Retour

Du homard aux Maldives : Bardella, le jet-setteur raciste qui se prétend antisystème

Mon, 07 Sep 2026 23:00:18 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Entouré par d'anciens présidents de la République, flatté par des milliardaires réactionnaires comme Bolloré et lié au grand patronat, Bardella partage avec eux l'indécence insupportable des élites françaises, l'audace en plus de prétendre parler pour les exploités qui font la richesse de ses meilleurs amis. C'est l'enseignement principal de l'enquête de Libération : des Maldives à chez Laurent, du homard aux boîtes de nuit, Bardella a mis ses actes en accord avec ses idées ; son mode de vie, avec le programme ultra-néolibéral du RN, au service des plus riches.

Dans une enquête publiée vendredi, Libération met en lumière le virage de Jordan Bardella vers la jet-set ces dernières semaines. Pourtant, s'il y a bien un virage dans la communication, l'enquête démontre surtout son ambition personnelle à se rapprocher des milieux de pouvoir, au point que des tensions émergent au sein du RN après certaines de ses sorties qui écornent son image « anti-système » ou « anti-élites », que Marine Le Pen s'était appliquée à construire pour tromper son électorat populaire. Mais ses efforts continus pour se rapprocher des grands patrons et des milieux financiers révèlent plus qu'ils ne trahissent le caractère profondément bourgeois et anti-ouvrier de son parti.

Son entrée en politique était marquée par le narratif du jeune issu de quartier populaire et élevé par une mère célibataire. Son ascension fulgurante, accélérée encore par la menace d'inéligibilité de Le Pen, tiendrait ainsi seulement à son mérite. Pas d'opportunisme. Pas de carriérisme. Pas de complaisance avec les élites. Ce récit, il a pu le dérouler dans son premier livre autobiographique, Ce que je cherche, sorti en 2024 aux éditions Fayard, que venait de racheter Bolloré. Le milliardaire d'extrême droite l'a rapidement hissé au sommet des ventes, comme il le fera avec son deuxième livre, confortablement rédigé depuis un hôtel aux Maldives et drôlement appelé Ce que veulent les Français, qui lui a permis de recevoir plus d'un million d'euros de droits d'auteur. Le troisième opus, dont on ne sait pas encore où il a été rédigé, est attendu pour novembre. François Durvye, qui a permis au jeune Bardella de trouver quelques parrains prestigieux, a dirigé la holding d'investissement Ostium capital, fondée par Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire d'extrême droite, et oeuvré au rapprochement du RN et des grands patrons.

Entre cette stratégie éditoriale qui rappelle celle de Sarkozy et ses opérations de communication pour afficher sa relation avec la princesse Maria Carolina de Bourbon des deux Siciles, le narratif anti-élite du RN bat de l'aile. C'est nul autre que Nicolas Sarkozy lui-même, pour lequel Bardella ne cache pas son admiration, qui lui a conseillé cette mise en scène : « Il faut que tu te peopolises, que tu montres ta femme ». Il tenait aussi à trouver le tailleur de Macron : le candidat anti-élite a donc trouvé costume à sa taille, celui du président des riches, des très riches et des ultra-riches.

Un ancien conseiller le décrit ainsi : « Il a toujours été attiré par tout ce qui brille, le luxe c'est son point faible ». Effectivement pour prétendre incarner les intérêts des classes populaires, Bardella était obligé de cacher le demi-homard, trônant fièrement au milieu de son assiette, sous une maigre feuille salade pour éviter les photos gênantes. Mais chassez le homard, il revient au galop : Le Canard enchaîné l'a en effet aperçu cet été dans une boîte de nuit huppée de Monaco, 25 000 euros la table. Soit à peu près 17 smics en quelques heures. Décidément, le homard, ça vous colle à la peau.

Bardella est ainsi un habitué des restaurants luxueux, dont chez Laurent à Paris, ancien pavillon de chasse de Louis XIV, où se côtoie le gratin de l'extrême droite. C'est dans des salons privés, réservables pour un millier d'euros, qu'il déjeune avec le fils de Bernard Arnault. Bien sûr, Bardella n'a pas l'intention de payer tout lui-même. En bon politicien professionnel et fidèle à ses valeurs « anti-assistanat », il a trouvé mieux : des rondelettes notes de frais. Certaines fois, la combine ne marche pas, comme en témoigne le rejet d'une partie de ses frais de campagne pour les élections européennes pour un montant de 75 000 euros – champagne, vin, chauffeurs privés, gardes du corps inclus.

En dernière instance, le jet-setteur Bardella n'a rien de commun avec « ceux qui se lèvent tôt » : entouré par d'anciens présidents de la République, flatté par des milliardaires réactionnaires comme Bolloré et lié au grand patronat, Bardella partage avec eux l'indécence insupportable des élites françaises, l'audace en plus de prétendre parler pour les exploités qui font la richesse de ses meilleurs amis. Des Maldives à chez Laurent, du homard aux boîtes de nuit, Bardella a mis ses actes en accord avec ses idées ; son mode de vie avec son programme ultra-néolibéral au service des plus riches. Comme il le résumait dans une interview au Figaro en juillet, le projet du RN est de « réarrimer une partie des élites patriotes aux classes populaires et aux classes moyennes pour recréer les conditions de l'unité de la France et la renaissance de notre patrie. » Gâté de privilèges, le train de vie de Bardella a ainsi tout d'une métaphore : celle d'un parti raciste qui n'a rien de populaire, disposé à se plier en quatre pour satisfaire les classes dominantes et qui ne promet aux travailleurs et à la jeunesse qu'une variante encore plus obscène et violente de macronisme.

/ / / /