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Assassinat de 2PAC : 30 ans après les faits, un procès-épilogue dans l'Amérique trumpiste

Fri, 04 Sep 2026 14:58:06 CEST

Révolution Permanente

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Trente ans après l'assassinat du célèbre rappeur californien, l'une des plus célèbre cold-case des États-Unis trouve son épilogue. Après trois semaines de procès, le verdict s'est conclu par l'inculpation de Duane "Keffe D" Davis, ex-leader du gang South Side Compton Crips. Il risque la prison à perpétuité. Une délibération qui masque une réalité plus profonde : la responsabilité de l'Etat américain lui-même, que le rappeur ne cessait de critiquer à travers son œuvre.

C'est un tournant judiciaire majeur dans l'un des dossiers criminels les plus célèbres de l'histoire de la musique américaine. Trente ans après l'assassinat de Tupac Shakur, le jury vient de reconnaître coupable Duane Davis, ancien leader d'un gang de Los Angeles : les Crips. Si la question posée à travers le procès est « qui a commandité ce meurtre », elle évince totalement une autre question plus fondamentale : « quel système a produit les conditions pour qu'un jeune rappeur noir soit ainsi abattu ? »

30 ans après les faits, un procès et une condamnation

Tupac Shakur, rappeur de la West-Coast mondialement connu pour ses hits tels que « California Love » ou « All eyes on me » est mort à 25 ans le 13 septembre 1996, à Las Vegas, suite à une fusillade sur fond de règlement de comptes avec un membre des South Side Compton Crips et de de rivalité entre gangs (Bloods et Crips) et grands labels (Death Row Records et Bad Boy Records). L'enquête a longtemps piétiné faute de preuve : les armes et la Cadillac utilisée lors du crime demeurent introuvables, les suspects disparaissent dans d'autres fusillades.

L'affaire ré-émerge en 2023, après que Duane Davis, aujourd'hui le seul inculpé, ait publié ses mémoires – Street Compton Legend – dans lesquelles il raconte, tel un aveu, avoir participé à l'assassinat. Ces écrits assortis d'anciens témoignages permettent de poursuivre l'enquête. Le 11 août 2026, le procès s'est donc ouvert sans preuves, mais nourri par des récits, des enregistrements et vingt-cinq témoins appelés à la barre, en vue d'inculper Duane Davis comme commanditaire du meurtre, au motif d'une vengeance. Finalement reconnu coupable, il encourt aujourd'hui une peine à perpétuité pour laquelle il fera appel.

Cette conclusion vient alimenter le récit dominant, basé sur les rivalités entre gangs et majors. Si celui-ci n'est pas factuellement faux, il masque pourtant toute une partie de la réalité, en déchargeant l'État de toute responsabilité. Un paradoxe à la lumière de l'œuvre de 2pac, dont l'institutionnalisation post-mortem comme légende du rap tend à effacer le caractère politique et radical. Ce procès marque l'occasion d'y revenir.

2pac, un rappeur radical

Le rappeur ne peut être détaché de l'environnement politique qui l'a façonné : une culture politique radicale face à un Etat américain profondément raciste et inégalitaire, dans l'ère post-droits civiques. Un jour après la naissance de 2pac, le gouvernement Nixon lance la « war on drugs », une politique raciale ayant mené à l'incarcération de masse des communautés noires. Sa mère – Afeni Shakur – figure du mouvement Black Panther, subit en même temps la répression du gouvernement.

Les années 1980 voient ensuite, avec l'élection de Reagan, un tournant néo-libéral et austéritaire, favorisant des épidémies de drogue dans les quartiers noirs où le chômage atteint 21% (1983) et les taux d'homicides doublent dans les années qui suivent. Il en va de même pour les incarcérations qui explosent avec le développement rapide du complexe carcéro-industriel. C'est dans ce terreau politique que se développent les gangs et le gangsta rap, genre que Tupac marquera durablement dès son premier LP : « 2Pacalypse Now ». A travers sa musique, le rappeur se fait la voix des opprimés et de sa communauté, ne manquant pas de dénoncer le gouvernement raciste et impérialiste des USA. Du rap lutte de classe depuis le plus grand centre impérialiste du monde.

« Regarde notre histoire, c'est l'Amérique la violente / Libère mon esprit, brise les chaînes de ta misère / Cette fois, c'est la revanche pour les saloperies que vous m'avez faites / Ils me traitent de militant, de raciste parce que je résiste / Tu veux censurer quelque chose, censure ça / Mes mots sont des armes et je m'adresse à ceux qui se taisent / Je réveille les masses, mais vous prétendez que je suis violent »
Violent – 2pacalypse Now

Son engagement musical se poursuivra sur l'ensemble de sa discographie, à l'image de son troisième album « Me Against the World », publié en prison, évoquant le sort des jeunes noirs face à au système répressif et carcéral américain. Si sa musique traduit le quotidien des ghettos américains et les invite à se soulever, son engagement dépasse les frontières de l'expression artistique, et se nourrit de son expérience de militantisme de jeunesse, notamment dans les New Afrikan Panthers, branche jeunesse de la New Afrikan People's Organization (NAPO), dont il est élu président à 18 ans. Avec cette organisation, il participera à organiser des campagnes politiques, meetings et interventions radios pour conscientiser la jeunesse afro-américaine, voyant l'éducation comme un moyen d'auto-défense.

Avec plus de 75 millions d'albums vendus, le rappeur iconique de la WestCoast est devenu une figure incontournable de l'histoire musicale. Cependant, sa mort tragique et son statut de légende ont participé à enterrer son engagement radical. L'industrie le désarme et le transforme en un objet consommable, une licence que l'on retrouve sur des T-shirts et affiches, vidant ses codes de leur substance et substituant, comme nous le voyons à travers ce procès, les histoires de rivalité East/West Coast aux luttes anti-impérialistes et antiracistes. Dans l'Amérique de Trump, où les populations afro-américaines subissent chaque jour la violence décuplée de l'État, c'est pourtant cet héritage politique qui mérite notre attention. Celui d'un fils des Black Panthers, qui a cherché à continuer à porter cet engagement à travers sa musique dans une période d'offensive néolibérale.

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