Rennes : des écoles privées ont continué à faire payer les étudiants malgré leur fermeture
Fri, 04 Sep 2026 22:26:48 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPlusieurs fermetures d'écoles dans l'enseignement supérieur privé rennais, dont HEM Santé et le campus « The Land », laissent des étudiants sur le carreau en pleine rentrée scolaire, alors même que ceux-ci ont dû s'endetter à hauteur de plusieurs milliers d'euros pour s'inscrire.

À Rennes, les fermetures d'écoles dans l'enseignement supérieur privé laissent des étudiants sur le carreau en pleine rentrée scolaire. C'est le cas à l'école privée HEM Santé fermée à la suite d'un placement en liquidation judiciaire du groupe auquel elle appartient, l'Institut Supérieur de Formation et de Préparation (ISFP). En mai dernier, l'école continuait pourtant d'inscrire des étudiants et leur faisaient payer des frais de scolarité de plusieurs centaines d'euros sans les prévenir de la situation de l'établissement, alors même qu'elle était déjà en cessation de paiement et en redressement judiciaire.
C'est aussi le cas du campus The Land School of Management, qui regroupait une dizaine d'écoles privées et qui est contraint de fermer. La direction a annoncé par mail le 31 août, soit quelques jours avant la rentrée, que le campus était « placé en cessation d'activité ». Une annonce qui fait suite à une série de scandales qui ont touché le campus, notamment à l'époque où des lycées agricoles y étaient encore inclus. En effet, une enquête avait révélée un déficit de 1, 2 millions d'euros en 2023-2024, bien loin des 75 000 euros prévus initialement. L'analyse des comptes avait permis de mettre au jour un montage financier opaque. Les dépenses de communication allaient bien au-delà de ce qui était anticipé pour un campus de cette taille comme en témoignait un ancien salarié auprès de Splann ! : « The Land a dépouillé les lycées agricoles des dotations que l'État lui a octroyé pour son fonctionnement. Cet argent a été utilisé pour d'autres postes comme la communication ou la promotion immobilière. Jamais l'État ne va donner 600 000 euros à un lycée agricole pour communiquer. » Un mouvement de contestation sociale au sein de l'ancien établissement avait conduit à la séparation des lycées agricoles et des établissements d'enseignement supérieur privés.
Les étudiants, eux, se retrouvent aujourd'hui abandonnés et endettés par des frais de scolarité d'environ 6 500 euros par an pour un Bachelor comme le souligne un étudiant : « Mon année est foutue en l'air. J'ai appris le jour de la rentrée que le campus fermait pour cessation d'activité. Le directeur Jean-Marc Esneau s'est volatilisé ainsi que tout le corps pédagogique, nous ne pouvons communiquer avec personne sur le campus, j'ai pas pu valider du coup, mon Bachelor ne sert à rien. Personne ne nous a informé de la situation » .
L'enseignement supérieur privé s'enrichit sur le dos des étudiants et avec l'aide du gouvernement
Environ 25 % des étudiants en France suivent une formation dans le secteur privé. Mais le secteur est en crise : les étudiants dénoncent des formations au rabais, des diplômes dont la reconnaissance n'est pas garantie et un sentiment d'abandon. À Rennes, plusieurs témoignages publiés l'an dernier par des étudiants de Studio M dénonçaient la mauvaise qualité des enseignements comparée aux autres formations en BTS audiovisuels : « On s'est rendu compte, pendant les examens (nationaux), de notre manque de connaissances, notamment en pratique. Certains de nos collègues sont sortis en pleurs, n'ayant jamais réalisé certaines des tâches demandées lors des épreuves. »
Le livre-enquête Le Cube de Claire Marchal a mis au jour les dérives du principal acteur de l'enseignement supérieur privé. La loi Baptiste, toujours en construction, vise ainsi à relégitimer ce secteur afin de relancer l'investissement dans le supérieur privé au détriment des universités publiques.
En effet, malgré les scandales qui traversent l'enseignement supérieur privé, il reste encore très largement financé par l'État, notamment les formations en alternance qui permettent aux établissements de réduire le nombre d'heures passées en formation tout en profitant d'aides publiques plus importantes : 26 000 euros par an et par apprenti contre 11 000 euros pour un étudiant en formation classique. En 2024, plus des trois quarts des apprentis du supérieur étaient ainsi inscrits dans une formation d'un établissement privé.
Or, en période d'approfondissement de la crise économique, cette bulle spéculative commence à éclater et c'est l'avenir des étudiants qui est mis en jeu. Le témoignage de Laurie illustre les conséquences très concrètes d'un système d'enseignement conçu pour enrichir le patronat et non pour répondre aux besoins des étudiants : après avoir perdu 9 600 euros avec la fermeture de HEM Santé dans laquelle elle s'était inscrite en BTS et où elle avait payé les frais à l'avance pour bénéficier d'une réduction, elle se redirige vers l'école The Land, qui lui réclame 4 600 euros de frais d'inscription, avant de fermer à son tour.
Alors que les mécanismes de tri social et raciste se renforcent dans l'université publique, de la mise en place de Parcoursup à Bienvenue en France, beaucoup d'étudiants sont contraints de se tourner vers l'enseignement supérieur privé. Il est urgent que les personnels et les étudiants s'organisent pour construire un enseignement supérieur gratuit et public, ouvert aux classes populaires et aux étrangers, et fermé au patronat. Pour construire la mobilisation avec Le Poing Levé, contactez-nous via ce formulaire.
Crédits photo : Site de l'école The Land.