Witkoff et Kushner en Ukraine. Reprendre les négociations pour éviter une débâcle ?
Mon, 07 Sep 2026 21:05:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe voyage de Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou et à Kiev s'est déroulé dans un contexte militaire et politique délicat pour Zelensky. Trump tente de reprendre le contrôle sur les « négociations de paix » tout en tentant d'éviter une victoire militaire de la Russie, que Poutine espère obtenir cet hiver.

Ce weekend les envoyés du président étasunien, Steve Witkoff et Jared Kushner, se sont rendus à Moscou et à Kiev. En termes de résultats concrets, la plupart des analystes sont d'accord pour dire que le voyage n'a abouti à presque rien, au-delà d'annonces sur une reprise des négociations tripartites. Cependant, symboliquement, le déplacement était important notamment pour l'Ukraine et pour Zelensky : il s'est agi du premier déplacement dans le pays des émissaires nord-américains.
Cette « tournée » marque en effet le « retour » des États-Unis dans la guerre russo-ukrainienne. La guerre réactionnaire menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran avait consommé une grande partie de l'énergie de Washington. Cette guerre-là est loin d'être résolue. Pour le moment, il s'agit d'une défaite historique de l'impérialisme étasunien. Or, l'aggravation de la guerre entre l'Ukraine/OTAN et la Russie semble inquiéter fortement l'administration Trump.
Certains analystes expliquent ainsi la temporalité de ce voyage en mettant l'accent sur une certaine crainte des Occidentaux, et des États-Unis en particulier, d'un effondrement du front ukrainien. Le journal ukrainien Kyiv Independent estime ainsi que « le moment choisi pour cette nouvelle initiative de paix n'était pas le fruit du hasard. Les services de renseignement ukrainiens et américains sont de plus en plus convaincus que la Russie se prépare à intensifier le conflit, éventuellement par le biais d'une nouvelle campagne de mobilisation et d'une nouvelle tentative visant à briser l'Ukraine pendant l'hiver ».
Malgré les gestes et déclarations contradictoires de Trump, qui semblent aller dans le sens de la Russie, la réalité est tout autre : si Poutine arrivait à briser l'Ukraine, il s'agirait d'un échec énorme pour l'OTAN, pour les puissances européennes mais pour les États-Unis également. Un autre échec militaire pourrait en effet ouvrir une crise politique très importante pour Trump aux États-Unis. C'est pour cela qu'il semble prêt à investir du temps et de l'énergie afin d'éviter que ce front échappe totalement à son contrôle.
Pour les impérialistes européens, l'effondrement de l'Ukraine impliquerait une énorme crise, et certains analystes pensent que cela pourrait fracturer l'UE. Le retour de Trump à la Maison Blanche avait signifié l'approfondissement du « tournant » dans la politique nord-américaine en Ukraine : le soutien militaire et financier à l'Ukraine devait désormais reposer essentiellement sur l'UE, même si Washington a tenté de garder la main sur la conduite de la guerre et, jusqu'à un certain point, sur le rythme des négociations. Mais les puissances européennes se trouvent traversées par des contradictions et des contraintes financières de plus en plus fortes mais également par une polarisation politique de plus en plus marquée, où des forces moins favorables à Kiev pourraient arriver au pouvoir dans la prochaine période, comme en témoigne la victoire historique de l'AfD pro-russe dans un Land en Allemagne, ce dimanche soir.
Malgré cela, les dirigeants européens constituent aujourd'hui l'aile la plus « guerrière » des « soutiens » de l'Ukraine, poussant Kiev à mener des attaques de plus en plus dures sur le territoire russe. Ainsi, ces dernières semaines, l'armée ukrainienne a intensifié ses attaques de drones notamment. L'objectif déclaré de Kiev et des Européens serait de faire pression sur la Russie pour amener Poutine à la table de négociations. Il est cependant très peu probable que ce type de tactiques réussisse à atteindre cet objectif. Encore moins de gagner la guerre, comme certains dirigeants exaltés le déclaraient à une certaine époque.
Le résultat est totalement réactionnaire. Aux frappes contre des positions civiles de l'armée russe, les forces armées ukrainiennes répondent en lançant des attaques tout aussi réactionnaires contre la population russe. C'est le résultat direct de la subordination des dirigeants du pays et de la bourgeoisie ukrainienne aux puissances impérialistes. Comme nous l'écrivons depuis le début, contre des organisations de gauche et anticapitalistes, les puissances impérialistes occidentales ne soutiennent pas l'Ukraine pour l'aider à lutter pour son auto-détermination face à l'oppression russe. Elles poursuivent au contraire leurs propres objectifs (parfois divergents) tout en renforçant l'oppression nationale ukrainienne et sa dépendance vis-à-vis du capital impérialiste (la dette ukrainienne a explosé depuis le début de la guerre à plus de 100% du PIB, dont 42% sont utilisés pour payer les services de cette dette tandis que les européens ont activement participé à la dégradation des conditions de travail et à la destruction des acquis des travailleurs ukrainiens pour maximiser leur exploitation).
C'est dans ce contexte que l'administration Trump tente de reprendre une place centrale dans la guerre et de contenir les ambitions militaires de Poutine, quitte à mettre à l'ordre du jour certaines revendications du Kremlin afin d'éviter un effondrement militaire désordonné de l'armée ukrainienne. Cependant, il est difficile de dire si Washington dispose de l'autorité suffisante, de la capacité et même de la volonté d'imposer ses perspectives non seulement à Zelensky mais aussi aux puissances européennes, alors qu'il n'est plus le principal bailleur de fonds de l'effort de guerre ukrainien. Paradoxalement, en mettant ses menaces de désengagement partiellement à exécution, Trump a également affaibli sa capacité de pression sur l'Ukraine.
Comme nous le voyons, le retour de l'administration Trump dans le dossier ukrainien ne promet rien de positif ni pour les travailleurs ukrainiens ni pour les travailleurs russes. La position des puissances européennes ne répond qu'aux intérêts de leurs capitalistes respectifs. Quant à Poutine, il poursuit la même politique réactionnaire depuis le début de la guerre. Contrairement à des organisations comme le NPA-A qui ont capitulé face aux chants de sirène des impérialistes dès le début de la guerre et qui n'ont jamais tiré les leçons politiques et stratégiques du « soutien unanime » des puissances occidentales au camp ukrainien, nous continuons à penser que si la classe ouvrière, la jeunesse et les secteurs opprimés d'Ukraine ne trouvent pas une voie indépendante pour s'opposer à l'oppression russe et à la tentative de subordination du pays par les puissances impérialistes occidentales, ils sont condamnés à vivre enchaînés aux intérêts d'un camp réactionnaire ou d'un autre.