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Argentine : Milei instrumentalise la question des Malouines pour servir les intérêts de Washington

Sat, 05 Sep 2026 17:42:46 CEST

Révolution Permanente

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Ce jeudi, Javier Milei a haussé le ton contre Londres au sujet des Malouines. Une instrumentalisation démagogique qui cache mal la soumission totale de Buenos Aires à Washington, alors que Trump cherche à contraindre le gouvernement Burnham à s'aligner sur ses ambitions militaristes.

Cette semaine, lors d'une allocution télévisée, Javier Milei a annoncé, au nom de la « souveraineté argentine sur les îles des Malouines » , une série de mesures visant à renforcer les sanctions contre les opérations non autorisées d'entreprises pétrolières autour de l'archipel. Au cœur de son discours, le président argentin a attaqué le projet Sea Lion mené par les compagnies britannique et israélienne Rockhopper Exploration et Navitas Petroleum, qui pourrait devenir le premier grand projet pétrolier offshore des Malouines.

Le président argentin surfe sur une petite phrase Donald Trump lancée lors d'une interview pour un média anglais, affirmant qu'il n'était pas exclu qu'il revoit la position officielle de neutralité des Etats-Unis dans le conflit des Malouines entre l'Angleterre et l'Argentine. Dans une interview accordée à GBNews, le président étasunien a en effet choisi d'utiliser les Malouines pour faire payer au Royaume-Uni le fait de ne pas l'avoir suivi dans sa guerre en Iran et le contraindre à s'aligner sur la consigne de consacrer 5% de son PIB à la défense, alors que Trump ne cache pas sa méfiance à l'égard du nouveau Premier ministre.

Des propos qui ont poussé Milei, marionnette des États-Unis, à lancer à son tour une offensive médiatique contre le gouvernement d'Andy Burnham en instrumentalisant pour cela la question des Malouines. Une prise de position d'autant plus opportuniste que, loin d'être liée à la moindre ambition de défendre la souveraineté du pays face à l'impérialisme, le projet du gouvernement est d'approfondir la soumission à Washington. En ce sens, en contrepartie de son « revirement », Trump a obtenu de Milei la création d'une base militaire sur la Terre de feu, une artère stratégique qui vise probablement les flux commerciaux chinois. Milei a également annoncé que l'armée argentine coopèrerait avec le commandement sud des États-Unis pour des missions de patrouilles.

Une manoeuvre qui n'est pas compréhensible si l'on ne tient pas compte des dynamiques qui ont fait suite au Mondial et à l'action de l'équipe nationale brandissant une banderole « Les Malouines sont argentines. » Ce symbole a en effet alimenté une puissante contestation dans le pays, nourrissant des mobilisations contre la « loi d'inviolabilité de la propriété privée », qui ont culminé le 6 août, avec des milliers de personnes dans la rue. Une colère qui a obligé le gouvernement à reculer sur une des dispositions les plus contestées de la loi, visant à faciliter l'achat de terres agricoles par des entreprises étrangères.

La tentative de Milei de réaffirmer son soutien à la revendication des Malouines argentines apparaît ainsi comme une manoeuvre hypocrite pour tenter de sauver la face d'un gouvernement qui enchaîne les cadeaux aux impérialistes. À ce titre, en avril 2024, le président argentin avait ainsi accueilli à Ushuaia Laura Richardson, générale de l'armée étasunienne qui était, à l'époque, à la tête du Commandement sud des forces armées américaines. L'année dernière, le gouvernement Milei a autorisé par décret d'urgence le déploiement d'un porte-avions étasunien dans les eaux argentines.

Une tactique qui ne trompe pas grand-monde en Argentine, où Milei défend actuellement une super-loi pro-extractiviste qui vise à offrir les ressources du pays à Trump et au grand capital étasunien et où l'amour du Président pour Margaret Thatcher est connu. Le député du PTS Nicolás del Caño a ainsi rappelé l'hypocrisie de la récupération de l'opposition historique et anti-impérialiste des classes ouvrières et populaires argentines à la colonisation des îles Malouines : « Milei veut utiliser la revendication légitime de la souveraineté sur les Îles Malouines pour récupérer du terrain dans la perspective d'une année électorale, et offrir ses services aux États-Unis dans son conflit avec la Grande-Bretagne. Admirateur de la criminelle de guerre Margaret Thatcher, il est la marionnette de Trump. »

Cependant, il est également probable que Milei cherche à utiliser ce slogan pour justifier une concentration accrue des pouvoirs alors qu'il a expliqué dans son discours, jeudi soir, que le gouvernement argentin « avait l'obligation d'utiliser tous les instruments diplomatiques, économiques et judiciaires pour défendre notre souveraineté. » Milei a ainsi annoncé la création d'un Conseil national de sécurité, une nouvelle instance opaque, qui vise avant tout à lui permettre de retrouver une marge de manœuvre pour contourner le parlement et imposer, en invoquant hypocritement la souveraineté argentine, de nouvelles mesures de soumission du pays au FMI et à l'impérialisme étasunien. Dans le même temps, il a invoqué les Malouines pour renforcer le budget du SIDE, les renseignements argentins.

Dans ce contexte, la gauche argentine appelle à une grande mobilisation de la colère le 19 septembre pour affronter les offensives du gouvernement. À l'international, il est fondamental de soutenir ce combat contre l'extrême droite au pouvoir, tout en continuant d'affirmer que le Royaume-Uni n'a rien à faire aux Malouines. Ces derniers mois, la haine légitime contre Milei a conduit certains à renvoyer dos-à-dos l'Argentine et la puissance coloniale et impérialiste britannique. Une position totalement erronée. Aujourd'hui comme hier, l'hypocrisie de Milei qui prend ses ordres au Pentagone ne peut en aucun cas servir à disqualifier la lutte anti-impérialiste pour dégager l'impérialisme britannique des Îles Malouines.

Ce combat n'appartient ni à Milei ni aux classes dominantes argentines, qui sont les garants du pillage du pays. Il ne pourra d'ailleurs être mené qu'en indépendance de ces derniers, comme le souligne à nouveau la gauche révolutionnaire argentine en débat avec des secteurs de l'opposition péroniste qui ont choisi de célébrer les sorties de Javier Milei. Une impasse qui finit par prendre au sérieux les gesticulations de l'extrême droite, qui est une ennemie de la lutte contre l'impérialisme. Royaume-Uni hors des Malouines ! Trump hors de l'Amérique latine !

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