Crise politique en Bolivie : Rodrigo Paz combine l'impunité à la répression policière
Tue, 01 Sep 2026 22:49:24 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFragilisé par le scandale Cerimedo et la remontée des mobilisations contre la hausse du prix du diesel, le gouvernement de Rodrigo Paz durcit sa politique et s'appuie sur l'état d'exception pour réprimer les travailleurs et les classes populaires.

En Bolivie, le gouvernement de Rodrigo Paz est confronté à une crise politique qui se cristallise autour de deux fronts. D'un côté, l'affaire Fernando Cerimedo, ancien conseiller de Paz et opérateur politique lié aux réseaux de la droite radicale latino-américaine, a fait émerger d'énormes accusations de corruption. Son arrestation, à la suite de la tentative de féminicide visant son ex-compagne Nadia Beller qui aurait eu des informations sur ces accusations, a donné une nouvelle dimension à un scandale que le gouvernement cherche désormais à présenter comme une affaire individuelle et privée. De l'autre, la politique d'austérité et la hausse du prix du carburant provoquent une remontée de la contestation sociale et une reprise des points de blocage, à laquelle le gouvernement répond par la répression et l'état d'exception.
Le gouvernement de Rodrigo Paz traverse son heure la plus sombre et sa réponse n'est pas la transparence, mais la coordination d'une opération de dissimulation à deux niveaux. Alors que le président tente de redorer son image avec un message évasif et moralisateur, son ancien conseiller, Fernando Cerimedo, depuis la prison de Palmasola, publie un communiqué qui reprend exactement le même discours. Ils nient toute implication officielle tout en protégeant à tout prix la prétendue honorabilité de la famille présidentielle.
Cette opération médiatique de sauvetage politique coïncide, de manière révélatrice, avec le déploiement de la répression la plus brutale contre les travailleurs et les classes populaires, comme l'illustre l'attaque à l'aide d'agents chimiques et de balles en caoutchouc contre les petits producteurs au pont San Pablo.
Il ne s'agit pas de deux crises distinctes, mais du même visage d'un régime qui protège ses corrompus et criminalise le peuple qui réclame du pain et la justice.
La déclaration de Cerimedo, diffusée par ses avocats depuis la prison, fonctionne comme un manuel de relations publiques destiné à mettre l'exécutif à l'abri. Le conseiller argentin affirme que son rôle ne lui conférait aucune autorisation ni aucun pouvoir pour agir ou représenter la famille présidentielle et assure qu'il n'a jamais pris part à des magouilles, allant jusqu'à défendre l'honorabilité de l'épouse du président.
Ce discours est la copie conforme du message de Rodrigo Paz. Tous deux reconnaissent à demi-mot l'existence d'une structure de pouvoir informelle, sans contrats, sans contrôle institutionnel et en marge de la loi, mais refusent d'assumer la responsabilité politique de ce que cette structure a fait. Cerimedo accepte d'être le bouc émissaire qui endosse la collaboration afin que le président puisse s'en laver les mains. Pourtant, cet alibi ne résiste pas à un examen approfondi. S'il n'avait ni pouvoir ni représentation, comment a-t-il pu avoir accès aux courriels institutionnels, aux réunions du Conseil des ministres et aux décisions stratégiques de l'État ? L'aveu d'une collaboration sans contrat équivaut en pratique à un aveu d'illégalité et de trafic d'influence.
Démanteler le sophisme du conflit personnel pour dissimuler la corruption
Dans son communiqué, Cerimedo commet l'infamie de qualifier la tentative d'assassinat par arme à feu contre Nadia Beller de situation personnelle qu'il n'aurait pas pu gérer, et qui aurait prétendument été politisée par ses ennemis.
La tentative de féminicide contre Nadia Beller est un acte politique. Beller a dénoncé que l'attaque visait à la faire taire parce qu'elle détenait des informations confidentielles sur des opérations de corruption et des magouilles impliquant directement l'entourage présidentiel.
La défense acharnée de l'honorabilité de la première dame par Paz et Cerimedo n'est rien d'autre qu'un écran de fumée destiné à dissimuler les secrets partagés par ce cercle intime du pouvoir. Les nouvelles preuves et photographies que Beller a elle-même rendues publiques contredisent la version officielle et confirment que l'État a été utilisé pour protéger un réseau de violence et de corruption.
Gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc contre la population sur le pont San Pablo
Tandis que le cercle présidentiel se protège mutuellement, la classe ouvrière et les classes populaires paient le prix de la crise. Affaibli politiquement et acculé par le scandale, le gouvernement de Paz recourt à son seul outil efficace. Il utilise l'état d'exception pour imposer de force l'ajustement néolibéral.
Le rejet du décret suprême n° 5676, qui a augmenté le prix du diesel conformément aux conditions imposées par le Fonds monétaire international, a déclenché l'indignation populaire. Sur le pont San Pablo, la façade du dialogue s'est effondrée. Un contingent de policiers et de militaires a lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc contre des petits producteurs, faisant un bilan provisoire de cinq blessés et deux arrêtés.
Loin d'être découragés par la répression, les producteurs et productrices ont repris leur poste de blocage, coupant à nouveau la route le lendemain, défiant ouvertement l'état d'exception. Ce blocage, qui affecte déjà l'approvisionnement en gaz dans le nord de Potosí, n'est pas isolé. Il s'ajoute au mécontentement des producteurs et productrices de quinoa à Colcha K, aux mobilisations des Six Fédérations du Tropique de Cochabamba, qui ont déjà appelé à une marche pour le vendredi 4 septembre, et au rejet des transporteurs de poids lourds à l'échelle nationale.
L'état d'exception, un outil pour imposer l'austérité
La crise expose les contradictions de la classe dominante. Alors que le gouvernement utilise le scandale Cerimedo et l'état d'exception pour criminaliser la contestation sociale, la droite traditionnelle et les secteurs patronaux font pression sur Paz. Ils ne le font pas pour défendre le peuple, mais pour accélérer la privatisation de l'importation et de la distribution du carburant, approfondissant ainsi la cession de nos ressources naturelles au capital transnational.
Le ministre Fernando Aramayo et l'exécutif savent que le maintien de l'état d'exception est le seul moyen de gouverner face à leur faiblesse et à leur illégitimité croissantes. Cette mesure ne vise pas la fameuse « sécurité citoyenne », mais à ouvrir la voie à des attaques contre les travailleurs, les peuples autochtones et les paysans au nom de la soumission impérialiste.
Revendications urgentes face à l'offensive du gouvernement
Nous ne pouvons pas dissocier la lutte contre la violence machiste de la lutte contre l'exploitation capitaliste et l'austérité impérialiste. L'alibi de Cerimedo et la fuite de Paz sont inacceptables.
Depuis la LOR-CI, nous exigeons :
L'abrogation immédiate du Décret suprême 5676 et de l'état d'exception, car le droit de manifester ne se négocie pas.
La libération immédiate des personnes arrêtées et l'abandon des poursuites contre tous les militants sociaux du pont San Pablo et de tout le pays.
Une enquête approfondie, publique et indépendante sur les réseaux de corruption de Cerimedo, exigeant que le président Rodrigo Paz, ainsi que toutes les personnes mentionnées dans les listes de pots-de-vin, de cryptomonnaies et d'autres pratiques contraires à la légalité, fassent l'objet d'une enquête et soient sanctionnées comme n'importe quel citoyen.
La sortie de cette crise ne se trouve pas dans les messages enregistrés depuis la prison ou le jardin présidentiel, mais dans l'organisation indépendante de la classe travailleuse, des femmes et de la jeunesse.
Solidarité totale avec le blocage de San Pablo !
À bas l'état d'exception et l'ajustement du FMI !