Melun : plus de 400 personnes se mobilisent contre l'implantation de 12 Data Center
Mon, 07 Sep 2026 22:26:10 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSamedi 29 août, plus de 400 personnes se sont réunies à Melun, en Seine-et-Marne, à l'initiative du collectif Stop Campus IA, pour une journée consacrée à la lutte contre l'implantation de douze Data Center sur la commune de Fouju. Une mobilisation qui témoigne d'une colère grandissante contre les conséquences environnementales et sociales de ces infrastructures.

La journée du 29 août aura été une véritable réussite pour le collectif Stop Campus IA. Plus de 400 personnes se sont déplacées à Melun, venues de toute l'Île-de-France. L'objectif était d'informer et de discuter des différents enjeux liés au projet Campus IA, qui prévoit l'implantation de douze data centers à Fouju, près de Melun.
Ce projet pose en effet un certain nombre de questions environnementales et sociales majeures. Ces infrastructures nécessitent d'importantes quantités d'eau et d'électricité (1,4 GW à terme pour Campus IA, soit l'équivalent de la puissance d'un réacteur nucléaire), entraînent une artificialisation des sols (70 hectares pour Campus IA, l'équivalent de presque 100 terrains de foot) et génèrent d'importantes nuisances et pollutions (bruits, pollutions de l'eau et de l'air, notamment aux PFAS, dégagement de chaleur, risques d'incendie, etc.). Ces implantations ne vont donc pas sans conséquences sur les écosystèmes locaux, notamment sur la faune et la flore, après un été marqué par des vagues de canicule à répétition et des incendies particulièrement importants en Seine-et-Marne.
Tout au long de la journée, les participants ont pu échanger des conseils juridiques, assister à des revues de presse, notamment sur les luttes contre les data centers à l'international, et partager des informations sur le projet. Plusieurs organisations politiques et associatives étaient présentes, parmi lesquelles le NPA-A, La France insoumise, les Soulèvements de la Terre, France Nature Environnement, les Écologistes de Melun ou encore Révolution Permanente. Les conférences de l'après-midi ont affiché complet alors qu'une centaine de personnes ont été refusées à l'entrée de la salle faute de place.
Derrière l'intelligence artificielle, des dégâts environnementaux, sociaux et une exploitation bien réels
Alors que les discours autour de l'intelligence artificielle se concentrent souvent sur ses performances et les perspectives économiques qu'elle pourrait ouvrir, la matérialité de cette technologie est beaucoup moins souvent mise en avant. Pourtant, les serveurs qui permettent son fonctionnement doivent être construits, alimentés en électricité et refroidis. Ils nécessitent des infrastructures considérables et mobilisent des ressources qui ne sont pas infinies.
Ce développement technologique repose également sur des industries extractivistes, pour les minerais et terres rares nécessaires aux infrastructures numériques, qui réactivent des logiques coloniales et impérialistes, entretiennent des conflits meurtriers comme en République Démocratique du Congo, exploitent une masse considérable de travailleurs dans des conditions abominables et détruisent l'environnement et la santé des populations locales. Parmi les acteurs de ces projets extractivistes, on retrouve par exemple la multinationale française Eramet, qui mène des activités d'extraction en Kanaky, en Indonésie, au Gabon, au Sénégal, en Argentine et au Cameroun.
En outre, les modèles d'IA ont besoin d'être entraînés et modérés par des agents humains dont le travail est invisibilisé, souvent en s'appropriant le travail d'artistes ou de chercheurs, etc. Ces travailleurs sont souvent exposés à des contenus violents et choquants pouvant engendrer des troubles psychologiques, dans des conditions de travail parfois proches de l'esclavagisme.
Enfin, de façon générale, en plus de détruire un nombre colossal d'emplois (des études estimant 5 millions d'emplois détruits en France d'ici 2030), le développement de l'IA risque d'entraîner pour les travailleurs une dépossession de leur travail et un management algorithmique qui intensifie le contrôle et la déqualification du travail, comme l'identifie le sociologue du travail Juan Sebastián Carbonell dans son livre Un taylorisme augmenté, critique de l'intelligence artificielle. Des pratiques d'ailleurs déjà en vigueur dans certains secteurs comme la logistique et Amazon. Une réalité qui dément le discours patronal et gouvernemental qui insiste sur l'amélioration des conditions de travail que permettrait d'opérer l'IA.
Comme le résume Juan Sebastián Carbonell, « on ne peut pas faire face au patronat sans considérer la question de la technologie et de l'organisation du travail. C'est-à-dire qu'il faut les deux combats à la fois, contre les technologies du capital et contre le pouvoir du capital lui-même. La technologie est aussi un terrain de la lutte de classes ».
Une mobilisation qui dépasse Melun
Cette journée doit constituer un premier point d'appui pour construire une mobilisation plus large contre l'implantation de ces douze Data Center. La réussite de l'évènement pose la question de la suite de la mobilisation et de la construction d'un véritable rapport de forces. Une tâche qui est inséparable de l'entrée du mouvement ouvrier dans la bataille pour stopper le projet et faire valoir la nécessité d'un contrôle ouvrier sur ces projets technologiques.
En effet, le site de Fouju où veut s'implanter Campus IA est proche de plusieurs concentrations ouvrières : Safran Villaroche, Total à Grandpuits mais aussi les nombreuses entreprises logistiques de la zone d'activités de Moissy-Cramayel/Réau, qui seront probablement les premiers touchés par ces nouvelles méthodes de management. La jonction de ces forces sera indispensable à l'opposition à l'implantation des data centers.