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Face à l'offensive islamophobe contre le voile, abroger toutes les lois qui ont pavé la voie au RN

Tue, 01 Sep 2026 21:46:47 CEST

Révolution Permanente

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En proposant d'interdire le voile dans l'espace public, le RN franchit une nouvelle étape dans la surenchère islamophobe. Pour la combattre, il faut lutter pour l'abrogation de tout l'arsenal raciste qui lui a préparé le terrain, de la loi de 2004 à la loi « séparatisme ».

L'annonce par Marine Le Pen d'un référendum visant à interdire et pénaliser le port du voile dans l'espace public marque une nouvelle étape dans l'offensive islamophobe du Rassemblement national. Portée par le RN depuis 2012, cette mesure, véritable marqueur du lepénisme, s'inscrit dans la continuité des attaques menées contre les personnes musulmanes et de la banalisation des discours racistes encouragée par Macron et ses gouvernements successifs. En la remettant au cœur de son programme, le RN assume une politique raciste visant une nouvelle fois les femmes musulmanes et entend placer la surenchère islamophobe au cœur de la présidentielle.

L'extrême-centre tente de rediaboliser le RN après avoir mené l'offensive islamophobe et lui avoir pavé la voie

Depuis, les candidats à la présidentielle se sont empressés de prendre position, feignant pour la plupart de se démarquer de Marine Le Pen. Derrière ces déclarations de façade, beaucoup cherchent surtout à rejouer le jeu bien rodé de la « diabolisation » de l'extrême droite, tout en faisant oublier les politiques qu'ils ont eux-mêmes menées ou défendues lorsqu'ils étaient au gouvernement, ainsi que leurs propres propositions racistes. Cette indignation de circonstance ne doit pas faire oublier leur responsabilité dans la banalisation du racisme et de l'islamophobie.

Chez Gabriel Attal, l'indécence atteint des sommets quand il déclare qu'« une femme majeure qui décide en conscience de porter le voile ne menace pas la République » pour expliquer son opposition au projet du RN. Parce qu'en tant que ministre de l'Éducation nationale, c'est bien lui qui a interdit les abayas dans les établissements scolaires et organisé le contrôle des tenues des jeunes filles musulmanes à l'entrée des écoles. Une politique sur laquelle le RN s'appuie aujourd'hui ouvertement pour justifier son propre projet d'interdiction du voile dans l'espace public, expliquant qu'« on a vu que l'abaya, par exemple, d'abord dans les services publics, avait été interdite. Donc on a pu voir que lorsqu'il s'agit de définir un vêtement, le législateur arrive à [le faire] ».

Attal avait d'ailleurs lui-même proposé, au printemps 2025, d'interdire le voile dans l'espace public aux moins de 15 ans. Bardella pouvait donc difficilement rêver d'une meilleure illustration pour souligner que « certains responsables politiques » proposent eux aussi d'interdire le voile aux mineures. Les frontières entre le RN et le reste du champ politique apparaissent ainsi bien plus poreuses qu'ils ne veulent le laisser croire.

Retailleau, lui, ne s'oppose pas au projet du RN sur le fond. Il juge la mesure « inapplicable » et estime qu'elle « trahirait ses promesses », tout en affirmant qu'il faut plutôt « s'attaquer aux causes », notamment à « l'idéologie des Frères musulmans », avec la création d'un délit d'entrisme. Une position qui s'inscrit dans la continuité de son offensive contre « l'islamisme » : il déclarait d'ailleurs déjà « à bas le voile, bien sûr » et défendait l'interdiction du voile dans les clubs sportifs. En bref, des outils qu'il juge plus efficaces que ceux du RN pour traquer les musulmans.

Édouard Philippe, enfin, cherche une voie médiane dans l'islamophobie. En affirmant que « l'important à ce stade, c'est de respecter la loi telle qu'elle existe aujourd'hui » et qu'il ne croit pas « nécessaire d'aller plus loin », il cherche à se démarquer du RN tout en légitimant l'arsenal déjà en place, dont il a été l'un des précurseurs en participant, dès son passage à Matignon, à l'offensive qui a préparé le terrain à la loi « séparatisme » de 2021. Beaucoup de précautions pour quelqu'un qui reconnaît n'avoir « jamais été à l'aise vis-à-vis du port du voile » : une position qui prend une résonance particulière lorsqu'on la met en regard de ses déclarations sur la colonisation, dont il refuse de considérer qu'elle est un crime. Derrière sa volonté de se distinguer de Marine Le Pen se dessine ainsi une manœuvre politique : préserver et légitimer l'arsenal islamophobe et autoritaire qu'il a lui-même contribué à installer, et dont le RN cherche aujourd'hui à repousser encore les limites.

Mélenchon dénonce l'offensive islamophobe mais passe sous silence la loi de 2004

À gauche, Jean-Luc Mélenchon a été l'un des rares à dénoncer le fond de l'attaque, la qualifiant d'« ignoble » et rappelant que le RN « n'a pas changé et déverse ses obsessions sexistes et islamophobes avec un unique objectif » : « diviser notre peuple et fracturer la République pour mieux dominer ». Une dénonciation qui s'accompagne d'une défense de la laïcité et d'une conception des missions de la police opposée à la « police des vêtements et des croyances ».

Pour autant, dans cette prise de position, pas un mot sur la loi de 2004, pourtant adoptée et justifiée au nom de la « laïcité ». Mélenchon insiste sur la liberté de conscience et la liberté de culte dans « l'espace public », mais ne remet pas en question l'application de l'interdiction du voile à l'école, et encore moins son abrogation. Lors de sa conférence avec les nouveaux médias en mars dernier, interrogé explicitement sur la question de savoir si La France insoumise abrogerait la loi de 2004, il a répondu clairement : « Non, dans l'école, aucun signe religieux. C'est le point de vue traditionnel de l'école laïque » »

En définitive, cette position légitime donc le maintien d'une loi qu'il avait lui-même votée, et qui a largement contribué à institutionnaliser le contrôle des jeunes musulmanes à l'école l'un des fondements de l'institutionnalisation de l'islamophobie à l'école et de la banalisation du contrôle des jeunes musulmanes. Bompard, de son côté, contestait l'interdiction de l'abaya tout en se disant lui aussi « attaché » à la loi de 2004.

Pourtant, combattre la surenchère islamophobe actuelle implique de dénoncer non seulement l'offensive du RN et les différentes nuances d'islamophobie défendues par des responsables comme Philippe, Attal ou Retailleau, mais aussi les lois et dispositifs racistes qui ont pavé la voie à cette offensive : de la loi de 2004, qui a notamment servi à justifier l'interdiction des abayas, à la loi « séparatisme », qui a ouvert la voie à l'offensive contre le CCIF et multiplié les attaques contre les organisations musulmanes.

Face à l'offensive raciste, il faut abroger la loi de 2004 et tout l'arsenal islamophobe

À rebours des conceptions « laïcardes » défendues par la gauche institutionnelle, nous pensons que faire front face à l'offensive islamophobe implique d'exiger l'abrogation de l'ensemble des lois et dispositifs qui, depuis plus de trente ans, ont contribué à la construire. Cette offensive ne date pas d'hier. Elle prend notamment forme à partir de l'affaire de Creil, en 1989, lorsque trois collégiennes sont exclues de leur établissement pour avoir refusé de retirer leur foulard, ouvrant une longue séquence de polémiques et de mesures visant le port du voile à l'école. Elle se poursuit dans le sillage de la « guerre contre le terrorisme » et de l'après-11-Septembre, jusqu'à la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics. Depuis, elle s'est poursuivie, avec notamment la loi « séparatisme » de 2021 et l'interdiction des abayas à l'école en 2023, tandis que de nouveaux dispositifs visant les musulmans et celles et ceux qui dénoncent l'islamophobie continuent d'être préparés.

Faire réellement front contre cette offensive implique donc de revendiquer clairement l'abrogation de la loi de 2004, mais aussi de la loi « séparatisme », qui a facilité la criminalisation des musulmans et renforcé la répression de celles et ceux qui dénoncent l'islamophobie et dont une nouvelle extension est encore en préparation. Il faut également revendiquer l'abrogation de l'interdiction des abayas et, plus largement, de tous les dispositifs racistes et islamophobes qui organisent depuis des années la traque de la jeunesse et des quartiers populaires.

Face à l'ampleur de ces offensives, le mouvement ouvrier doit se mobiliser massivement contre l'islamophobie, en lien étroit avec le mouvement féministe. La riposte reste aujourd'hui largement insuffisante. Il est donc indispensable de placer la lutte contre l'islamophobie au cœur de nos mobilisations, notamment des mobilisations féministes de cet automne.

C'est précisément le programme porté par la candidature d'Anasse Kazib : combattre l'islamophobie sans détour, s'attaquer aux lois qui l'organisent et défendre celles et ceux qui en sont les cibles.

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