Retour

Rentrée scolaire 2026 : l'École sous le signe du durcissement austéritaire et répressif

Fri, 04 Sep 2026 19:07:36 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Fermetures de classes et coupes budgétaires, interdiction du portable au lycée, hommage aux « morts pour la France » et exclusion sur faute des parents… Entre austérité et renforcement des mesures autoritaires, la dernière rentrée de Macron est à l'image de son quinquennat.

« La rentrée 2026 ne sera pas celle de nouvelles réformes structurelles ». Alors que s'ouvre la dernière année du quinquennat Macron, le gouvernement affiche la continuité, tout en préparant le terrain aux futures offensives des classes dominantes après 2027 contre les services publics et les conditions de travail. D'ores et déjà, l'austérité et la mise au pas des personnels et des élèves confirment la casse des moyens de l'enseignement et le renforcement d'une logique d'autorité, de discipline et de patriotisme au sein de l'École, dont le gouvernement entend « réaffirmer l'autorité » dans sa circulaire de rentrée.

Une rentrée marquée par une nouvelle vague de suppressions de postes et de coupes budgétaires

Le budget 2026 prévoyait près de 4000 suppressions de postes d'enseignant-e-s, public et privé confondu, et à peu près autant de fermetures de classes dans les écoles primaires : c'est désormais chose faite. Les élèves, enseignant-e-s et familles vont encore une fois en payer les conséquences, alors que 10 855 classes ont disparu durant le second quinquennat Macron.

Ironie du sort, une autre conséquence des coupes budgétaires est le retour en arrière sur une partie des contre-réformes imposées par les prédécesseurs d'Édouard Geffray. C'est le cas des groupes de niveau en 6e et en 5e imposés sous le ministère Attal, qui ont désormais disparu dans la majorité des collèges, mais aussi du « Pacte enseignant », vestige du ministère N'Diaye, désormais réduit à peau de chagrin… Non pas par réelle volonté ministérielle, mais tout simplement faute de budget. Si on ne va pas pleurer la disparition des deux mesures, très largement contestées par les enseignant-e-s, on peut tout de même pointer les contradictions dans lesquelles se trouve macronie, qui après avoir ignoré le refus massif des personnels de l'Education pour imposer ces mesures a fini par les enterrer pour ne plus avoir à les financer.

Une fois de plus, les personnels précaires se retrouvent aussi en première ligne de l'austérité. Si aucune amélioration du statut des AEDs, AESHs et personnels non-titulaires n'est évidemment à l'ordre du jour, les contractuels enseignant-e-s sont nombreux à avoir découvert quelques jours avant la rentrée que leur contrat n'était pas renouvelé, sous prétexte de la réforme du concours. D'après les chiffres donnés par les syndicats et cités par le Café Pédagogique, c'est près de 25 % de non-titulaires non-renouvelés dans l'académie de Toulouse et plusieurs centaines dans celles de Créteil et Versailles. Le 2 septembre, à Paris, une centaine de contractuels de l'éducation ont ainsi manifesté devant le rectorat pour dénoncer ce qui constitue autant de licenciements qui ne disent pas leur nom.

Autre sujet de la rentrée, la « cyberattaque » dont a été victime cet été le ministère de l'Education nationale, et qui a conduit à la fuite des données personnelles de plusieurs milliers de personnels, sans que le ministère n'ait pour l'instant communiqué un chiffre précis. Deux académies, Nantes et Toulouse, ont ainsi été particulièrement impactées, n'ayant toujours pas accès à Pronote et à d'autres outils pour la rentrée. Une nouvelle illustration des priorités de l'institution, qui supprime des moyens et des postes.

De nouvelles mesures autoritaires pour l'école

Tout en revenant, budget tourné vers l'armée oblige, sur les groupes de niveau ou le « Pacte », le ministre poursuit sur la même ligne, avec trois nouveautés pour la rentrée : l'interdiction du téléphone portable dans les lycées, la possibilité d'exclure un élève « en raison du comportement d'un de ses parents » et la mise en place d'une « cérémonie d'hommage à tous les « Morts pour la France ». »

Autant de mesures qui vont dans le sens d'un nouveau renforcement autoritaire de l'école - et donc de l'État- s'inscrivant dans la continuité de ces dernières années et visant à mettre au pas tant les personnels que les élèves, mais aussi leurs familles. Après avoir voulu punir les parents pour punir leurs enfants, le ministère innove en voulant cette fois-ci punir les enfants pour punir les parents en les excluant des écoles.

De même, au-delà d'être infantilisante, l'interdiction du téléphone dans les lycées – déjà interdit en classe mais autorisé sur les temps hors-classe – va surtout venir renforcer le rôle répressif des personnels enseignants et de vie scolaire, chargés de « fliquer » des élèves et de leur empêcher l'accès aux réseaux sociaux, qui peuvent aussi servir à se retrouver, à échanger et à s'organiser. Elle vient s'ajouter à la longue liste des interdits scolaires, qui viennent renforcer une école qui ressemble déjà trop souvent à une caserne. Une mesure qui ne peut qu'alimenter les tensions au sein des établissements scolaires, au détriment des élèves comme des personnels.

Dans un contexte de militarisation, la cérémonie d'hommage aux « morts pour la France » s'inscrit quant à elle dans la continuité de la mise au pas de la jeunesse, glorifiant un « sacrifice pour la patrie » qui est avant tout un « sacrifice » pour défendre les intérêts de l'impérialisme français, et les intérêts économiques du grand patronat, dans un contexte de fortes tensions économiques à l'échelle mondiale. Sans surprise, le gouvernement semble ainsi répondre à la demande du milliardaire d'extrême-droite Edouard Stérin et de MBDA, généreux sponsors du livret « Ma première cérémonie militaire » déjà diffusé dans plusieurs écoles.

Un questionnaire à l'école pour lutter contre VSS mais de la répression contre des enseignant-e-s qui les dénoncent !

Alors même que, autre nouveauté de la rentrée, le ministère annonce la mise en place dans les établissements scolaires d'un questionnaire destiné aux élèves portant sur les violences sexistes et sexuelles, l'institution relance la répression contre des enseignant-e-s lanceurs d'alerte.
Au lycée Maurice Utrillo de Stains, les personnels étaient en grève dès ce jeudi pour dénoncer les menaces portant sur deux enseignantes, menacées d'une mutation forcée pour avoir dénoncé des violences sexistes et racistes dans leur établissement. Un nouvel exemple de l'hypocrisie totale de l'institution, qui prétend vouloir lutter contre les violences tout en faisant taire toute voix qui s'élèverait pour les dénoncer.

Un fait qui n'est pas une nouveauté : l'an dernier, une enseignante entamait une grève de la faim après avoir été mutée à plusieurs centaines de kilomètres de chez elle pour avoir dénoncé des violences sexistes et sexuelles au sein de son établissement. Plus tragiquement encore, la rentrée 2026 marquait l'anniversaire de la mort de Caroline Grandjean, enseignante et directrice d'école ayant mis fin à ses jours après des années de harcèlement lesbophobe. Un harcèlement face auquel elle dénonçait le manque de soutien de sa hiérarchie, qui l'aurait même menacée d'une plainte en diffamation après la publication d'une BD racontant son histoire.

Appel à la grève dans la fonction publique le 29 septembre : après la rentrée des classes, préparer la rentrée sociale

Cette rentrée montre surtout ce qui se prépare pour l'après-2027. Alors que les candidats à la présidentielle, parmi lesquels Gabriel Attal et Édouard Philippe, multiplient les promesses éculées de hausses de salaires, celles-ci reposent surtout sur une logique de « travailler plus pour gagner plus », avec davantage d'obligations de service et de travail supplémentaire. Dans le même temps, ils défendent des projets toujours plus répressifs pour l'École. Derrière ces programmes, c'est une nouvelle offensive austéritaire et autoritaire contre l'Éducation qui se dessine, avec notamment la remise en cause du collège unique défendue par Attal, Philippe et Retailleau.

Face aux offensives en cours et à venir, il faudra combattre le durcissement répressif et la mise au pas de la jeunesse et des personnels. Un combat indissociable de celui contre l'austérité, pour exiger une augmentation massive des moyens et des salaires dans l'Éducation. Ces luttes doivent être menées ensemble afin de construire un rapport de force capable de faire reculer l'ensemble de ces politiques.

C'est par la lutte de classe et les méthodes du mouvement ouvrier que nous pourrons imposer ce rapport de force. Alors qu'une journée de mobilisation dans la fonction publique se profile le 29 septembre, appelée notamment par la CGT et la FSU, les directions syndicales restent pour l'heure largement silencieuses, notamment dans l'Éducation, et ne semblent pas préparer sérieusement cette journée. Il faut au contraire en faire un point d'appui pour construire une mobilisation d'ampleur contre l'austérité et la mise au pas, mais aussi pour opposer aux perspectives de précarité et de guerre une autre perspective pour la jeunesse et le monde du travail.

Crédit photo : wikimedia common CC BY-SA 4.0

/ / / / / / /