Argentine : face au coût de la vie et au mépris de Milei, la colère s'organise pour le 19 septembre
Wed, 02 Sep 2026 19:26:12 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que le gouvernement Milei impose une nouvelle vague d'attaques contre les travailleurs, les retraités et les classes populaires, des comités se multiplient dans tout le pays pour préparer la Marcha de la Bronca, une mobilisation nationale de la colère sociale prévue le 19 septembre.

Le 19 septembre prochain, des dizaines d'organisations argentines appellent à manifester contre les offensives du gouvernement, qui se multiplient en cette rentrée. Sous couvert de « réduire les dépenses » et de « libérer l'économie », le gouvernement Milei approfondit une politique qui garantit les profits des grandes entreprises tout en frappant les services les plus élémentaires et nécessaires à la vie quotidienne, du transport à la santé. Les hausses annoncées touchent notamment les bus, le métro, les trains, les mutuelles privées, les écoles privées, les loyers, l'électricité, l'eau et les autoroutes. Bref, des secteurs déjà submergés par l'austérité après 3 ans sous le gouvernement du meilleur ami des banques, Javier Milei.
Cette situation s'inscrit dans une crise sociale de plus en plus profonde. Des millions de familles ne s'endettent pas pour « consommer des choses inutiles », comme le répète cyniquement Milei, mais pour manger, payer leur loyer ou régler les factures. En Argentine, plus de vingt millions de personnes sont endettées, tandis que près de six millions sont en situation d'impayé. Près de 60 % des crédits servent à acheter de la nourriture, dans un contexte où les salaires ont perdu une part considérable de leur pouvoir d'achat depuis l'arrivée au pouvoir de La Libertad Avanza.
Loin d'être une fatalité économique, cette misère sociale est le résultat d'un choix politique : défendre les banquiers, les grandes sociétés financières et les usuriers, en leur garantissant des profits exorbitants sur le dos des travailleurs. Tandis que les familles s'endettent pour survivre, les banques et les plateformes financières continuent de s'engraisser en pratiquant des taux d'intérêts gargantuesques sur certains prêts. La Izquierda Diario souligne ainsi que Mercado Libre, propriété du milliardaire Marcos Galperin, gagne son pain de cette manière en creusant l'endettement des argentins.
Dans le même temps, le chômage progresse, produit de la chute de l'activité économique et de l'ouverture accrue aux importations, facilitée par le gouvernement. Partout, les fermetures d'entreprises, les licenciements et la précarisation dessinent le vrai visage du plan Milei qui n'est autre qu'une grande offensive contre le monde du travail, au service des patrons, des banques et du FMI.
C'est dans ce contexte que des dizaines d'organisations politiques, syndicales, étudiantes, sociales, féministes, environnementales et de retraités, dont le PTS (organisation sœur de Révolution Permanente en Argentine), appellent à construire une grande Marcha de la Bronca (« marche de la colère ») le 19 septembre. Le mot d'ordre qui commence à unifier ces secteurs est clair : « En route pour vaincre Milei, son plan et ses complices, par la grève générale ! »
Depuis le mois d'août, des comités se réunissent dans toute l'Argentine pour préparer cette journée. À Neuquén, près de 200 personnes se sont retrouvées lors d'un troisième comité, réunissant des travailleurs de l'éducation, de la santé, du pétrole, de la céramique, des retraités et des étudiants du secondaire comme de l'université. L'objectif étant de débattre collectivement de la manière de transformer la colère accumulée en mobilisation massive le 19 septembre. À Paraná, une réunion multisectorielle a également rassemblé des représentants de différents secteurs politiques, tandis qu'une réunion fédérale en ligne a rassemblé plus de 250 connexions depuis tout le pays.
Ce nouvel élan s'appuie aussi sur une expérience victorieuse récente. En effet, le 6 août dernier, la mobilisation populaire a obligé Milei à reculer dans sa tentative de faire avancer la loi dite d'« inviolabilité de la propriété privée ». Pour de nombreux participants des comités, cette victoire a montré la voie à suivre pour l'emporter : celle de l'auto-organisation par en bas, de la coordination des secteurs en lutte et de la mobilisation massive.
À Neuquén, la défense de la gestion ouvrière de Zanon et de Cerámica Neuquén a également été mise au centre des discussions. Alors que ces expériences subissent de nouvelles attaques, le comité a voté une campagne de soutien, avec des visites de l'usine et une réunion organisée sur le site même de Zanon. La lutte contre Milei ne peut pas être séparée de la défense de ces expériences ouvrières, qui montrent concrètement que les travailleurs n'ont pas besoin de patrons qui s'enrichissent sur leurs corps pour produire.
À l'image de ces expériences d'auto-organisation, dans les comités, les participants discutent, votent des résolutions, cherchent à construire des liens avec les organisations combatives et à massifier le mouvement. À Neuquén, comme dans plusieurs autres comités locaux, il a été décidé d'aller dans les quartiers, les lieux de travail et d'étude pour massifier largement et discuter des enjeux de la grève générale avec le plus de travailleurs possibles, pour faire du 19 septembre une véritable journée nationale de lutte.
La proposition initialement lancée par Myriam Bregman, députée nationale du PTS, a permis de mettre l'espace médiatique et politique dont elle dispose au service d'un objectif central qui est celui d'encourager l'auto-organisation de chaque secteur, inviter les travailleurs, les étudiants, les retraités et les mouvements en lutte à prendre eux-mêmes en main la préparation de la mobilisation.
Face à une rentrée argentine marquée par l'austérité, l'endettement, les licenciements et la misère organisée, il ne suffit pas d'attendre les présidentielles de 2027 ni de compter sur les bureaucraties syndicales qui refusent d'organiser une riposte à la hauteur. La colère existe déjà. Elle traverse les foyers endettés, les travailleurs précarisés, les retraités attaqués, les étudiants sans avenir, les secteurs de la santé et de l'éducation, les travailleurs de l'industrie et des transports. L'enjeu est désormais de transformer cette colère en force sociale organisée. Le 19 septembre doit être une étape pour unifier les luttes, dépasser la passivité des directions syndicales et construire la force capable de vaincre Milei par la grève générale.