Offensive néolibérale : Villepin veut en finir avec l'âge pivot et s'attaquer à la retraite par répartition
Wed, 02 Sep 2026 18:42:29 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans une interview sur BFMTV, Dominique de Villepin a défendu son projet pour les retraites : abolition de l'âge pivot, comptabilisation par trimestres et calcul du départ à partir de l'espérance de vie. Derrière un vernis progressiste, cette mesure condamne à travailler toujours plus longtemps pour obtenir une retraite décente.

Jeudi dernier, la bataille des présidentielles s'est ouverte sous l'égide du MEDEF au cours d'un premier débat placé sous le signe de l'austérité et des surenchères anti-ouvrières. Mais un nouveau protagoniste s'est invité dans la partie : alors qu'il prépare depuis plusieurs années son grand retour, Dominique de Villepin a annoncé son intention d'être candidat sur BFMTV, présentant les premières mesures d'un projet austéritaire brutal au service des classes dominantes.
Depuis maintenant plusieurs années, le politicien gaulliste, dont la carrière de Premier ministre a été marquée par le CPE, l'état d'urgence et la répression brutale contre les révoltes dans les quartiers populaires de 2005, tente d'incarner une alternative dans l'espace ténu qui sépare le bloc macroniste des Républicains, capitalisant sur le recul du Parti Socialiste pour incarner une voix « raisonnable » et « modérée ». Mais derrière les postures humanistes et la dénonciation du génocide à Gaza, le vernis progressiste se craquèle et laisse apparaître les contours d'une offensive féroce visant à faire payer la crise aux travailleurs.
Parmi les sujets abordés au cours d'une petite heure d'interview complaisante, Villepin est notamment reparti à l'assaut des retraites. Alors qu'il proposait en 2025 de liquider l'âge de départ en adoptant un « système par points », il défend aujourd'hui la sortie de l'âge pivot pour comptabiliser par trimestres, ainsi que la prise en compte de « la démographie [... et des] inégalités de situation devant la pénibilité des emplois et donc les conditions de travail ». Une idée qui rappelle celle de Retailleau, désirant indexer l'âge de départ à l'espérance de vie.
Villepin explique, pour légitimer son projet : « Je n'ai jamais arrêté de travailler, parce que l'espérance de vie qui est la mienne, compte tenu de la vie qui a été la mienne, me permet d'espérer vivre plus longtemps. Si j'avais transporté des sacs, ou travaillé dans une usine en 3x8, il est bien évident que la santé qui est la mienne ne serait pas la même. J'aspirerais à faire autre chose et je ne serai donc pas devant vous ». Non content de justifier la réalité macabre de la guerre de classe qui condamne des millions d'ouvriers à mourir prématurément pendant que les bourgeois regardent grandir leurs petits-enfants, le politicien de 72 ans, qui n'a connu d'autre réalité que celles des salons feutrés de la politique professionnelle, veut donc punir les travailleurs qui devraient renoncer à leur retraite à taux plein s'ils préféraient partir en retraite avant d'avoir effectué tous leurs trimestres, quel que soit leur âge.
Conscient de l'impopularité de la contre-réforme, Villepin joue la carte de la conciliation : « j'ai tiré les leçons du CPE, je ne referai pas les mêmes erreurs. Il faut prendre en compte aujourd'hui que personne n'est en mesure d'imposer, ni aux partenaires sociaux, ni aux Français, ce qu'ils ne veulent pas ». En invoquant « le dialogue social », il réhabilite une logique qui n'est pas sans rappeler le fiasco du conclave de Bayrou l'an dernier, qui avait réuni patronat et directions syndicales au cours de semaines de discussions stériles. Du point de vue des classes dominantes, cette tactique avait eu le mérite de canaliser pour un temps la colère sociale et la radicalité qui s'exprimaient alors dans le mouvement septembriste.
Pourtant, le vernis de la conciliation et du dialogue social n'effacent en rien la nature brutale du projet. Qu'il s'agisse d'un système par points ou d'une comptabilisation par trimestre, l'objectif reste le même : calculer le niveau des pensions sur l'ensemble de la carrière, non plus sur les 25 meilleures années pour les salariés du privé – sur les 6 meilleurs mois pour les fonctionnaires – et permettre à l'État de jouer sur le nombre de trimestres nécessaires pour réduire le niveau des pensions, ou augmenter le nombre d'années travaillées pour obtenir une retraite à taux plein. Une telle contre-réforme serait également un point d'appui pour introduire dans le système de retraite une part de capitalisation, un projet que Villepin s'est bien gardé de mentionner sur BFM mais qu'il assumait sur France Inter l'an dernier.
Ces mesures s'inscrivent dans le cadre d'une offensive généralisée de la classe politique contre les retraites : alors que le gouvernement propose, dans le cadre du budget 2027, de désindexer l'augmentation des retraites sur l'inflation, les différents candidats redoublent d'efforts pour séduire le patronat. Glucksmann, comme Édouard Philippe, préconisent ainsi de travailler plus longtemps, tandis que le débat du MEDEF a été marqué par ce sujet, de Gabriel Attal qui défend un « nouveau système universel » de retraites fondé sur la durée de cotisation et incluant un pilier de capitalisation, à Marine Le Pen, dont la proposition de départ à 60 ans à condition de cumuler 40 annuités incite à travailler plus jeune et plus longtemps.
Pour arracher la retraite à 60 ans et 55 ans pour les métiers pénibles, seules les luttes des travailleurs et de la jeunesse peuvent offrir une issue, sans illusion dans les politiciens bourgeois qui cherchent à instrumentaliser la cause palestinienne pour mieux faire passer la pilule de la casse sociale qu'ils veulent nous imposer.