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Victoire de l'extrême droite en Allemagne : l'AfD avance sur la misère, le racisme et la peur de la guerre

Mon, 07 Sep 2026 12:25:25 CEST

Révolution Permanente

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Avec près de 44 % des voix, l'AfD d'extrême droite réalise le meilleur score de son histoire. Le prétendu « cordon sanitaire » a volé en éclats. Il faut désormais organiser la résistance par les méthodes de la lutte des classes contre un éventuel gouvernement de l'AfD et contre la CDU.

C'est une victoire historique pour l'extrême droite. Avec près de 44 % des voix, selon les estimations arrêtées ce lundi matin, l'AfD a réalisé dimanche soir le meilleur résultat de son histoire lors d'une élection d'un Parlement régional. Avec un score en augmentation de 23% depuis l'élection de 2021, il s'agit aussi de l'augmentation la plus soudaine de ses voix, tous Länder confondus. Elle a certes manqué de peu la majorité absolue qui lui aurait permis de gouverner seule, mais le séisme politique est encore plus violent que ne le laissaient prévoir les derniers sondages. Les éléments fascistes militants vont se sentir renforcés dans leur chasse contre les militants de gauche, les étrangers et les personnes LGBT.

La CDU s'effondre tandis que le SPD, les Verts et Die Linke devraient entrer au Landtag avec des scores qui se situent aux alentours des 9 %. Pour Die Linke, ce résultat constitue un sérieux revers : le mot d'ordre « Voter tactiquement contre l'AfD » lui a certainement fait perdre plusieurs points par rapport aux derniers sondages, des voix qui avec cette logique semblent avoir principalement profité aux Verts, sans affaiblir en rien l'AfD. Cette dernière a au contraire, bénéficié d'une participation historiquement élevée, proche de 80 %, et obtient le meilleur résultat jamais enregistré par un parti en Saxe-Anhalt.

Une victoire historique de l'extrême droite

La tête de liste de l'AfD pour ces élections, Ulrich Siegmund, est un des représentants de son aile la plus dure. Après un court passage dans la CDU au début de sa vie d'adulte et après une carrière ratée d'entrepreneur pour faire du marketing olfactif, Siegmund a rejoint l'AfD peu de temps après sa fondation et s'est rapidement lié avec les secteurs autour de Bjorn Höcke, qui ne font pas mystère de leur nostalgie pour la grandeur passée de l'Allemagne hitlérienne. Sa garde rapprochée constitue un pot-pourri des tendances les plus radicales de l'AfD : « anciens » néo-nazis, militants de la scène identitaire et völkisch, complotistes et fans de Poutine.

Ainsi, le vice-président de la fédération locale de l'AfD Hans-Thomas Tillschneider a participé à des cérémonies pour l'anniversaire du chef du Kremlin. Tillschneider, qui a contribué à rédiger le programme, dénonce l'enseignement des crimes du fascisme à l'école, responsable du manque de ferveur nationaliste des jeunes Allemands et résume ses perspectives pédagogiques ainsi : « Plus de Bismarck, moins d'Hitler ». Des mesures qui accompagnent la lutte contre les « pervers fanatiques de gauche » et la suppression systématique de toute subvention aux associations LGBT et d'aide à l'avortement, la possible pénalisation de celui-ci, la mise en place de salut au drapeau dans toutes les écoles, la fin de la subvention à l'art qui ne ferait pas l'apologie de l'Allemagne, un programme de « remigration » pour chasser les migrants et les étrangers, restreindre leur possibilité de travailler, la suppression du droit d'asile, la mise en place de veilles citoyennes qui cachent mal leur ambition d'être des milices supplétives de la police.

Dans ce qui est un des Länder avec les plus faibles revenus d'Allemagne, le succès de l'AfD est d'avoir maquillé la misère sociale et le déclassement provoqué par la bourgeoisie en un problème migratoire. La Saxe-Anhalt, à l'image des autres Länder de l'Est, a subi en parallèle d'un démontage en règle de son économie et de son industrie, une émigration massive depuis trois décennies. De près de 3 millions d'habitants lors de la réunification, la population est passée à 2,1 millions aujourd'hui. Ce sont en majorité des jeunes et des femmes qui sont partis.

La vague inflationniste, la crise économique du modèle allemand et le découplage brutal avec la Russie, du point de vue énergétique et des relations économiques, ont porté un coup brutal à une région historiquement tournée vers l'Est. Les propositions pro-patronales de l'AfD pour relancer l'économie sur le dos des travailleurs, les thèses sur le grand remplacement et le « repeuplement » par les étrangers entrent en résonnance avec un sentiment réel de déclassement et permettent de désigner des coupables plus palpables que les fonctionnaires de la Treuhand et les grands capitalistes.

Ce sont sans surprise les thèmes de la sécurité et de la haine des migrants qui mobilisent le vote AfD, mais qui se retrouvent mêlés dans la représentation de cet électorat à la question de la hausse des prix et de l'incapacité à maintenir son niveau de vie. La question de la paix, face à un régime ultra militariste qui annonce préparer le pays à la guerre face à la Russie joue aussi un rôle très important, l'AfD étant paradoxalement en mesure de capitaliser sur un discours de paix. Selon les sondages d'Infratest réalisés après l'élection, 66% des électeurs de l'AfD estiment ne pas recevoir une juste part en comparaison au reste des Allemands. 65% des personnes qui se déclarent en mauvaise situation financière ont ainsi voté pour l'AfD. L'AfD surperforme chez les hommes qui ont voté à 50% pour l'extrême droite et sous-performe très légèrement chez les femmes (39%). Les 18-24 ont voté à 41% pour l'AfD, 15% pour die Linke et 14% pour les Verts, 5% seulement pour la CDU. Ce sont les plus de 60 ans (en votant tout de même entre 20 et 30% pour l'AfD) qui ont amorti la chute brutale de la CDU. Les catégories d'ouvriers (entendus comme ouvriers d'industrie) ont voté à 59% pour l'AfD, les employés à 46% et les indépendants à 52%. Ces chiffres décrivent une hégémonie et un ancrage puissant de l'AfD dans les classes populaires, mais surtout de son récit et de sa rhétorique sur le déclassement social.

Le scénario d'un gouvernement AfD au Landtag de Magdebourg

L'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) pourrait se retrouver en position d'arbitre. BSW est entrée d'extrême justesse au Landtag de Magdebourg avec 5,3% des voix, compliquant encore la situation. Le parti de Wagenknecht avait en effet refusé, avant le scrutin, d'entrer dans un « front contre l'AfD », sous la forme d'une coalition dirigée par la CDU qui se serait maintenu au pouvoir grâce au soutien sans participation de Die Linke. Lors de l'élection du ministre-président, la CDU ne pourra probablement pas compter sur son soutien. Si Sahra Wagenknecht a écarté, ce matin, la perspective de former une coalition avec l'AfD, elle a ouvert la voie à une collaboration ponctuelle. Si les deux premiers tours de l'élection du ministre-président du Landtag se font à la majorité absolue, le troisième tour se fait à la majorité simple : dans ce contexte, sur la base de la neutralité de BSW, l'AfD avec 39 sièges se trouverait à égalité avec les sièges combinés de la CDU, du SPD, des Verts et de die Linke. Le vote d'un élu de BSW pourrait en revanche faire basculer l'élection. Dans la Thuringe voisine, le parti qui siégeait dans une coalition avec la CDU et le SPD a explosé après les appels de Wagenknecht à en finir avec le gouvernement CDU, trois élus ont quitté le groupe parlementaire et continuent de siéger dans la majorité. Un gouvernement technique ou de nouvelles élections seraient également envisageables. On ne peut pas davantage exclure que certains député·es CDU – plusieurs avaient déjà fait savoir avant le scrutin qu'ils refusaient catégoriquement toute coopération avec Die Linke – fassent défection et permettent à Siegmund d'accéder au pouvoir.

La perspective d'un gouvernement régional dirigé par l'AfD reste une possibilité. Les conséquences seraient lourdes pour les travailleurs étrangers, les femmes et les personnes queer, contre lesquels l'AfD entend mener des politiques oppressives. Le parti prévoit notamment de créer une police chargée des expulsions sur le modèle de l'ICE trumpiste. Les élèves seraient également durement touchés par l'arrivée de l'AfD au pouvoir. Le parti veut ainsi déployer des agents de sécurité dans les établissements scolaires, une mesure autoritaire dirigée contre la jeunesse. En prenant le contrôle de la police et de l'Office de protection de la Constitution (service de renseignement intérieur, équivalent des Renseignements Généraux), l'AfD pourrait également s'en servir contre les militantes de gauche et les syndicalistes.

Dans le même temps, les partis qui gouvernent au niveau fédéral ont subi ce soir une défaite retentissante. Le candidat tête de liste de l'AfD a d'ailleurs désigné le chancelier Merz comme le meilleur militant de sa campagne. La CDU de Saxe-Anhalt sait à quel point le gouvernement Merz-Klingbeil (CDU-SPD) suscite un mécontentement généralisé et a tenté, pendant la campagne, de prendre ses distances avec un chancelier largement détesté : 88% des électeurs, tous partis confondus, et même 86% des électeurs de la CDU, considèrent que l'AfD ne serait pas si forte si le gouvernement fédéral menait une meilleure politique. Cette mise à distance n'a pourtant pas sauvé Sven Schulze, l'actuel ministre-président CDU : avec 18,5 % des voix, le score de la CDU est pratiquement divisé par deux par rapport à 2021. Ce désastre ne s'explique pas seulement par le vaste programme de réarmement et d'austérité que son parti entend imposer, par des moyens toujours plus autoritaires, au sein d'un gouvernement fédéral désormais totalement discrédité. Le bilan du gouvernement régional de Saxe-Anhalt, marqué par des coupes budgétaires drastiques et par un alignement toujours plus poussé sur les revendications racistes de l'AfD, a lui aussi contribué au résultat catastrophique de Schulze.

Pour l'heure, son parti se prépare néanmoins à continuer de gouverner avec le SPD et les Verts. Ces deux partis se trouvaient encore sous la barre des 5 %, il y a quelques semaines, et le mot d'ordre du « vote tactique » leur a donné un nouveau souffle. Schulze aura cependant besoin de Die Linke, qui a recueilli 8,6 % des voix, pour réunir une majorité. Le soir même du scrutin, Die Linke a une nouvelle fois confirmé que le parti était prêt à voter pour un ministre-président CDU.

Dans ce scénario, celui d'un gouvernement minoritaire dirigé par la CDU et maintenu au pouvoir grâce à Die Linke, l'AfD ne participerait certes pas directement au gouvernement. Mais pour les travailleurs, les jeunes, les travailleurs étrangers et toutes celles et ceux qui s'opposent au virage à droite, le danger serait tout sauf écarté. Bien au contraire : en se mettant ainsi au service de la CDU, Die Linke affaiblirait considérablement la résistance au puissant mouvement de droitisation en cours.

Avant même les élections, la CDU avait énoncé sans ambiguïté les conditions auxquelles elle accepterait de coopérer avec Die Linke : « il n'y aura aucun compromis, mais cinq années de CDU pure. » On connaît le programme : travail obligatoire pour les bénéficiaires du Bürgergeld [allocation citoyenne], comme Schulze l'a réclamé à plusieurs reprises ; équiper la police de tasers ; placer les espaces publics sous surveillance grâce à l'intelligence artificielle ; intensifier encore la persécution des réfugiés ; fermer des hôpitaux dans les zones rurales ; et mettre en œuvre tout une série d'autres mesures racistes et anti-ouvrières. Die Linke serait contrainte de brader l'intégralité de son programme et de cautionner les projets réactionnaires de Schulze en matière d'austérité et d'expulsions. En revanche, une chose est certaine : « cinq années de CDU pure » n'affaibliront nullement l'AfD. C'est même tout le contraire. Car ce sont précisément les politiques menées par la CDU qui alimentent le mécontentement dont l'AfD peut tirer profit faute d'une opposition de gauche crédible.

Reste d'ailleurs à savoir combien de temps la CDU elle-même sera disposée à maintenir une alliance avec Die Linke. Des divergences en matière de politique étrangère font encore obstacle à une coopération plus étroite avec l'extrême droite, alors même qu'une telle coopération s'est déjà imposée dans les faits à l'échelle municipale. Mais, au sein de la CDU, les voix qui réclament une remise à plat complète de la politique du parti à l'égard de l'AfD continuent de se faire entendre. Nico Elsner, président de la Junge Union en Saxe-Anhalt, s'est ainsi récemment prononcé pour un assouplissement de la règle qui interdit toute coopération et pour une collaboration avec l'AfD au Parlement régional. La pression permanente qu'exercera une AfD extrêmement puissante, ajoutée au risque de défections au sein du groupe parlementaire CDU, ne pourra que pousser un gouvernement minoritaire CDU-SPD-Verts à aligner toujours davantage sa politique sur celle de l'extrême droite.

L'impasse du moindre mal et la nécessité d'une riposte par les méthodes de la lutte des classes

On comprend dès lors pourquoi la gauche ne doit pas se laisser prendre au piège de l'argument selon lequel maintenir la CDU permettrait de faire barrage à l'extrême droite. La faillite politique du prétendu « cordon sanitaire » éclate aujourd'hui au grand jour. Il n'a pas arrêté l'AfD. Il n'a jamais eu pour objet d'empêcher la mise en œuvre de politiques de droite. Pour battre la droite et l'extrême droite, il faut combattre les politiques qui lui pavent la voie et préparent son intégration au pouvoir. Face au succès historique de l'AfD, il faut organiser une résistance de masse contre l'extrême droite. Les structures syndicales, les conseils d'entreprise, les organisations étudiantes, les groupes antifascistes locaux et les comités de grève lycéens contre le service militaire doivent convoquer des assemblées et préparer la lutte : organiser l'autodéfense face aux bandes de nervis fascistes, mais aussi lutter contre les expulsions et les contrôles aux frontières, contre les coupes austéritaires et le démantèlement des hôpitaux, contre la surveillance et le réarmement. Dans cette perspective, les grèves scolaires et les mobilisations sociales prévues courants septembre contre les attaques de Merz doivent converger.

Face aux politiques de la droite et de l'extrême droite, seules l'organisation et la mobilisation des travailleurs et de la jeunesse peuvent faire émerger une véritable alternative, autour d'un programme qui lie les revendications sociales aux mots d'ordre antiracistes : égalité des salaires et des retraites entre l'Est et l'Ouest, investissements massifs dans la santé et l'éducation plutôt que dans le réarmement, retraite à 60 ans pour tous, ouverture des frontières et suppression de l'Office de protection de la Constitution. Un programme pour lequel il faut lutter par les méthodes de la lutte des classes, par la mobilisation et par la grève.

Si Die Linke maintenait la CDU au pouvoir, elle se compromettrait en détournant la lutte contre l'extrême droite pour passer des arrangements institutionnels. Une capitulation face au virage à droite au nom du « moindre mal », qui finit par ouvrir toujours davantage la voie au pire. Toutes les forces de gauche, qu'elles soient membres ou non du parti, doivent publiquement s'opposer à un éventuel soutien de Die Linke à un gouvernement CDU. Le gouvernement Merz-Klingbeil ne constitue pas un allié dans la lutte contre l'AfD ne se trouvent pas au sein du gouvernement. Ceux-ci se trouvent plutôt dans les ports et l'industrie automobile, où des luttes sont déjà en cours. Ils se trouvent parmi celles et ceux qui participent aux mobilisations sociales et descendent dans la rue pour combattre la politique d'austérité du gouvernement. Ils se trouvent aussi parmi ceux et celles qui sont engagés dans les grèves scolaires contre le service militaire obligatoire et le réarmement.

Pour les membres de l'Organisation Révolution Internationaliste (RIO) en Allemagne, organisation sœur de RP : « Si l'AfD forme un gouvernement, il faudra paralyser le Land, sans lui laisser la possibilité de constituer un gouvernement capable de fonctionner. Si les services publics, les entreprises de transport, les secteurs de la logistique se mettent en grève, le gouvernement sera impuissant. Dans l'ensemble des établissements publics, et tout particulièrement dans les écoles et les universités, il faut organiser des assemblées afin que les enseignant·es, les personnels, les élèves et les étudiants puissent préparer la grève. Il faut mettre en place une coordination à l'échelle de tout le Land afin d'organiser la résistance. »

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