Trahison chez Airbus : le gouvernement et des syndicats veulent briser la grève avec un accord au rabais
Sat, 05 Sep 2026 16:43:13 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe ministre de l'Industrie espagnol, Jordi Hereu a annoncé un accord entre Airbus et plusieurs syndicats afin de tenter de mettre fin à la grève. Une négociation qui exclue des syndicats membres du comité de grève et qui cherche à contourner la décisions des assemblées de grévistes.

Selon plusieurs médias, la direction d'Airbus, l'UGT, un syndicat toujours présent dans le comité de grève, proche du PSOE, le parti au gouvernement), les CCOO, premier syndicat représentatif chez Airbus Espagne et le ministère de l'Industrie ont annoncé ce jeudi un accord de principe visant à tenter de mettre fin à la grève illimitée qui met l'entreprise en difficulté depuis plusieurs semaines. La réunion, organisée sous l'égide du ministre Jordi Hereu, s'est tenue en l'absence de la CGT et d'ÚTIL, deux des syndicats à l'origine de l'appel à la grève.
Ce qui vient de se produire constitue un nouveau coup porté aux travailleurs qui se battent depuis des semaines contre la perte de pouvoir d'achat et la dégradation de leurs conditions de travail. Après que les salariés de sites comme celui de Getafe ont rejeté lundi, à 81,2 %, la suspension de la grève face à la tentative d'Airbus d'imposer une trêve comme condition préalable à la négociation, la direction de l'entreprise et plusieurs syndicats cherchent désormais à conclure un accord en écartant les organisations qui ont été en première ligne du conflit, ainsi que les assemblées de travailleurs et de travailleuses.
Le gouvernement exclut de la négociation les syndicats en grève
Comme l'a dénoncé la CGT, le syndicat avait été convié à la réunion, mais séparé des autres organisations. La CGT et ÚTIL ont été mises à l'écart, tandis que l'UGT aurait, semble-t-il, été conduite à la table où les négociations se déroulaient avec l'entreprise et le gouvernement. Après avoir attendu environ une heure, des représentants du ministère ont informé les deux syndicats qu'ils ne participeraient pas à la réunion, laissant précisément à l'intérieur de la salle de négociation ceux qui ne font pas partie du comité de grève.
Autrement dit, le gouvernement a décidé d'exclure précisément les syndicats qui participent à la grève. Il s'agit d'une décision grave de la part d'un gouvernement qui se présente comme le défenseur des droits des travailleurs, mais qui, dans les faits, a facilité une négociation visant à mettre fin au conflit le plus rapidement possible et à rétablir la « normalité ».
La réunion confirmerait également le rôle joué par l'UGT au cours des dernières semaines. Lorsque Airbus a exigé, comme condition pour négocier, que les salariés suspendent temporairement la grève en signe de « bonne volonté », la direction de l'UGT a accepté ce cadre et défendu la nécessité d'une pause. Au lieu de dénoncer le chantage exercé par l'entreprise, elle a considéré que c'était aux travailleurs de faire preuve de volonté de négocier, affaiblissant précisément le moyen de pression qui avait permis d'obtenir des avancées.
Désormais, avec l'exclusion de la CGT et d'ÚTIL, on cherche à présenter une issue négociée qui divise les salariés. Le patronat est gagnant lorsque les travailleurs apparaissent divisés et lorsque les décisions sont prises loin des lieux de travail.
Un accord insuffisant qui ne permet pas de récupérer ce qui a été perdu et laisse des revendications sans réponse
La direction de l'entreprise affirme que l'accord de principe conclu constitue une « proposition équilibrée et juste » qui « améliore substantiellement nos conditions de travail et nos salaires ». Mais les données dont on dispose montrent une réalité bien plus limitée. Selon une source syndicale citée par Izquierda Diario, la proposition salariale prévoit d'appliquer l'IPC (Indice des prix à la consommation) réel, auquel s'ajouterait un rattrapage de 7,95 % réparti sur quatre ans. Il est ainsi prévu une hausse correspondant à l'IPC, à laquelle s'ajouteraient 2 % en 2026, 2027 et 2028, puis 1,95 % en 2029.
Même si cela représente une amélioration par rapport à la position initiale de l'entreprise, cette proposition ne permet pas de récupérer le pouvoir d'achat perdu au cours des dernières années. La structure même de l'accord implique que les salariés ne récupéreraient pas intégralement ce qu'ils ont perdu avant 2029, alors qu'Airbus a continué à réaliser d'importants bénéfices et à accroître ses perspectives commerciales.
Mais surtout, la grève n'est pas née uniquement d'une question salariale. De nombreuses revendications qui ont conduit des milliers de travailleurs à cesser le travail restent sans réponse. La proposition ne change rien à des questions fondamentales telles que le projet BROMO (la délocalisation du département aérospatial), les congés, le télétravail, les restaurants d'entreprise, les lignes de transport ou encore le catalogue des postes. Airbus cherche à présenter comme une grande victoire une proposition qui laisse de côté nombre des conditions de travail au cœur du conflit.
Que les assemblées décident
Le communiqué d'Airbus parle d'une « avancée majeure », d'une proposition permettant de « construire ensemble le chemin du retour à la normalité » et annonce que l'accord sera soumis à un « référendum contraignant » auprès des travailleurs. Mais, comme nous l'avons déjà vu en juillet, lorsque les salariés en grève avaient dénoncé les manœuvres de l'entreprise visant à manipuler les votes, une consultation organisée par Airbus, même par l'intermédiaire d'une entreprise extérieure, n'offre aucune garantie.
Au cours de ces dernières semaines, les salariés ont démontré qu'ils étaient légitimes à décider de l'orientation du conflit. Ce sont les assemblées et les votes des travailleurs et des travailleuses qui ont permis de maintenir la grève et de dénoncer les accords insuffisants proposés par l'entreprise. C'est pourquoi toute proposition doit être discutée sur les lieux de travail et soumise au débat collectif des assemblées.
D'un autre côté, Airbus cherche à continuer de diviser les salariés, qui sont déjà séparés selon les sites de travail, les catégories professionnelles et les entreprises sous-traitantes. Chercher à faire prendre les décisions en dehors des assemblées constitue un pas de plus dans cette direction. C'est pourquoi il est essentiel de continuer à miser sur l'unité : entre ingénieurs et ouvriers, intégrer les travailleurs des entreprises sous-traitantes, qui ne sont pas en grève aujourd'hui mais qui jouent un rôle indispensable dans la production.
Avec cela, il faut aussi renforcer l'organisation à la base et se mobiliser massivement à Madrid, lors du grand rassemblement prévu le samedi 12 septembre, auquel se joindront des enseignants et les autres secteurs qui ont manifesté leur solidarité avec la grève ces dernières semaines. Pour faire reculer la direction d'Airbus, il faut maintenant élargir la lutte au-delà des frontières : les travailleurs des autres pays, comme la France ou l'Allemagne, doivent suivre l'exemple de leurs collègues espagnols et entrer eux aussi dans la grève.
La lutte chez Airbus ne peut pas rester confinée entre les murs de ses sites. L'entreprise et le gouvernement cherchent à imposer de moins bonnes conditions de travail à un moment où l'Europe fait le choix d'augmenter les dépenses militaires et les programmes de réarmement. Face à cette logique, il est également nécessaire d'ouvrir le débat sur ce que produit l'industrie et sur sa finalité. Les capacités technologiques et les connaissances de milliers de travailleurs pourraient être mises au service de besoins sociaux urgents : fabriquer, par exemple, des avions et des moyens aériens pour lutter contre les incendies, plutôt que d'orienter toujours davantage de ressources vers l'industrie de guerre.
Article de IzquierdaDiario.es traduit.