Retour

« Critique du militarisme allemand ou défense de l'impérialisme français ? » : Anasse Kazib répond à Mélenchon

Mon, 07 Sep 2026 16:46:29 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Sur X, Jean-Luc Mélenchon a réagi à la victoire historique de l'AfD en Allemagne en dénonçant la militarisation du pays « dans ces conditions ». Une critique qui sert en définitive à défendre les intérêts de l'impérialisme et du militarisme français, à l'heure où l'urgence est à défendre une politique internationaliste pointe Anasse Kazib.

Dans un tweet, publié ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon a réagi à la victoire de l'extrême droite en Allemagne : « L'extrême droite de retour en Allemagne. Catastrophique démonstration de l'aveuglement des politiques européennes centristes. Ce désastre est leur résultat. Dans ces conditions, le projet militaire allemand de créer la première armée conventionnelle d'Europe est inacceptable pour la France. » Anasse Kazib lui répond dans un billet :

La victoire de l'AfD en Allemagne est une nouvelle terrible. Le combat contre cette extrême droite nostalgique des années 1930 est un enjeu essentiel dans le pays. Mais en mettant l'accent sur la question de l'armée allemande de cette façon, le tweet de Mélenchon prépare surtout le terrain pour défendre le militarisme français de façon nationaliste et chauvine…

D'abord, en France, où le RN est 1er dans les sondages, je ne crois pas que LFI appelle à démanteler l'armée française et son industrie de l'armement au cas où elle tomberait entre les mains de Le Pen… Indexer la question de la militarisation à la couleur politique du gouvernement n'a pas de sens, on le sait bien en France, où la gauche a été historiquement aussi militariste que la droite. Et c'est d'autant plus absurde dans le cas présent que, si l'extrême droite allemande est un ennemi mortel, la coalition au pouvoir en Allemagne est ultra-militariste et va t'en guerre.

Mais cette formule n'est pas anodine. Dernièrement, Mélenchon cible régulièrement l'Allemagne dans ses discours, sans distinguer les gouvernements réactionnaires du pays de sa classe ouvrière et de ses classes populaires. C'est du nationalisme pur jus, et dans une situation de course à la militarisation, c'est inquiétant. L'histoire de 1914 devrait nous rendre particulièrement méfiants : à l'époque la majorité de la gauche française, politique et syndicale, a basculé dans l'Union sacrée et défendu la guerre au nom de la défense nationale.

Elle l'a fait notamment en détournant l'antimilitarisme vers une opposition au « militarisme prussien ». Léon Jouhaux, dirigeant la CGT, a joué un rôle important à partir des obsèques de Jaurès dans cette évolution du discours. Les dirigeants de gauche qui juraient de congrès en congrès qu'il faudrait s'opposer à la guerre se sont retourné le moment venu en expliquant que la lutte contre la guerre voulait dire la guerre à « l'impérialisme allemand. »

C'est précisément cette pente qu'il faut refuser aujourd'hui. Cela implique de dénoncer la militarisation en Allemagne mais aussi et avant tout la militarisation en France et les intérêts de notre propre impérialisme. Et sur ce point, la jeunesse allemande, qui mène une lutte importante contre le militarisme dans son pays ces derniers mois et les militants allemands, qui portent une campagne contre Rheinmettal, ont beaucoup à nous apprendre...

Parce qu'une position internationaliste, ce n'est pas craindre que l'armée allemande soit supérieure à l'armée française, c'est s'opposer aux rivalités inter-impérialistes qui préparent les guerres de demain et lutter contre le système capitaliste qui les fonde.

Tout cela, c'est totalement incompatible avec la défense des intérêts de la France, le soutien au principe du renforcement de son armée ou la revendication de sa présence sur les cinq continents. Le nationalisme va être au cœur de la période qui s'est ouverte, la militarisation va transformer nos vies, nos lieux de travail, d'études, et elle le fait d'ailleurs déjà. La seule façon de s'y opposer c'est de refuser dès aujourd'hui la moindre ambigüité nationaliste et de dire haut et fort que les intérêts des grands patrons et de l'État français ne sont pas les nôtres.

Notre camp n'est pas celui de l'impérialisme français contre l'impérialisme allemand. Notre camp, c'est celui des travailleurs du monde entier contre leurs propres bourgeoisies, leurs propres États impérialistes et contre la course aux armements. Si nous ne sommes pas internationalistes aujourd'hui, nous serons nationalistes demain, de gré ou de force.

Crédits Photos. KNDS France X.

/ / / / / / / /