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Budget 2027 : Lecornu cherche la recette pour imposer 30 milliards d'austérité

Thu, 03 Sep 2026 21:16:37 CEST

Révolution Permanente

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Censé présenter le budget le 30 septembre prochain, le gouvernement avance encore à tâtons, entre ralentissement économique et nécessité de contenter le patronat et le PS. Les premières mesures évoquées annoncent en tout cas de nouvelles attaques contre les travailleurs.

Une situation potentiellement « gravissime » face à laquelle il veut dessiner un « chemin étroit ». Voici le plan tracé par Lecornu dans une interview de rentrée donnée au Parisien pour les quelques mois qui lui restent en tant que chef de gouvernement. Cette année, ce dernier doit imposer une nouvelle offensive austéritaire dans un contexte qui complique ses plans.

En effet, à quelques mois des présidentielles, les mauvaises nouvelles économiques se multiplient ces dernières semaines : inflation à la hausse, croissance en berne, blocus du Détroit d'Ormuz, canicules et sécheresses qui creusent encore plus le déficit… Fin août, l'Insee a annoncé revoir la croissance française à la baisse, avec un PIB qui a baissé de 0.2% au premier trimestre 2026 et qui stagne au second. Un tableau sombre qui réduit un peu plus les marges de manœuvre du gouvernement au moment de présenter son budget 2027, mais qui inquiète aussi les marchés puisque les taux d'emprunt à 10 ans de la dette française ont atteint leur plus haut niveau depuis 2008.

30 milliards d'euros à aller chercher dans les poches des travailleurs

Dans ce contexte, le gouvernement a d'ores et déjà annoncé avoir revu à la baisse ses objectifs chiffrés pour le déficit public 2026, et préparer un budget 2027 « pour un semestre » seulement, qui sera présenté le 30 septembre. L'austérité reste cependant d'actualité, et Lecornu égraine ses pistes pour atteindre l'objectif de 30 milliards d'euros de coupes budgétaires. Dans sa feuille de route, le Premier ministre annonce tenir à une seule « grande réforme », s'attaquer aux arrêts-maladies. Il souhaite ainsi renvoyer tout le monde plus vite au travail, en réduisant à la fois la durée des arrêts mais aussi le montant des indemnités journalières, alors que la rentrée a commencé avec une offensive sur ce terrain. [1] Dans la même veine, le Premier ministre entend dérembourser une partie des médicaments et augmenter le plafond des franchises médicales de 100 à 140 euros par an [2].

Des propositions qui pourraient être complétées par les propositions issues d'un rapport des Inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (Igas) commandé par le gouvernement. On y retrouve une série de mesures d'économies sur les politiques dites « familiales », comme remplacer la majoration de retraite de 10% accordée aux parents d'au moins trois enfants par un forfait de 125 euros, supprimer la réduction d'impôt pour frais de scolarité dans l'enseignement secondaire et supérieur que touchent 2,4 millions de ménages ; prendre en compte les revenus des parents dans le calcul des aides personnalisées au logement (APL) des étudiants… Un « package » d'économies qui doivent permettre au gouvernement d'économiser 4,2 milliards d'euros. Dans le viseur de ces rapports figurent aussi les primes versées agents de l'État pour un montant de 19,1 milliards d'euros en 2025.

En plus de s'attaquer directement aux revenus et aux conditions de vie des travailleurs, le gouvernement compte continuer de saigner les services publics avec de nombreuses coupes dans les ministères, à commencer par le Ministère du travail, qui pourrait subir une saignée de 3,5 milliards d'euros selon le député LFI Éric Coquerel. D'après le président de la Commission des finances à l'Assemblée nationale et député LFI, le gouvernement prévoit aussi de sucrer 800 millions d'euros à l'enseignement scolaire et 400 millions d'euros au logement social. Les collectivités territoriales, des communes aux régions, pourraient subir un violent coup de rabot, avec 6 à 7 milliards d'euros de budget en moins, s'ajoutant à des coupes déjà drastiques en 2025 et 2026. Concrètement, ces économies vont se concentrer sur les politiques de formation professionnelle et d'apprentissage ainsi que sur les revenus des communes.

Des difficultés politiques à l'horizon

Si la route de l'austérité est déjà tracée pour le gouvernement, dans la droite ligne des trois précédents budgets, ce dernier fait cependant face à des obstacles politiques. L'année dernière, c'est le PS qui avait permis de sauver le budget 2026. Cette année, il risque de chercher à apparaître moins alignée avec la macronie pour limiter les coûts politiques d'un tel soutien. C'est ainsi que Boris Vallaud, chef du groupe des députés PS à l'Assemblée, a affirmé depuis les journées d'été du PS à Blois qu'il « faut un budget pour la France », mais que « ce ne sera pas le budget de M. Lecornu ». Un moyen de mettre la pression sur le gouvernement.

De l'autre côté de l'échiquier politique, le retour de la proposition de désindexation des retraites pourrait exciter le RN. C'est cette mesure qui avait conduit l'extrême-droite à lâcher Michel Barnier il y a deux ans. En modérant sa proposition, qui ne s'appliquerait cette fois « qu'aux plus aisés », le gouvernement tente d'éviter une annonce de censure du RN. Surtout, en parallèle, le gouvernement doit donner des gages au patronat, et a déjà annoncé vouloir maintenir la trajectoire de baisse des impôts de production et préserver les allègements de cotisations.

Sur ce plan, la fameuse « surtaxe exceptionnelle » sur les grandes entreprises cristallise les contradictions. D'un côté, le gouvernement doit ménager le PS qui ne souhaite pas la voir supprimée. D'autant que le gouvernement a plus que jamais besoin de ces quelques milliards supplémentaires, qui ne sont rien face aux 211 milliards d'euros de cadeaux annuels au patronat. De l'autre, cette taxe est honnie par le patronat et la maintenir mécontenterait largement les classes dominantes. Pour Lecornu, « reproduire cette surtaxe à l'identique enverrait un très mauvais signal ». La presse évoque donc la possibilité de maintenir une taxe allégée, alors que Lecornu annonce que « la réduction de la dépense va être absolument prioritaire pour permettre la stabilité fiscale ».

Derrière le brouillard, une ligne de crête nette : continuer l'austérité

Si le chemin pour imposer le budget 2027 s'annonce difficile pour le gouvernement, une chose est sûre. Quel qu'en soit le contenu exact, le budget 2027 s'inscrira dans la continuité des précédents : aggravant l'austérité pour les travailleurs, sans toucher ni les aides au patronat, ni les financements de la police et de l'armée, alors que les classes dominantes se demandent comment accélérer le réarmement.

C'est donc une nouvelle offensive contre les classes populaires qui se prépare, alors que leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader. L'été 2026, marqué par des canicules à répétition et des incendies sans précédent, a montré à quel point les services publics sont fragilisés : saturation du système de soins, pompiers sans moyens, écoles sans clim'… Or, avec une crise agricole aggravée par la sécheresse, les prix de l'énergie et de l'alimentation pourraient flamber dans les prochains mois, dégradant encore plus la situation de la population.

Face à toutes ces offensives, il va falloir s'opposer à chaque mesure austéritaire et à ce budget anti-ouvrier. Une tâche qui incombe au mouvement ouvrier qui, pour l'heure, reste particulièrement silencieux face à ce nouveau budget austéritaire qui se prépare. Si une journée de grève de la fonction publique à laquelle participeront notamment les pompiers, se tiendra le 29 septembre, veille de la présentation du budget, cette mobilisation ne s'inscrit dans aucun véritable plan de bataille. S'il faudra y participer massivement, en mettant au centre la dénonciation de l'austérité et de ses conséquences, qui frappent l'ensemble de la population, à l'image de l'attaque contre les étudiants étrangers en cette rentrée, c'est en cherchant à faire de cette date un point de convergence des différentes colères, pour construire un rapport de forces à la hauteur de l'offensive qui se prépare.


[1] Dès ce mardi 1er septembre, la durée initiale des arrêts est désormais plafonnée à 1 mois. Alors que le plafond des indemnités journalières pour les arrêts dits « classiques » était passé à 1,4 fois le Smic en avril 2025 contre 1,8 fois auparavant, Lecornu veut reproduire la manœuvre pour les arrêts liés à une maladie professionnelle ou un accident du travail. A partir du 1er novembre, le plafond des indemnités journalières passera de 3 fois à 1,8 fois le SMIC. Une mesure qui devrait rapporter 270 millions d'euros au gouvernement dès 2027, pris directement dans les poches des travailleurs. Et le gouvernement compte aller encore plus loin grâce au budget 2027, en soumettant ces indemnités journalières au titre des accidents ou maladies professionnelles à l'impôt sur le revenu. Le gouvernement espère ainsi récupérer 285 millions d'euros pour la seule année 2027.

[2] Le décret présenté cet été prévoit aussi que ces franchises soient désormais réévaluées tous les ans ou tous les deux ans, pour suivre l'inflation.

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