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Balladur à Mayotte : quand la droite créait le deuxième cimetière marin du monde

Tue, 01 Sep 2026 20:33:20 CEST

Révolution Permanente

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Édouard Balladur est mort le 31 août 2026. En 1995, il instaurait le visa à son nom qui transformait la séparation de Mayotte avec les autres îles comoriennes en une frontière meurtrière. 31 ans plus tard, alors que l'État français poursuit sa militarisation et sa répression sur l'île, l'héritage colonial de sa politique est toujours bien vivant.

1995. Pour achever le processus de Mayotte française et briser la libre circulation historique dans l'archipel, il fallait opérer une séparation brutale de Mayotte avec les autres îles comoriennes d'Anjouan, Grande Comore et Mohéli. Le 18 janvier, le gouvernement Balladur instaure alors un visa d'entrée à Mayotte pour les ressortissants des 3 autres îles comoriennes, faisant de ces populations, qui circulaient historiquement librement au sein du même archipel, des « étrangers » sur une partie de leur territoire en affirmant que « l'ancrage de Mayotte dans la République est un objectif qui nous rassemble ». Un « objectif commun » derrière lequel se retrouvent les intérêts de l'impérialisme français - notamment à conserver une position stratégique dans l'océan Indien et à l'entrée du canal du Mozambique -, ainsi que ceux de la bourgeoisie locale mahoraise, réunis autour de la défense de leurs intérêts stratégiques et du maintien de la domination française sur l'île.

Un visa quasiment impossible à obtenir, poussant les personnes à prendre toujours plus de risques pour traverser le bras de mer dans des embarcations utilisées initialement pour la pêche : les kwassa-kwassa. Une réalité dont Emmanuel Macron lui-même s'était fait l'écho avec un profond mépris colonial lorsqu'il affirmait en 2017 : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c'est différent »

Depuis l'instauration du visa Balladur, l'Archipel voit se succéder des drames humains, faisant de la zone le deuxième plus grand cimetière marin au monde après la Méditerranée. Selon les estimations du Sénat en 2012, près de 10 000 personnes sont mortes ou disparues depuis 1995 dans ces traversés. Un chiffre jamais actualisé qui passe sous silence une politique mortifère qui continue de faire des victimes aujourd'hui - et que certains observateurs chiffrent aujourd'hui à 30 000 morts.

Le visa Balladur est accompagné d'un dispositif militaire massif de surveillance de la frontière maritime avec des moyens techniques et humains toujours plus renforcés à chaque nouvelle loi d'exception pour Mayotte. Pour comprendre les dégâts de ce visa et de la politique coloniale de la France dans l'Archipel, le Collectif d'Action Judiciaire a réalisé un documentaire, « Mayotte, île sous domination », qui comprend plusieurs témoignages de personnes ayant perdu des proches ou ayant elles-mêmes été victimes de cette politique coloniale.

C'est notamment le cas de Djassadi Farid, travailleur comorien qui tentait de rejoindre Mayotte par la mer. Alors qu'il se trouvait à bord d'un kwassa-kwassa, son embarcation a été percutée frontalement par un navire de la Police Aux Frontières, une pratique quotidienne documentée par Le Monde. Projeté à l'eau, il a été heurté une seconde fois par le navire dont l'hélice lui a sectionné les deux jambes :

« Je me suis retrouvé à l'hôpital. Quand je me suis réveillée, je me suis rendue compte que j'avais perdu mes deux jambes [...] Ils disent que c'est de ma faute, que soit-disant j'ai sauté dans l'eau, que je voulais m'enfuir. Mais une barque va toujours plus vite qu'un homme qui nage... Depuis qu'on m'a sorti de l'hôpital, aucun médecin ne m'a suivi »

Un témoignage tragique qui illustre les conséquences de l'instauration du visa Balladur et de l'ensemble des moyens et pratiques de contrôle de surveillance des frontières qui ont succédé.

Aujourd'hui, Mayotte continue d'être utilisée comme un laboratoire et une pointe avancée des politiques françaises les plus répressives. Les déclarations d'Édouard Philippe et les annonces de Sébastien Lecornu en donnent une illustration particulièrement nette : quelques jours après la venue de Philippe à Mayotte, où il promettait de « fermer totalement les vannes de l'immigration » et proposait de créer en Afrique de l'Est le premier « centre de retour » français, Lecornu annonçait à son tour une nouvelle étape dans la militarisation de la frontière et un nouveau cap dans la chasse aux exilés.
Face à ces politiques impérialistes, nous devons exiger le retrait des troupes et des dispositifs militaires français qui organisent la fermeture de la frontière, la régularisation de toutes les personnes que cette politique fabrique comme « étrangères » sur leur propre archipel, ainsi que la liberté de circulation et d'installation totale entre les îles, dans des conditions dignes. C'est ce que doit nous rappeler la mort de Balladur : la nécessité de s'organiser pour mettre fin à l'ensemble des lois coloniales françaises.

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