : en juin, le Parlement européen a adopté le nouveau « règlement retour », massivement soutenu par l'extrême droite, qui prévoit notamment la possibilité de créer des « hubs de retours », c'est-à-dire des centres d'enfermement pour migrants dans des semi-colonies en vue de leur expulsion.

L'image de Bardella et Farage n'est donc pas un simple coup de communication entre deux dirigeants d'extrême droite. Leur accord dessine déjà une politique commune pour le cas où leurs partis arriveraient simultanément au pouvoir : coordonner les contrôles aux frontières, les interceptions en mer, la détention et les expulsions des personnes étrangères.

Des millions pour Reform, l'austérité pour les travailleurs

Seulement voilà : Reform et Bardella se rêvent déjà au pouvoir, mais les scandales, eux, n'ont pas attendu. La veille de leur rencontre, une caméra cachée montrant deux hauts responsables de Reform - James Orr et Dan Jukes - discuter des dispositifs permettant de contourner les règles sur les financements étrangers tournait en boucle sur les plateaux télé. Tous deux ont dû quitter leurs fonctions, tandis que l'affaire est désormais examinée par la police britannique et la Commission électorale.

Mais pendant que Farage courtise les grandes fortunes, son parti prépare un tout autre sort pour les travailleurs. À la tribune de la conférence, Robert Jenrick - porte-parole du parti pour les questions budgétaires - a annoncé vouloir sabrer 50 milliards de livres dans les dépenses sociales, tout en annonçant vouloir rassurer les marchés financiers sur leur politique économique.

Les dirigeants de Reform, eux, ne risquent pas de souffrir de ces mêmes attaques, tant les milliardaires se chargent de remplir les caisses du parti. Rien que l'année dernière, le milliardaire Christopher Harborne, investisseur dans la cryptomonnaie, a versé à lui seul à Reform 12 millions de dollars.

Et sur ce terrain aussi, Bardella et Farage ont de quoi s'entendre. Plus encore que Marine Le Pen, Bardella incarne au RN cette recherche de respectabilité auprès du patronat et des milieux d'affaires, multipliant les signaux destinés à rassurer ceux qui pourraient encore être dubitatifs de la servilité de Le Pen à la grande bourgeoisie. Une orientation parfaitement compatible avec Farage et l'héritage ultralibéral et libertarien de Reform. Derrière leur posture antisystème, les deux hommes regardent donc dans la même direction : coups de matraque pour les plus pauvres et les migrants, courbettes devant les plus riches. Décidément, ces deux-là sont bien faits pour s'entendre.

Qui défendra le mieux les frontières ?

De la droite à la gauche institutionnelle, les candidats à la présidentielle se sont empressés de dénoncer cet accord pour décrédibiliser le RN, en tête dans les sondages, et mieux vendre leur propre perspective chauvine de reprise en main made in France de la question migratoire.

Pour Gabriel Attal notamment, un des architectes des pires offensives islamophobes sous la présidence de Macron, le président du groupe RN se serait « fait rouler dans la farine ». Sur un plateau de BFMTV, l'ancien premier ministre dit redouter que « la France [devienne] ce que le Royaume Uni avait voulu faire avec le Rwanda », faisant référence à l'accord xénophobe porté par le précédent gouvernement conservateur, prévoyant que les demandeurs d'asile arrivant sur le territoire britannique soient expulsés au Rwanda où leur demande d'asile serait étudiée.

Même son de cloche chez Glucksmann. Pour le candidat Place Publique à la primaire de la gauche, ce pacte se ferait « au détriment des intérêts de la France » puisqu'il « déresponsabilise le Royaume Uni de question migratoire ». En fustigeant le RN pour sa « capitulation », Glucksmann en vient ainsi à se poser en meilleur défenseur des intérêts frontaliers français que Bardella lui-même.

Des réactions qui occultent totalement la responsabilité des impérialismes français et britannique dans les guerres, le pillage et les régimes qu'ils soutiennent, qui poussent des millions de personnes à l'exil, en débattant de quel État doit avoir la charge de les repousser.

Opposer notre internationalisme au leur

Dans cette affaire, ce qu'il faut dénoncer, ce n'est pas que les migrants soient renvoyés du « mauvais » côté de la Manche. C'est le principe même de cette politique : qu'ils soient pourchassés, enfermés, refoulés et expulsés.

C'est aussi tout l'enjeu de la candidature d'Anasse Kazib à la présidentielle de 2027 : faire entendre une voix de classe, antiraciste et internationaliste, qui refuse de céder le moindre terrain à l'extrême droite.
Alors que celle-ci se radicalise, chaque concession sur l'immigration, les frontières ou la préférence nationale affaiblit la lutte antiraciste et divise notre classe.
Il faut au contraire défendre sans ambiguïté la liberté de circulation et d'installation et l'ouverture des frontières, la régularisation de tous les sans-papiers, mais aussi la destruction des centres de rétention et la suppression de l'ensemble des lois sécuritaires et racistes qui visent en premier lieu les personnes étrangères et les quartiers populaires


[1] L'« Entente cordiale » désigne originellement les accords franco-britanniques de 1904 réglant notamment leurs rivalités coloniales, expression reprise par Farage le 4 septembre pour qualifier son pacte migratoire avec Bardella

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