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Campeurs délogés, festivaliers gazés : la police réprime brutalement le festival d'art de rue d'Aurillac

Wed, 02 Sep 2026 19:09:11 CEST

Révolution Permanente

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Du 19 au 22 août, le festival d'Aurillac a été marqué par des expulsions et contrôles répétés visant campeurs précaires et vendeurs informels. En réponse, plus de 800 personnes ont manifesté contre ces violences, avant d'être réprimées à coups de gaz lacrymogène et de charges policières.

La 39 édition du festival international du théâtre de rue d'Aurillac s'est tenue du 19 au 22 août sous haute surveillance des forces de répression. Avant qu'elle ne commence, la préfecture avait annoncé un dispositif sécuritaire considérable composé de trois unités de CRS mobilisées en continu, des renforts de la BAC, des équipes cynophiles, des officiers de police judiciaire, et même un hélicoptère côté gendarmerie.

C'est dans cette ambiance sécuritaire qu'à peine arrivés à Aurillac, les festivaliers précaires installés comme chaque année le long de la rivière Jordanne, faute de pouvoir se payer le camping, se sont violemment fait déloger par les forces de répression : sacs vidés, tentes jetées à la benne à récupérer ensuite dans un container en centre-ville, parfois perforées au couteau. L'un des campeurs raconte à Mediapart avoir reçu des coups de matraque et de pied lors d'une intervention menée par quinze policiers contre son groupe. Même logique du côté des vendeurs à la sauvette et des artisans venus vendre leurs produits en marge du marché officiel payant, qui ont été contrôlés et menacés de confiscation et d'amendes allant jusqu'à 300 euros. Deux personnes ont été interpellées et d'autres gazées alors qu'elles s'opposaient à ces contrôles.

Face à cette répression, 800 personnes se sont rassemblées samedi 22 août devant l'hôtel de ville, scandant « à bas l'État policier » et « siamo tutti antifascisti », en direction du tribunal puis de la préfecture. Une cinquantaine de CRS sont intervenus avec plusieurs tirs de gaz lacrymogène et deux charges. Une personne a été blessée à la tête et évacuée par les secours. Quatre manifestants ont été interpellés, deux d'entre eux ont été condamnés dès le lendemain, écopant chacun de peines de prison avec sursis, assorties d'une interdiction de paraître dans le Cantal pendant trois ans.

Une escalade répressive

Ces événements s'inscrivent dans la continuité d'une escalade répressive amorcée depuis dix ans, avec l'institution de l'état d'urgence post-attentats qui attribue à la police un droit de contrôle sans limite. Une manifestation contre les fouilles systématiques imposées aux festivaliers est alors réprimée au gaz lacrymogène et à la matraque, se soldant par trois poursuites judiciaires, dont un contrôle judiciaire de deux mois.

En 2023, en marge de la 36e édition, une festivalière est contrôlée par la police alors qu'elle se promène seins nus dans les rues d'Aurillac : les autorités engagent des poursuites pour « exhibition sexuelle ». En réaction, un millier de personnes manifestent, que le ministre de la Justice de l'époque, Éric Dupond-Moretti, taxe de « crétins décérébrés ».

Enfin, en 2025, un jeune homme est frappé par la police à la suite d'un simple tag. Face à leur brutalité, des festivaliers s'affrontent aux forces de répression. Cet événement viendra justifier l'armada sécuritaire déployée pour cette 39e édition. Alors que Patrick Casagrande, maire de droite fraîchement élu, assurait dans les colonnes de La Montagne vouloir défendre « le théâtre dans ce qu'il a de plus libre », une liberté « précieuse parce qu'elle n'est jamais définitivement acquise », il semble surtout vouloir réprimer cette liberté à coups de matraques et de gaz lacrymogène.

Gentrifier par la culture

Fondé en 1986 par Michel Crespin avec le soutien de la municipalité, le festival d'Aurillac s'inscrit dans le sillage de Mai 68 : refus du lieu théâtral clos, volonté de transformer la ville en scène ouverte à 360°, pensée comme espace de liberté et de jeu. Il se présente ainsi comme un geste de rupture assumé avec l'institution théâtrale bourgeoise.

Aujourd'hui, le budget annuel du festival repose très largement sur les subventions de l'État et des collectivités territoriales. Un festival qui a bâti son identité sur l'occupation libre de la rue et le « désordre artistique » est désormais organisé par une institution culturelle puissamment financée par les mêmes pouvoirs publics qui réglementent, contrôlent et quadrillent l'espace urbain.

Un paradoxe qui explique peut-être pourquoi ce sont précisément ceux qui incarnaient l'esprit « off » du festival (punks, précaires, vendeurs informels, contestataires), qui sont aujourd'hui chassés, fouillés et gazés. Beaucoup de festivaliers historiques y voient une gentrification assumée. Il s'agit de dégager les indésirables de l'événement pour afficher une vitrine plus présentable, et plus rentable. Face à ces attaques, il est nécessaire d'opposer une réponse collective des travailleurs et usagers de la culture, sans nourrir d'illusion dans les institutions culturelles de l'État qui instrumentalisent d'une main pour réprimer de l'autre.

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