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Bolivie : fragilisé, Paz veut prolonger l'état d'exception face au retour des luttes paysannes

Mon, 07 Sep 2026 23:52:43 CEST

Révolution Permanente

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Le scandale autour de l'affaire Cerimedo révèle les liens entre le gouvernement de Rodrigo Paz et les réseaux de l'extrême droite régionale. Tandis que Paz fragilisé cherche à prolonger l'état d'exception pour se maintenir au pouvoir, il est pris en étau par les mobilisations paysannes qui reprennent de San Pablo à Cochabamba. Malgré la répression et la trahison de la COB en mai dernier, les nuages de la lutte des classes s'amoncellent à nouveau à l'horizon.

L'affaire Cerimedo a fait éclater au grand jour les liens entre Rodrigo Paz et les réseaux de l'extrême droite régionale. Fernando Cerimedo, ancien conseiller informel de Paz et proche de Javier Milei, actuellement en détention provisoire à la prison de Palmasola, n'est pas seulement un politicien corrompu. Son parcours met au jour les connexions entre les réseaux d'extrême droite qui cherchent aujourd'hui à s'implanter au cœur des États latino-américains. Communicant politique et responsable de campagnes numériques, il était activement lié aux réseaux proches de Milei en Argentine, impliqué dans la tentative de coup d'État de Jaïr Bolsonaro au Brésil, avant de devenir un proche de Paz en Bolivie.

Le scandale Cerimedo et les réseaux occultes de l'extrême droite latino-américaine

Son nom est associé à des soupçons de blanchiment et d'enrichissement illicite, avec notamment la découverte de centaines de milliers de bolivianos en liquide et d'une « mini-ferme de bots » destinée aux opérations numériques ; mais aussi à une enquête sur des liens présumés avec des réseaux de narcotrafic et de vols impliquant des agents de l'État. Mais l'homme de l'ombre fait désormais les gros titres de la presse internationale. Il a en effet commandité une tentative de féminicide contre une femme avec laquelle il entretenait des relations, l'avocate Nadia Beller, qui cherchait à révéler des informations compromettantes sur son entourage.

Blessée par trois balles, l'avocate a survécu tandis que Cerimedo a été arrêté le lendemain alors qu'il tentait de fuir vers l'Argentine, avant de dénoncer « les magouilles menées par le gouvernement de Paz, l'épouse de Paz et la famille de son épouse avec Cerimedo comme intermédiaire. » La femme de Cerimedo serait à l'origine de la révélation du système de pots-de-vin dans laquelle trempe la sœur de Milei, le scandale Andis. Ce dernier a accusé le « castrochavisme » d'être à l'origine des accusations de meurtre tout en affirmant qu'il avait rompu tout lien avec Paz.

Malgré le fait qu'il n'occupe aucune fonction officielle, Cerimedo avait accès aux courriels institutionnels et aux réunions du Conseil des ministres de Paz. Un enregistrement audio présenté par le vice-président Edmand Lara, qu'il attribue à une conversation entre Paz et Cerimedo, donne une dimension particulièrement inquiétante à ces révélations. Les deux hommes y discuteraient notamment de la mise en place d'un « état de siège ciblé » dans des régions comme le Chapare et San Julián, ainsi que de la stratégie de communication destinée à préparer l'opinion publique et à présenter ces opérations comme une lutte contre le « narcoterrorisme », plutôt que comme une opération de répression des organisations sociales.

Son parcours constitue une illustration concrète de l'existence d'un réseau coordonné d'extrême droite, lié à une sorte de « Plan Condor 2.0 », qui aspire à utiliser les appareils d'État et les ressources des classes dominantes pour anéantir la gauche et réduire au silence toute voix dissidente dans la région, au service des intérêts impérialistes des États-Unis et de la doctrine Donroe de Trump.

Alors que le scandale met directement en cause Paz, la présidence est fragilisée, différents secteurs de la droite et du patronat faisant monter la pression pour que le gouvernement avance dans l'ouverture du pays aux capitaux impérialistes. Pour compliquer encore davantage les calculs du pouvoir, la contestation sociale reprend, dans le sillage des deux vagues de révolte qui ont touché le pays depuis le début de l'année.

Paz veut prolonger l'état d'exception pour satisfaire le FMI

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la volonté du gouvernement de prolonger l'état d'exception. Alors qu'il devait expirer le 20 septembre, sa prolongation est également réclamée par l'extrême droite et les milieux d'affaires, qui défendent depuis longtemps une politique de « main de fer » contre les mobilisations. Face à la reprise des blocages, le ministre de la Présidence Fernando Aramayo dénonce désormais de prétendues « tentatives de déstabilisation », le « terrorisme politique » et le « narcoterrorisme contre l'État », une rhétorique dictée par Washington qui écrit, depuis le Pentagone, les discours des figures de l'extrême droite latino-américaine. L'état d'exception constitue ainsi pour Paz un instrument pour tenter de contenir la contestation, de conserver le pouvoir et de poursuivre son programme dans un contexte où celui-ci provoque une résistance croissante.

Au service du FMI, Paz cherche en effet à obtenir les financements nécessaires à la stabilisation de l'économie en contrepartie d'attaques profondes contre les acquis des classes populaires boliviennes : ouverture des hydrocarbures, des mines et du lithium aux capitaux privés et étrangers. Le plan élaboré avec le Growth Lab de Harvard identifie ainsi explicitement la réglementation actuelle et la présence de l'État dans le secteur minier comme l'un des principaux obstacles à lever. Cette orientation constitue une grave attaque contre une conquête historique du mouvement ouvrier bolivien : les grandes mines avaient été nationalisées au lendemain de la révolution de 1952. Une offensive explosive que Paz ne peut espérer mener à bien sans prolonger l'état d'exception.

Le nouveau décret suprême 5676 s'inscrit dans cette offensive. En faisant notamment peser le coût de la libéralisation du diesel sur les secteurs populaires, il vient aggraver les conditions de vie de l'immense majorité de la population, marquées par la vie chère et la pénurie de carburants. Mais au-delà du diesel, c'est bien l'ouverture des ressources boliviennes aux capitaux privés et étrangers qui est contestée. Comme le résume Isidro Auca, dirigeant de la Fédération des Centrales Unies : « Ce gouvernement veut brader nos ressources naturelles, il n'écoute pas le peuple. Nous ne tolérerons pas que l'économie subisse davantage de dommages ; ceci est un avertissement, nous poursuivrons la lutte. »

Ces offensives vont de pair avec la soumission politique de Paz à Washington et s'inscrivent dans la continuité de la volonté de l'administration Trump de reprendre la main sur l'Amérique latine. Une offensive dont le Venezuela est devenu le laboratoire tragique : Washington y contrôle désormais les revenus pétroliers et a imposé la participation directe des capitaux nord-américains dans les gisements du pays. Dans ce cadre, Paz approfondit la dépendance de la Bolivie vis-à-vis de l'impérialisme étasunien.

Les nuages de la lutte de classe s'amoncellent à l'horizon

Pourtant, après les 53 jours de mobilisation qui avaient précédé l'instauration de l'état d'exception, le 20 juin, la contestation n'a pas été vaincue. Depuis plusieurs semaines, de nouveaux foyers de lutte apparaissent. À San Pablo, les petits producteurs ont été attaqués par la police et l'armée à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc alors qu'ils avaient commencé à tenir un barrage routier. Cinq personnes ont été blessées et deux arrêtées. Mais dès le lendemain, les producteurs ont repris leur blocage, un défi direct à l'état d'exception et au gouvernement.

D'autres mobilisations ont eu lieu à San Julián, Yapacaní, Cuatro Cañadas et dans le Trópico de Cochabamba. Le 4 septembre, plusieurs milliers de personnes ont ainsi manifesté à Cochabamba à l'appel notamment des six fédérations du Tropique, de la Fédération syndicale unique des travailleurs agricoles de Cochabamba et de la fédération départementale des femmes paysannes Bartolina Sisa. La mobilisation a rassemblé des secteurs paysans et urbains autour de deux revendications centrales : l'abrogation du décret 5676 et la levée de l'état d'exception.

Cette reprise des mobilisations constitue un symptôme important. Elle montre que la répression des mobilisations de mai et de juin n'a pas permis de trancher le rapport de forces dans un sens favorable au pouvoir. En outre, pendant les 53 jours qu'a duré la révolte ouvrière, populaire et paysanne, les forces de répression ont enchaîné les défaites, montrant que le rapport de force était davantage du côté des forces populaires que de celui de l'État. La trahison des directions syndicales, notamment lorsque la COB avait accepté de négocier avec le gouvernement, a permis de refermer temporairement la mobilisation, mais elle n'a pas supprimé les causes profondes de la colère.

La mobilisation de Cochabamba pourrait ainsi constituer le début d'une nouvelle vague de lutte des classes, la troisième depuis l'arrivée de Paz au pouvoir. Face à l'offensive économique et au processus de vassalisation de la Bolivie, les mobilisations des travailleurs, des paysans et des communautés indigènes constituent la principale contre-tendance aux plans néocoloniaux de l'impérialisme étasunien à l'égard de l'Amérique latine, synthétisé dans la doctrine Donroe. La résistance qui se développe en Bolivie montre qu'il existe, dans la région, une force capable de s'opposer à cette offensive, à rebours de l'attitude de compromission et de servilité des bourgeoisies latino-américaines. Alors que Trump poursuit son offensive en Amérique latine, notamment au Venezuela et contre Cuba, les luttes boliviennes montrent la voie aux classes populaires de toute l'Amérique latine.

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