Un nouveau zigzag de Trump dans la guerre impérialiste contre l'Iran
Tue, 01 Sep 2026 20:21:03 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes nouvelles frappes contre l'Iran, après un mois de suspension des opérations militaires, marquent un nouveau zigzag de l'impérialisme étasunien dans la guerre. Elles constituent aussi un premier désaveau de la stratégie de blocus adoptée par Trump depuis la mi-juillet.

Alors que Trump avait choisi de mettre fin aux frappes directes contre l'Iran, mettant en place un nouveau blocus et des sanctions économiques, l'impérialisme étasunien a bombardé l'île de Larak, dans la nuit de dimanche à lundi. Sur son compte X, Trump a surenchéri en expliquant que l'armée étasunienne avait réduit l'île de Kharg « en miettes », avec pour seule preuve une vidéo générée par l'IA. Mardi 1er septembre, le CENTCOM a annoncé le début d'une deuxième vague de frappes.
Ces nouvelles frappes, après un mois de suspension des opérations militaires, marquent un nouveau zigzag de l'impérialisme étasunien. Elles constituent aussi un premier désaveau de la stratégie de blocus adoptée par Trump depuis le 13 juillet dont l'échec était prévisible. Il est en effet difficile de voir comment ce second blocus peut aboutir à des résultats différents du premier, qui avait duré 66 jours, entre le 13 avril et le 18 juin. Le premier blocus avait échoué à paralyser le secteur pétrolier iranien en saturant ses capacités de stockage et à priver l'État iranien de sa rente pétrolière. Le second blocus, doublé d'une série de nouvelles sanctions, promet certes d'être plus violent, mais il est peu probable qu'il atteigne ses objectifs.
Alors que la signature du mémorandum d'accord a eu lieu en juin, permettant à Téhéran d'exporter son pétrole pendant quelques semaines, et que l'Iran perçoit en général le paiement de ses livraisons de brut quatre mois après leur départ, Téhéran bénéficie encore d'un peu de temps. Surtout, au regard de l'histoire de la République islamique, écrasée par des sanctions impérialistes massives depuis 47 ans, il est naïf de penser que les mesures adoptées par Trump puissent porter un coup décisif à un capitalisme construit autour d'une série de mécanismes destinés à les contourner. Si plusieurs analystes soulignent que ces mesures ne produiront pas de résultats stratégiques, elles n'en feront pas moins souffrir les classes populaires et les travailleurs iraniens, alors que l'inflation dépasse les 8% annuellement et que la dévaluation du rial se poursuit.
Face aux limites d'une stratégie de coercition économique, Trump a donc choisi d'opter pour de nouvelles frappes. En riposte, l'Iran a visé des bases étasuniennes en Jordanie tandis que les Émirats arabes unis ont annoncé avoir intercepté plusieurs projectiles. L'Iran répondra sans doute aux bombardements lancés, ce mardi soir. Les événements de ces dernières heures pourraient ainsi constituer le prélude à une nouvelle phase d'escalade, voire à la reprise d'une campagne de bombardements aériens massifs, comme le 7 juillet dernier. Les prochaines heures nous le diront. Reste que cette option ne constitue en aucun cas une issue pour Washington.
Aucune des deux stratégies poursuivies par les États-Unis depuis le début de la guerre, le 28 février dernier, n'a permis d'atteindre les buts de guerre impérialistes : la pression économique n'a pas changé la position iranienne dans les négociations tandis que les deux campagnes aériennes (celle de février jusqu'à avril et celle de juillet) n'ont pas transformé le rapport des forces en faveur des États-Unis. La thèse de Clausewitz selon laquelle « toute attaque s'affaiblit du fait même de son avance » résonne fortement avec la situation : la poursuite des actions offensives semble chaque jour présenter plus d'inconvénients que d'avantages. Pour suivre encore Clausewitz, le « point culminant » de l'offensive a déjà été atteint depuis longtemps alors que la guerre est devenue extrêmement coûteuse pour Washington.
Tandis que les frappes militaires sont en train de vider les stocks de munitions de haute technologie de Washington et que la poursuite des opérations exige de ramener au Moyen-Orient des forces et des équipements destinés à la contention de la Chine dans l'Indopacifique, les sanctions économiques menacent de revenir dans le visage de Trump comme un boomerang. Comme le résume Nate Swanson, « une stratégie de pression, cependant, ne peut être durable – à défaut d'être efficace – que dans la mesure où elle n'exigeait pas beaucoup de sacrifices de la part de la population américaine. Or, avec le contrôle nouvellement acquis du détroit d'Ormuz, l'Iran dispose désormais de moyens bien plus importants pour faire payer aux États-Unis et à leurs principaux alliés au Moyen-Orient le prix de cette politique de pression. »
De fait, alors que l'économie mondiale est profondément interconnectée, le blocus d'Ormuz, les frappes dans le détroit de Bab el-Mandeb, la campagne ukrainienne contre les raffineries russes, l'offensive russe contre les ports ukrainiens de la Mer Noire (par où transitent les exportations alimentaires de l'Ukraine), les conséquences des sécheresses et des incendies sur la production agricole et les effets du phénomène El Niño attisent l'inflation, bien au-delà des prix de l'énergie, sur fond de hausse généralisée des taux obligataires. Dans ce contexte, la poursuite de la guerre et l'exclusion du pétrole iranien hors du marché mondial ont des répercussions importantes rien qu'aux États-Unis.
Trump est donc dans une position extrêmement contradictoire. Comme pris dans les sables mouvants, il ne peut pas continuer la guerre sans affaiblir les leviers de puissance des États-Unis. Mais il ne peut pas non plus l'arrêter sauf à concéder une victoire historique à une nation opprimée qui dispose, avec le détroit d'Ormuz, d'un levier de pression considérable sur l'économie mondiale. Quant à la pression économique, elle menace directement la stabilité de l'administration Trump à la veille des mid-terms.
L'impérialisme est donc toujours dans l'impasse. Reste que l'apparent statu quo – l'alternance de séquences de tension et de repos – cache une dégradation graduelle de la situation, une potentielle transformation des rapports quantitatifs en rapports qualitatifs, qui pourrait pousser Trump à l'escalade pour sortir d'une situation désespérée. Chaque usage raté de la force étasunienne affaiblit sa crédibilité ; la poursuite du conflit érode l'ordre régional mis en place par Washington ; le coût de la guerre affaiblit la capacité des États-Unis à mobiliser leurs alliés et à contraindre leurs ennemis. Tandis qu'une partie des premiers avait refusé de participer aux opérations militaires, il n'est pas certain que Trump parvienne à les mobiliser dans sa campagne de sanctions contre la nation iranienne. D'autant qu'en appliquant des sanctions secondaires contre les pays qui entretiennent des liens avec l'Iran, Trump pourrait entrer en ligne de collision avec la Chine, pavant la voie à un nouvel affrontement après la trêve dans la guerre commerciale, ratifiée il y a quelques mois.
L'évolution de la situation demeure donc incertaine. Il n'en reste pas moins que cette nouvelle séquence pose une menace existentielle aux peuples de la région, à commencer par les travailleurs et les classes populaires d'Iran, dont les conditions de vie ne cessent de se dégrader du fait de l'offensive impérialiste. Dans ce contexte, il faut plus que jamais dénoncer la guerre impérialiste en cours et construire un mouvement de solidarité qui se positionne fermement en faveur de la défaite des États-Unis, en toute indépendance politique du régime iranien.