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Brésil : des révélations sur un juge de la Cour suprême ouvrent une grave crise à l'approche des élections

Fri, 04 Sep 2026 21:07:15 CEST

Révolution Permanente

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À quelques semaines de l'élection présidentielle, un scandale d'une ampleur historique implique la Cour suprême fédérale (STF), le juge Alexandre de Moraes et le clan Bolsonaro. L'affaire dite « Master » a mis au jour un réseau de relations troubles entre les hauts magistrats, les responsables politiques d'extrême droite et le pouvoir financier, relançant le débat sur le rôle d'une magistrature qui, à travers ses multiples liens avec les États-Unis, intervient systématiquement dans le destin politique du pays.

À l'origine de la crise : qui est Alexandre de Moraes et comment le scandale a éclaté ?

La crise actuelle a éclaté lorsque la police fédérale a levé le secret sur une enquête de plus de 200 pages, menée après la saisie du téléphone portable de Daniel Vorcaro, ancien dirigeant de Banco Master, et actuellement détenu dans le cadre d'une affaire de fraude de plusieurs millions de dollars qui avait secoué le Brésil il y a quelques mois. En effet, l'analyse des messages retrouvés sur le téléphone de Vorcaro, ainsi que l'examen de plusieurs documents, auraient révélé l'implication directe d'Alexandre de Moraes, juge de la Cour suprême fédérale, dans la rédaction et la finalisation de contrats de plusieurs millions de dollars entre Banco Master et le cabinet d'avocats de son épouse, Viviane Barci de Moraes. Ces contrats prévoyaient des paiements compris entre 25 et 131 millions de réaux. D'autre part, certaines conversations laisseraient entendre que Moraes aurait échangé avec Vorcaro sur différents moyens d'utiliser le poste du magistrat afin de d'influencer les enquêtes criminelles menées par la police fédérale et le parquet général contre le banquier.

La crise est d'autant plus grave qu'Alexandre de Moraes n'est pas un acteur secondaire de la vie politique brésilienne. Ces dernières années, il a acquis un pouvoir considérable au sein de la Cour suprême fédérale. Il a notamment joué un rôle central dans la mise à l'écart politique de Jair Bolsonaro jusqu'en 2030, dans l'enquête sur la tentative de coup d'État de 2023 mais aussi dans la décision de suspendre le réseau social X, accusé de favoriser la diffusion de fausses informations. Mais son parcours ne se résume pas à ses attaques contre la droite : il illustre également l'ingérence de la justice dans des aspects essentiels de la vie politique brésilienne. En 2016, il a sévèrement réprimé les manifestations contre la destitution de Dilma Rousseff et le coup d'État institutionnel qui l'a accompagnée. Il est ensuite devenu ministre de la Justice sous le gouvernement issu de ce coup d'État, celui de Michel Temer. En 2018, il a rendu le vote décisif permettant de rejeter l'habeas corpus de Lula da Silva, facilitant son emprisonnement et son exclusion de la compétition électorale et ouvrant ainsi la voie à la victoire de l'extrême droite aux élections.

Le lien avec le clan Bolsonaro et le financement de « Dark Horse »

Mais le rebondissement majeur de l'affaire est qu'elle serait directement liée à la famille Bolsonaro, qui présente pourtant depuis longtemps Moraes comme son principal adversaire. Les enquêtes visant Vorcaro avaient déjà permis de mettre au jour des enregistrements audio et des messages dans lesquels le sénateur Flávio Bolsonaro, fils de Jair Bolsonaro, aurait négocié avec le banquier le versement de plusieurs millions de dollars. Selon les enquêteurs, le montage financier suspecté portait sur 143 millions de réaux, dont au moins 60 millions auraient effectivement été versés, soit l'équivalent d'environ 10 millions d'euros. Ces sommes auraient officiellement servi à financer « Dark Horse », un film biographique américano-brésilien consacré à la vie de Jair Bolsonaro. La police fédérale cherche toutefois à déterminer si le projet n'aurait pas servi de couverture à un dispositif de blanchiment d'argent destiné à transférer des fonds à la famille Bolsonaro et à financer des dépenses personnelles. L'affaire est d'autant plus complexe qu'il est apparu que Fábio Faria, proche collaborateur de la famille Bolsonaro, aurait lui-même organisé des rencontres entre le banquier Vorcaro et le juge Moraes. Cela tendrait à montrer que, malgré leur opposition politique affichée, les deux camps étaient liés au même financier corrompu.

Répercussions politiques et ascension d'André Mendonça

À quelques semaines des élections, les conséquences politiques de cette crise restent difficiles à mesurer. Flávio Bolsonaro a tenté de tirer parti des accusations en réclamant la destitution de Moraes, qu'il accuse d'avoir agi comme « l'avocat du banquier » malgré le fait que ses propres liens financiers avec Vorcaro le mettait également en danger.

Cette situation fragilise profondément la crédibilité de la Cour fédérale suprême (STF), qui a joué un rôle clé de la politique ces dernières années. Elle fait également ressurgir le risque de voir le processus électoral influencé et arbitré par des fuites ciblées provenant du pouvoir judiciaire - autrement dit, par une caste de juges qui n'a jamais été élue par la population. Le principal bénéficiaire de cette crise pourrait être le juge de la STF André Mendonça. Nommé à l'époque par Jair Bolsonaro comme avocat général de l'Union, c'est-à-dire défenseur du pouvoir exécutif sous le gouvernement d'extrême droite, il est devenu juge de la Cour suprême en 2021.

Alors que Moraes est désormais fragilisé, Mendonça - qui a ordonné la levée du secret concernant les éléments de preuve visant son collègue - a acquis une influence considérable. Il est notamment chargé des dossiers Banco Master et INSS. Ce dernier concerne une importante fraude au système de retraite brésilien, dans laquelle des fonds de la sécurité sociale auraient été détournés au moyen de prêts frauduleux, Banco Master étant présentée comme l'un des principaux bénéficiaires.

Par ailleurs, en tant que vice-président de la Cour supérieure électorale (TSE), Mendonça contrôle le traitement des plaintes liées à la désinformation et à la propagande électorale. Il a notamment déjà fait censurer une vidéo établissant un lien entre Flávio Bolsonaro et le banquier Vorcaro. Cette situation montre comment le bolsonarisme pourrait désormais chercher à utiliser le pouvoir judiciaire pour influencer le rapport de forces électoral.

« Bonapartisme judiciaire » et « génération américaine »

La caste judiciaire qui joue un rôle politique de plus en plus important depuis des années agit comme un « bonapartisme judiciaire », une autonomisation d'un secteur non élu de la bureaucratie d'État - juges, procureurs et hauts responsables de la police - qui, face aux crises successives du régime, s'érige en « pouvoir modérateur » afin d'arbitrer les conflits sociaux et politiques du pays. Ce rôle est un héritage de la tradition impériale et esclavagiste et il a été exercé au XXe siècle par les forces armées.

Cette caste judiciaire n'agit pas isolément, mais entretient des liens profonds avec l'impérialisme étasunien. Au cours des dernières décennies, le FBI, le département de la Justice et les universités américaines ont contribué à former une véritable « génération américaine » au sein de la magistrature et de la police fédérale brésiliennes. Des juges comme André Mendonça formé en 2010 à Washington dans le cadre de programmes de lutte contre la corruption à l'université George Washington ont été formés dans ces réseaux d'intervention juridique et de négociation judiciaire.

Cette influence de l'impérialisme étasunien prend une importance particulière à un moment où l'administration Trump défend une nouvelle orientation au travers de la doctrine Donroe et renforce son ingérence directe dans les pays d'Amérique latine. Cette ingérence va des déclarations politiques de la Maison blanche au financement de candidats alignés sur Washington en passant par les raids de bots et la diffusion de fausses informations autour des processus électoraux, jusqu'à l'intervention armée directe, comme au Venezuela, aujourd'hui transformé en protectorat néocolonial.

Ces liens avec les États-Unis ne se retrouvent pas seulement dans la justice. Ils sont également observables chez les hauts responsables de la police qui dirigent aujourd'hui l'affaire Master sous la tutelle de Mendonça. Beaucoup sont diplômés de l'Académie du FBI à Quantico ou ont obtenu un Master en guerre irrégulière auprès du département de la Défense des États-Unis.

La farce de la « sortie institutionnelle »

Cette crise n'apportera rien au peuple travailleur brésilien si elle est résolue selon les règles mêmes du régime. La justice a démontré son caractère de classe : alors que ses ministres bénéficient de salaires astronomiques et passent des contrats de plusieurs millions de dollars avec de grands banquiers, ce sont eux qui appliquent les réformes du travail contre les travailleurs et soutiennent l'incarcération massive de la population afrodescendante.

Dans cette situation, le Parti des travailleurs (PT) actuellement au pouvoir et des organisations de gauche comme le PSOL ont entretenu les illusions des travailleurs et des classes populaires dans ce système et légitimé cette architecture autoritaire. En faisant croire que la STF et des juges comme Moraes étaient les « sauveurs » de la démocratie, ces organisations ont vidé les rues, paralysé les syndicats et empêché toute mobilisation sérieuse contre l'extrême droite au nom de la stabilité et de la conciliation défendues par l'actuelle coalition. Elles ont ainsi permis à la caste judiciaire de se consolider comme l'arbitre ultime de la République.

La seule véritable issue démocratique à cette dégradation institutionnelle ne viendra pas d'une réforme de la STF ou du remplacement d'un juge par un autre, mais de la mobilisation indépendante des travailleurs et des secteurs populaires afin d'imposer une Assemblée constituante libre et souveraine, sans la tutelle du Congrès, des juges de la STF ou des forces armées.

Cette Assemblée constituante doit discuter des problèmes structurels que le régime actuel refuse de résoudre : la fin de l'épuisante semaine de travail en 6 jours sur 7 (6x1), la réduction du temps de travail sans baisse de salaire, l'annulation des contre-réformes antisociales issues du gouvernement issu du coup d'État de Temer, l'annulation des privatisations et la récupération des ressources stratégiques du pays, comme le pétrole et les terres rares, face au pillage impérialiste.

Pour mettre fin aux privilèges de la caste judiciaire, une réorganisation radicale de la justice est nécessaire : tous les juges et les ministres de la Cour doivent être élus au suffrage universel direct, leurs mandats doivent être révocables à tout moment et leurs salaires alignés sur celui d'un enseignant du public. Il faut également abolir le Sénat, institution réactionnaire et inutile qui s'oppose aujourd'hui aux droits de la population travailleuse. Seule la force de la lutte des classes et l'organisation indépendante des travailleurs pourront imposer cette perspective face à un système conçu pour défendre la propriété d'une petite minorité capitaliste.

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