État espagnol : plus de 300 personnes à l'université d'été du CRT et de Corriente Roja-IV
Thu, 03 Sep 2026 18:51:41 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPendant trois jours, à Las Rozas (Madrid), des étudiants, des enseignants et des travailleurs du pays se sont réunis pour discuter des grèves en cours dans l'enseignement, de la lutte contre l'extrême-droite et de construire une nouvelle organisation socialiste et révolutionnaire. Une importante délégation internationale était également présente.

Avec plus de 300 participants, l'université d'été organisée par le Courant révolutionnaire des travailleurs et travailleuses (CRT), organisation sœur de RP, et Corriente Roja-IV Internationale a été un succès. Les 28, 29 et 30 août, des camarades de Madrid, de Catalogne, d'Aragon, d'Andalousie, de Valence, d'Estrémadure, de Galice et d'autres régions de l'État se sont retrouvés à Las Rozas.
La présence d'enseignants, acteurs des importantes luttes éducatives de la dernière année scolaire en Catalogne, mais aussi à Madrid, Saragosse, Valence et en Andalousie, entre autres, a été notable. À leurs côtés, une forte présence de jeunes, avec des étudiants de nombreuses universités et lycées ainsi que de jeunes travailleurs et travailleuses. L'université d'été a également accueilli une délégation de camarades du Courant révolution Permanente (CRP), venus de France, d'Allemagne, d'Italie et du Chili, ainsi que militants du groupe Rouge de Belgique.
L'événement a été traversé par un débat urgent : comment répondre à la vague raciste déchaînée cet été, alors que la droite et le gouvernement parlent d'« invasion » à Ceuta pour criminaliser les personnes migrantes. Le deuxième grand axe a été la lutte dans le secteur l'éducation, avec l'objectif de continuer à contribuer au développement de l'auto-organisation et de l'unité de tous les secteurs de la communauté éducative lors des grèves en Catalogne, ainsi que dans les mobilisations à venir à Madrid et dans d'autres régions. Mais cette lutte doit également être coordonnée avec d'importantes luttes ouvrières telles que celle d'Airbus ou du secteur de la logistique.
Ces luttes de la classe ouvrière, qui pourraient donner lieu à d'autres mobilisations, notamment dans la jeunesse, doivent être points d'appui contre les politiques militaristes et racistes mises en œuvre par le gouvernement « progressiste », et que la droite souhaite radicaliser. Une idée forte a traversé les débats en ce sens : pour affronter la droite, il ne faut pas revitaliser un « moindre mal » progressiste, mais articuler les forces sociales qui existent à la base pour vaincre ses politiques.
Le troisième élément qui a marqué ces journées a été l'avancée significative du processus de fusion entre le CRT et Corriente Roja-IV. Une convergence, fondée sur de profonds débats stratégiques et une expérience commune de la lutte des classes, entre des jeunes et des travailleurs qui se sont engagés dans le militantisme dans le sillage des luttes qui ont suivi la crise de 2008 ou en réponse au génocide en Palestine, et des camarades qui ont une longue tradition et une grande expérience du mouvement ouvrier dans des luttes telles que celles de la Transition ou des années 1980 et 1990.
L'université d'été a montré que ce projet est bien plus qu'une simple somme d'organisations. C'est une proposition qui doit permettre de s'adresser à de nombreux jeunes et travailleurs, qui cherchent aujourd'hui une alternative révolutionnaire, et qui souhaitent le faire en tirant les meilleurs enseignements des luttes de notre classe, tant au niveau international qu'en Espagne.
Un meeting débordant d'enthousiasme pour préparer la rentrée
Cet objectif a été au cœur de l'atelier « Prendre parti. Vers une nouvelle organisation de la gauche révolutionnaire en Espagne » qui a synthétisé la portée politique de l'ensemble de l'événement. Lucía Nistal a ouvert la séance en évoquant la situation grave que connaît Ceuta et la campagne raciste menée par la droite et le gouvernement. Santiago Lupe a dressé un bilan des grandes traditions politiques de la gauche dans l'État espagnol et a exposé les fondements sur lesquels repose la lutte pour une nouvelle tradition, avec les trotskystes à l'offensive : « Nous voulons tirer les leçons tant des grandes victoires que des échecs historiques des directions qui ont conduit à leur dérive, à leur défaite ou à leur trahison. En premier lieu, de la social-démocratie et du stalinisme, deux traditions qui, historiquement, ont fini par jouer le rôle de sauveuses de l'État capitaliste. »
Avant de passer à l'orateur suivant, de nombreux applaudissements ont salué l'intervention du camarade Abbas de Ceuta, qui a prononcé un plaidoyer émouvant contre le racisme, l'impérialisme et l'héritage colonial espagnol en Afrique du Nord, et a exigé la restitution des deux enclaves coloniales. Ángel Luis Parras a ému l'assistance avec un discours très percutant sur les principes fondamentaux de l'anti-impérialisme et de l'internationalisme, et sur le type de parti international que nous voulons construire : « Réfléchir à la révolution, c'est d'abord affirmer qu'aucune réforme du capitalisme n'est possible, qu'il faut le démanteler. On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ! C'est pourquoi nous avons besoin d'un parti qui affiche sans ambages son objectif : la révolution comme tâche stratégique ».
Ce parti, a-t-il souligné, doit être résolument internationaliste et combattre l'impérialisme « en commençant par celui de sa propre maison ». Reprenant les propos d'Emilio Albamonte, du PTS argentin, il a défini la stratégie de l'auto-organisation comme la lutte constante pour que la classe ouvrière mette en place ses propres institutions : comités, instances de coordination, syndicats de base et, à terme, soviets, assemblées ou conseils. Cynthia Burgueño, enseignante à Barcelone, a mis en avant les enseignements les plus avancés tirés des grèves de l'enseignement de la dernière année scolaire, axés sur l'auto-organisation et l'hégémonie ouvrière. Elle a rappelé qu'un article d'El País avait titré que l'Assemblée éducative de Catalogne était « le contre-pouvoir que craignent les syndicats » : « Ils craignent l'organisation démocratique en assemblées. Et lorsque nous nous auto-organisons, les capitalistes nous déclarent la guerre. C'est pourquoi nous vivons ces expériences, en tant que travailleuses et militantes révolutionnaires, comme de véritables écoles de guerre ».
Natalia Lago et Mariona Tasker ont montré l'énorme combativité et la force d'une jeunesse qui lutte contre toutes les oppressions et contre le capitalisme. Des camarades dont on peut être fières : Mariona s'est embarquée il y a quelques mois sur la flottille en direction de Gaza et a été enlevée par l'État d'Israël aux côtés de centaines de militants, tandis que Natalia a été jugée par l'extrême droite dans le cadre de l'affaire des « 7 de Somosaguas ». Andrea Zayas, de Corriente Roja-IV, a expliqué ce que signifie la lutte pour le socialisme par la base pour la classe ouvrière : « Ce n'est pas une théorie abstraite. Il s'agit de faire en sorte que les grands leviers de l'économie — la banque, l'énergie, les transports, le logement, la grande industrie — cessent d'être entre les mains d'une minorité et passent entre celles de l'ensemble de la société. C'est décider démocratiquement ce qui est produit, comment cela est produit et dans quel but. Ce n'est pas un algorithme à la recherche de la rentabilité privée qui doit décider, mais nous, en décidant de nos vies ».
À la fin du meeting, Diego Lotito a évoqué le caractère stratégique de la lutte pour un parti révolutionnaire national et international et a interpellé toutes les personnes présentes pour qu'elles se joignent à ce défi passionnant : « Léon Trotsky disait que la stratégie est l'art de combiner toutes les batailles tactiques pour vaincre. Et pour vaincre, il faut des forces matérielles : que de larges secteurs de la classe ouvrière et de la jeunesse militent stratégiquement pour en finir avec le capitalisme. Voilà ce qu'est pour nous un parti révolutionnaire ».
Trois axes d'orientation pour l'automne de lutte qui se prépare
L'événement s'est achevé dimanche par une grande assemblée, avec des interventions de dizaines de militants, axée sur les grèves de l'éducation et la coordination des luttes en cours, et accompagnée d'un débat sur les tâches à mener dans les prochains jours sur tous les territoires. Trois axes d'orientation en sont ressortis.
Le premier : s'engager avec force pour continuer à intervenir dans la lutte pour l'éducation en Catalogne, qui reprend ces jours-ci, et à Madrid, en cherchant à y défendre l'auto-organisation, à étendre la lutte à l'ensemble des personnels du secteur, et à coordonner ces mobilisations à la grève d'Airbus. Le deuxième point consiste à déployer une grande campagne antiraciste et anti-impérialiste pour la défense des migrants à Ceuta, contre la criminalisation menée par la droite et le gouvernement. Enfin, l'assemblée a voté d'organiser dans tout le pays des assemblées ouvertes autour du projet d'une nouvelle organisation révolutionnaire. Réfléchir à la révolution est une tâche collective qui se joue sur les lieux de travail, dans les salles de classe, dans les quartiers et dans les rues. Un automne de luttes et de mobilisations s'annonce. Il faut maintenant prendre parti.