Interdiction des téléphones dans les lycées : une mesure répressive qui vise à discipliner les élèves
Mon, 07 Sep 2026 23:46:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans le cadre d'une rentrée des classes marquée par l'austérité et l'autoritarisme, le gouvernement a décidé d'élargir aux lycées l'interdiction des téléphones portables. Une nouvelle mesure répressive pour durcir la surveillance de la jeunesse lycéenne et la discipliner.

Fin juillet, le Parlement a adopté une loi permettant d'étendre l'interdiction des téléphones, déjà effective aux collèges, aux lycées. Présentée par le gouvernement comme « une chose absolument majeure », répondant à des « enjeux sanitaires, cognitifs, sociaux et civiques pour les adolescents », cette mesure vise surtout à restreindre encore les libertés des élèves et à accentuer le « flicage » des jeunes dans les établissements scolaires.
4000 postes supprimés à la rentrée, moins de médecins et de psychologues mais le gouvernement n'a qu'un problème : le téléphone
Dans le même temps, la rentrée se fait déjà dans des conditions dégradées : les mesures d'austérité budgétaire, avec la suppression de 4000 postes d'enseignants et la fermeture de plus de 1600 classes, se soldent par d'importantes difficultés. Outre l'affectation chaotique des contractuels, utilisés pour boucher les trous à la dernière minute, cette rentrée est également marquée par des retards d'affectation pour les fonctionnaires titulaires et stagiaires, en particulier dans les académies de Toulouse et de Nantes dont le fonctionnement est toujours perturbé par la cyberattaque qui a frappé son système de communication en juillet dernier. Postes non remplacés, retards d'affectation, problèmes de formation, classes surchargées, absence de budget pour les projets... Alors que le délabrement de l'éducation nationale se confirme un peu plus chaque année, les téléphones portables des élèves sont très loin d'être la cause des maux de l'éducation nationale et la priorité des personnels comme des élèves.
Mais le ministère de l'Éducation Nationale n'a rien à faire des préoccupations des enseignants et des élèves. Il est davantage « inquiet de l'impact des écrans et des réseaux sociaux ». Mais alors qu'il prétend se préoccuper de la santé des jeunes, le gouvernement continue dans le même temps de supprimer des postes nécessaires au soin et à la pérennité de leur vie à l'école. Selon un rapport de la Cour des comptes en 2020, le nombre de médecins scolaires a chuté de 15 % depuis 2013 : « Ainsi le taux d'encadrement des élèves s'est dégradé de 20 % en cinq ans pour atteindre en moyenne nationale un médecin pour 12 572 élèves en 2018 ». Selon la FSU-SNUIPP, « la situation s'est encore aggravée car il n'y a pas eu de sursaut dans le recrutement » depuis 2020.
Le bilan est tout aussi désastreux sur la santé mentale des élèves : le nombre de psychologues n'a lui cessé de chuter, avec 500 postes de moins entre 2017 et 2022. En juin 2025, Elisabeth Borne présentait à son tour une succession de mesures délétères, dans son « Plan Avenir », une réforme qui réduisait le rôle des psychologues scolaires, relégués à la périphérie de la vie éducative.
Une mesure hypocrite, alors que la santé des jeunes se dégrade
Alors que le gouvernement se targue de faire de la santé mentale des jeunes une priorité, les chiffres sont alarmants : 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression, plus marqué chez les filles, et 24 % des lycéens déclarent qu'ils ont déjà eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois selon Santé Publique France.
En cause, notamment, les difficultés de sommeil, la nervosité et l'irritabilité ainsi que la pression scolaire et le harcèlement : des études récentes évaluent entre 700 000 et 1 million d'élèves harcelés à l'école ou en ligne chaque année, la plupart au sein même de la classe. Mais le harcèlement n'est pas la seule cause de cette situation : suite à la gestion réactionnaire de la crise du COVID-19, la tranche des 18-29 ans a été la plus touchée par une « situation d'isolement relationnel ». Aujourd'hui, près d'un tiers des collégiens et lycéens se disent touchés par un sentiment de solitude. Dans ce contexte, les réseaux sociaux sont un espace de socialisation important. Les dernières études montrent que les réseaux sociaux sont utilisés à 75% du temps pour « discuter avec des amis ». Face à ce constat désastreux, ce n'est donc pas l'interdiction du téléphone dans les couloirs ou dans les classes qui va améliorer le bien-être dans la jeunesse.
Si la question de l'addiction aux réseaux est une problématique sanitaire réelle, 35% des jeunes passant entre une et trois heures sur les réseaux, il convient également de questionner la politique menée par le gouvernement sur le plan du numérique. Derrière la démagogie de Macron autour de la loi sur la majorité numérique, il n'a lui-même cessé de soutenir l'investissement des Big Tech en France (VivaTech, Choose France, Sommet pour l'action sur l'IA…). On voit comment l'interdiction des téléphones est aujourd'hui une manière de faire peser sur les épaules de la jeunesse la responsabilité individuelle d'une régulation des réseaux alors que les plateformes elles-mêmes utilisent en permanence des mécanismes de rétention attentionnelle addictifs comme le « scrolling infini ». Il s'agit en réalité d'une mesure profondément hypocrite qui, sans apporter aucune réponse aux problématiques urgentes de santé des jeunes, vise avant tout à les réprimer.
Une mesure répressive pour discipliner la jeunesse
Car l'interdiction des téléphones a bien un objectif : discipliner la jeunesse. Alors que les réseaux constituent un espace majeur de socialisation pour les jeunes, ils sont aussi des lieux de politisation et d'organisation. Les nouvelles générations de lycéens ont grandi en assistant en direct à un génocide sur les réseaux sociaux, les images terribles venues de Gaza ayant contribué à l'émergence d'un puissant mouvement de solidarité international. En France, les réseaux ont été cœur des mobilisations de ces dernières années.
C'est la raison pour laquelle, sous Macron, l'État a multiplié les offensives contre les moyens de communication, notamment en temps de révolte. En 2018, face à la détermination et la ténacité du mouvement des Gilets Jaunes, le gouvernement avait saisi les plateformes pour leur demander de limiter la diffusion et la visibilité des contenus. En 2023, Macron avait envisagé de couper les réseaux sociaux dans le cadre des révoltes des quartiers populaires suivant la mort de Nahel. Une nouvelle étape a été franchie deux ans plus tard lors des révoltes en Kanaky, lorsque le haut-commissaire de l'île avait annoncé l'interdiction du réseau social Tik Tok. Une mesure d'exception visant à effacer les preuves de la violente répression coloniale ainsi qu'à empêcher les jeunes kanaks en lutte de s'organiser pour affronter l'État et les milices caldoches.
À l'heure du réarmement impérialiste de la France, la mesure du gouvernement participe donc d'une longue série de mesures autoritaires destinées à mettre au pas la jeunesse qui devra désormais faire une minute de silence chanter en chœur la Marseillaise pour la commémoration du 11 novembre. En faisant reposer l'interdiction sur les personnels d'éducation, elle vise à renforcer la barrière symbolique que l'État cherche à ériger entre les travailleurs et les élèves, qui partagent pourtant des intérêts communs dans la lutte pour des conditions dignes d'enseignement. C'est d'autant plus le cas pour les AED qui sont en première ligne de ce renforcement autoritaire et dont les missions se réduisent toujours plus au fliquage des élèves.
À rebours de cette logique, il est essentiel que l'ensemble des organisations politiques, syndicales et de jeunesse, fassent front pour dénoncer cette mesure. L'opposition à cette mesure doit aller au-delà des nouvelles contraintes qu'elle impose au personnel et dénoncer son caractère profondément réactionnaire, sans s'adapter à l'offensive de l'État en exigeant par exemple l'embauche de personnels pour permettre de la rendre effective.
En prenant pour exemple les mobilisations lycéennes pour un plan d'urgence dans le 93 en 2024 ou encore le mouvement lycéen qui a secoué Marseille au printemps dernier, il est urgent que les travailleurs de l'éducation s'unissent aux élèves et à leurs familles pour revendiquer le retrait de cette mesure et des moyens massifs dans l'éducation, en redirigeant vers les services publics la totalité des budgets de la police et de l'armée, pour répondre aux besoins réels. Nous n'avons pas besoin de classes « Défense » ni des cérémonies au service du militarisme, mais d'enseignant-e-s, de personnels de vie scolaire, d'infirmiers et de psychologues pour répondre aux besoins réels exprimés par les élèves, personnels et familles.
Face aux offensives en cours et à venir, il faudra combattre le durcissement répressif et la mise au pas de la jeunesse et des personnels. Un combat indissociable de celui contre l'austérité, pour exiger une augmentation massive des moyens et des salaires dans l'Éducation. Ces luttes doivent être menées ensemble afin de construire un rapport de force capable de faire reculer l'ensemble de ces politiques.
C'est par la lutte de classe et les méthodes du mouvement ouvrier que nous pourrons imposer ce rapport de force. Alors qu'une journée de mobilisation dans la fonction publique se profile le 29 septembre, appelée notamment par la CGT et la FSU, les directions syndicales restent pour l'heure largement silencieuses, notamment dans l'Éducation, et ne semblent pas préparer sérieusement cette journée. Il faut au contraire en faire un point d'appui pour construire une mobilisation d'ampleur contre l'austérité et la mise au pas de la jeunesse, mais aussi pour opposer aux perspectives de précarité et de guerre une autre perspective pour la jeunesse et le monde du travail.