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État espagnol : face à l'extrême droite, des milliers de personnes rassemblées contre le racisme à Ceuta

Thu, 03 Sep 2026 20:15:51 CEST

Révolution Permanente

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Après la crise à Ceuta, d'importantes manifestations de la droite et de l'extrême droite ont eu lieu dans l'État espagnol, venant prolonger l'offensive réactionnaire de ces derniers mois. En réponse, des mobilisations antiracistes ont montré une autre voie : celle de la solidarité internationale entre travailleur·euses, face aux politiques xénophobes et coloniales du gouvernement de gauche.

Ce mercredi 2 septembre, dans l'État espagnol, avait lieu une journée de mobilisation de la droite et de l'extrême droite « contre l'invasion » des personnes migrantes à Ceuta. Le même jour, en réponse, des dizaines de rassemblements ont également eu lieu contre cette offensive réactionnaire et raciste.

Une mobilisation massive de la droite et de l'extrême droite

Depuis la crise migratoire à Ceuta fin juillet, la droite et l'extrême droite se déchaînent dans une campagne raciste contre les personnes migrantes, réclamant le renforcement de la présence militaire, le durcissement des frontières et davantage d'expulsions.

Appelée par la maire de Jerez, María José García-Pelayo, élue du Parti populaire (PP), formation de droite conservatrice, la mobilisation du 2 septembre s'est déclarée « en solidarité avec Ceuta ». Elle a en réalité été fortement investie et préparée par le PP et par Vox, parti d'extrême droite nostalgique du franquisme.

Ainsi, des dizaines de milliers de personnes ont défilé et scandé des slogans particulièrement explicites : « Expulsion des envahisseurs », « Une Espagne chrétienne et non musulmane », « Avec les Maures, vous n'avez pas de couilles », mais aussi « Sánchez, traître, tu iras en prison » et « Pedro Sánchez, fils de pute ». Derrière une mobilisation présentée comme institutionnelle et « apolitique », le PP et Vox ont ainsi largement investi la journée pour donner une expression de masse à un discours ouvertement raciste et xénophobe.

Le discours d'« invasion » et de « priorité nationale » ne vise pas à résoudre une quelconque crise humanitaire, mais à tirer profit électoralement de la souffrance de milliers de personnes migrantes et à détourner l'attention de la responsabilité historique des gouvernements espagnols et européens dans l'appauvrissement de l'Afrique du Nord. Cette offensive ne s'est cependant pas limitée aux manifestations nationales du 2 septembre. Depuis fin juillet, la campagne autour de « l'invasion » de Ceuta s'est accompagnée d'un déferlement de discours racistes et d'agressions en ligne et dans l'enclave. Début août, le groupe néonazi Núcleo Nacional et plusieurs figures de l'extrême droite s'y sont rendus pour tenter d'y organiser des rassemblements, accueillis par des contre-manifestations d'habitant·es scandant notamment « Fachos, hors de notre ville ».

Mais le 27 août, la violence a franchi un nouveau seuil : une foule a pénétré dans le campement de personnes migrantes de la plage du Trampolín, détruisant tentes et biens avant d'en incendier une partie. Peu auparavant, des manifestant·es avaient bloqué un convoi de la Croix-Rouge venu apporter de l'eau et de la nourriture. Les forces de répression présentes n'ont, dans un premier temps, pas empêché ces destructions.

La contre-mobilisation anti-raciste

Alors que la droite cherchait à présenter la journée comme l'expression d'une « solidarité nationale » avec Ceuta, des milliers de personnes se sont également mobilisées dans tout l'État pour défendre les personnes migrantes et dénoncer le racisme. Ces rassemblements ont réuni des secteurs très différents du mouvement social, des organisations syndicales aux collectifs de quartier, en passant par les mouvements antiracistes, féministes, LGTBIQA+ et écologistes.

Ces mobilisations ont ainsi opposé au discours nationaliste et raciste une autre perspective : celle de la solidarité entre travailleur·euses, quelle que soit leur origine. À Madrid, plus de 3 500 personnes se sont rassemblées, aux cris de « Native ou étrangère, la même classe ouvrière » et « la loi sur l'immigration tue des gens chaque jour », tandis que la police protégeait des manifestant·es racistes qui tentaient de s'approcher du rassemblement.

Dans les différents rassemblements antiracistes, les revendications portaient sur la fin des refoulements à chaud, le transfert immédiat des personnes migrantes vers la péninsule, l'abrogation de la loi sur l'immigration et la fermeture des centres de rétention, mais aussi sur le démantèlement de Frontex et la fin du financement européen de la répression aux frontières marocaines. Loin d'une dénonciation abstraite du racisme, ces mobilisations mettaient ainsi en cause le régime de frontières et les politiques qui produisent quotidiennement la violence contre les personnes migrantes.

C'est précisément sur ce terrain que se trouve la différence fondamentale avec le gouvernement PSOE-Sumar. Pour combattre réellement le racisme, il ne suffit pas de condamner les slogans de Vox tout en maintenant les dispositifs qui enferment, expulsent et militarisent les frontières.

L'impasse de la gauche institutionnelle

Si les mobilisations réactionnaires s'attaquent à la gestion du gouvernement Sánchez, la politique de ce dernier s'inscrit pleinement dans la défense de l'impérialisme espagnol. L'État espagnol maintient d'ailleurs depuis des semaines des centaines de personnes à la rue à Ceuta, sans les transférer vers la péninsule, tout en bénéficiant d'un dispositif d'externalisation des frontières qui transforme la dictature marocaine en police de l'Union européenne. Une politique entièrement soutenue par Sanchez. Accusé par la droite d'être trop complaisant avec les autorités marocaines, celui-ci assume avec force son engagement à défendre la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, allant jusqu'à appeler le roi Felipe VI à se rendre dans les deux enclaves. « Depuis des siècles, ces deux villes sont espagnoles [...]. Et je vous assure que, pour le gouvernement espagnol, cela restera ainsi jusqu'à la fin des temps » a-t-il par exemple expliqué.

Une énième démonstration du fait que la gauche institutionnelle est incapable de rompre avec l'impérialisme et la politique de l'Europe forteresse. Elle laisse ainsi la voie libre aux offensives les plus réactionnaires de la droite et de l'extrême droite, quand elle ne reprend pas elle-même une partie de leur discours. Face à cette double impasse, c'est par en bas, dans les mobilisations et l'organisation indépendante de notre camp social, que peut se construire une véritable réponse au racisme.

Transfert immédiat vers la péninsule de toutes les personnes bloquées à Ceuta, fin des refoulements à chaud et régularisation de toutes et tous les sans-papiers : ce sont des mesures d'urgence face à une situation où des milliers de personnes restent aujourd'hui bloquées dans des conditions précaires. Mais elles doivent s'accompagner d'une remise en cause du dispositif qui produit cette situation : fin de la domination impérialiste de l'État espagnol sur Ceuta et Melilla, démantèlement des frontières, de Frontex et des accords d'externalisation avec le Maroc.

L'extrême droite cherche à opposer les travailleur·euses entre eux en faisant des immigré·es les boucs émissaires de la précarité et de la dégradation des conditions de vie. Nous devons lui opposer la solidarité internationale de l'ensemble de la classe ouvrière, avec ou sans papiers, en reliant la lutte contre le racisme au combat contre l'exploitation et l'impérialisme. Les rassemblements antiracistes du 2 septembre montrent qu'une telle force existe : il faut désormais l'organiser pour défendre le droit à la migration, la régularisation de toutes et tous et faire reculer l'Europe forteresse comme l'extrême droite.

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