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Marche contre l'islamophobie : après le « j'ai foot », Ruffin invoque la loi de 1905

Wed, 02 Sep 2026 18:43:34 CEST

Révolution Permanente

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Dans une interview pour TF1, François Ruffin a assumé son refus de participer à la marche contre l'islamophobie de 2019 au nom de la « loi de 1905 ». Une clarification qui illustre son adaptation à la campagne réactionnaire du régime et à l'islamophobie d'État.

Après un été où il a choisi de se faire discret, François Ruffin a relancé ce mardi sa campagne présidentielle avec une longue interview accordée au youtubeur Gaspard G, en collaboration avec TF1 : « François Ruffin face à ses dossiers ». Parmi les « dossiers » en question, figurent en bonne place les propos les plus polémiques du député de la Somme, à commencer par son refus de participer à la Marche contre l'islamophobie de 2019, pour lequel il avait alors donné un prétexte qui est resté dans les mémoires : « Je n'irai pas [à la marche] dimanche parce que je joue au foot ».

Interrogé sur ces mots, François Ruffin n'a pas bronché. Si c'était « à refaire », il ne changerait pas sa décision de ne pas aller à la marche, mais donnerait simplement une autre justification : « Je suis un partisan de la laïcité, d'accord, de la laïcité pleine et entière, de la loi de 1905 : toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905. Et donc j'ai toujours des difficultés quand il y a de la religion qui entre dans l'espace public. ».

En dévoilant ses véritables raisons derrière l'excuse du « foot », Ruffin a au moins le mérite de la clarification politique. Ce n'était bien évidemment pas une question d'agenda, mais une question politique : Ruffin assimile une mobilisation contre le racisme et l'islamophobie à une remise en question de la séparation des Églises et de l'État. Une conception de la laïcité profondément problématique, qui contribue à légitimer les attaques contre l'expression politique de ceux qui se mobilisent contre l'islamophobie.

De ce fait, les propos de Ruffin trahissent une adaptation à l'islamophobie d'État, qui a cherché à faire de la présence des musulmans dans l' « espace public » un problème pour la « République ». Longtemps liée à la question coloniale, l'islamophobie se déploie progressivement, à partir des années 1980, sous couvert de « laïcité » et d'« ordre public ».

Un saut a lieu avec la loi de 2004 contre les signes religieux à l'école, dont la cible essentielle était le voile. Puis, les gouvernements socialistes et macronistes ont progressivement étendu cette exclusion avec l'interdiction du burkini sur les plages en 2016, interdiction du voile pour les athlètes françaises sélectionnées aux JO 2024... La logique est la même : sous couvert de vouloir garantir un espace public « laïc », on cible et stigmatise une population dont l'appartenance religieuse est considérée comme dangereuse.

La loi de 1905 invoquée par Ruffin avait été un appui contre l'influence cléricale dans la vie politique française au début du XXe siècle, en mettant fin au concordat napoléonien entre l'Église catholique et l'État, et en consacrant la « liberté de conscience ». Mais à la fin du XXe siècle elle a été instrumentalisée par une grande partie des forces politiques au service de la création d'un nouvel « ennemi de l'intérieur » : les musulmans. Ce qui était un outil de lutte contre une institution dont le pouvoir avait dominé la société française pendant des siècles est alors devenu une arme pour stigmatiser une minorité religieuse.

En justifiant son refus de participer à la marche de 2019 depuis le principe d'une « laïcité pleine et entière », Ruffin s'inscrit explicitement dans cette lignée. La marche contre l'islamophobie avait été lancée pour protester contre un attentat d'extrême droite contre une mosquée : en la dénonçant comme une irruption de la religion dans « l'espace public », le député légitime tous les efforts de l'État français pour exclure les personnes de confession musulmane de cet espace. Il accompagne ainsi l'offensive du régime qui, face à sa crise de légitimité, cherche à consolider un bloc raciste et islamophobe, de manière de plus en plus accélérée depuis l'attaque de la loi dite « séparatisme ».

Cette déclaration est d'autant plus scandaleuse au moment où le Rassemblement national remet sur la table sa proposition d'interdire le port du voile dans l'espace public. Toutes les attaques successives contre les musulmans en France, menées au nom de cette même loi de 1905 que Ruffin invoque, ont pavé la voie à la surenchère raciste du RN. Et les « difficultés quand il y a de la religion qui entre dans l'espace public » citées par le député de la Somme se traduisent à présent dans la proposition pure et simple d'en exclure les femmes musulmanes.

À travers ces propos, Ruffin ne fait que confirmer l'orientation de sa campagne présidentielle : il y a quelques mois, avait fait décoller sa candidature à travers des déclarations sur son « hostilité à l'immigration de travail » et la publication d'une BD raciste. La logique reste la même : placer au centre la question du « travail », la défense des « travailleurs essentiels », en s'adaptant sur le reste aux offensives réactionnaires du régime et de l'extrême droite.

Réinterrogé par Gaspard G sur ses propos sur l'immigration de juin dernier, il a par ailleurs réaffirmé sa ligne de refus de « l'immigration utilitariste », tout en formulant la nécessité d'une « immigration humaniste ». Une distinction hypocrite qui conduit de fait à diviser les travailleurs en renforçant la précarité des travailleurs sans papiers, tout en masquant le fait que derrière ce qu'il qualifie d'« immigration de travail », il y a autant de souffrances et de situations de détresse.

Lire aussi : François Ruffin, le travail sans la classe

À l'opposé de ces déclarations, la nouvelle offensive lancée contre le voile ces derniers jours montre que la seule manière de lutter contre l'extrême droite, c'est de s'attaquer à toutes les lois qui ont préparé le terrain pour son programme. Et la Marche contre l'islamophobie de 2019 était une étape importante dans ce combat. Comme l'a affirmé Anasse Kazib, en réaction à l'interview de Ruffin : « Je suis fier d'avoir participé au lancement de cette marche aux côtés de beaucoup d'autres. On ne peut pas lutter contre l'autoritarisme et l'extrême-droite sans lutter contre l'islamophobie. Mais on ne peut pas lutter contre l'islamophobie sans revendiquer l'abrogation de l'ensemble de l'arsenal raciste qui va de la loi de 2004 à la loi séparatisme. Ce sont ces lois qui ont ouvert les vannes, et qui servent de cadre à l'islamophobie d'Etat et à ses expressions quotidiennes. »

Crédits photo : capture d'écran Youtube TF1.

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