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Militarisation à Mayotte : Lecornu envoie l'armée pour durcir la chasse aux exilés

Tue, 01 Sep 2026 16:45:18 CEST

Révolution Permanente

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En visite à Mayotte, Sébastien Lecornu a annoncé la « militarisation » de l'île et un nouveau cap dans la chasse aux exilés. Une politique raciste et autoritaire qui menace désormais de s'étendre à l'ensemble des territoires colonisés.

Les annonces de Sébastien Lecornu lors de sa visite à Mayotte la semaine dernière font froid dans le dos. Le gouvernement vient de franchir un nouveau cap en déclarant une véritable « guerre aux exilés ». Pour la première fois, il assume ouvertement de parler de « militarisation » d'un territoire français pour lutter contre l'immigration, mobilisant des moyens et une logique militaires au service de la chasse au migrants.

Drones, ballons statiques, recours élargi à la Légion Etrangère (déjà présente depuis 1973), hausse des effectifs de gendarmerie, hausse du nombre d'intercepteurs (ces mêmes bateaux que la PAF utilise à Mayotte et qui ont été à plusieurs reprises responsables de la mort d'exilés en mer), présence militaire maritime et aérienne ou encore déploiement de nouveaux radars autour de l'île. Le programme de Lecornu et du gouvernement est clair : « Nous assumons une militarisation plus importante de la protection de l'archipel ». L'armée sera désormais utilisée dans la lutte contre « l'immigration clandestine » à Mayotte.

L'annonce de Lecornu constitue un nouveau durcissement de la chasse aux exilés comoriens et de la région à Mayotte. Elle s'inscrit dans la continuité des offensives racistes qui, depuis longtemps, font de l'île un terrain d'expérimentation des attaques des gouvernements successifs contre les migrants. Pour ne parler que des dernières années, le durcissement du droit du sol à Mayotte, engagé dès 2018, tout comme les multiples lois sur l'immigration adoptées depuis, ont contribué à faire de l'île un laboratoire des offensives anti-migrants les plus répressives.

L'offensive raciste contre les migrants franchit aujourd'hui un nouveau cap. La nouveauté réside dans le fait que le gouvernement assume ouvertement la militarisation d'un territoire, et ce au nom de la lutte contre l'immigration. A la théorie de la « guerre hybride » qui reviendrait à croire que les Comores mènent une guerre à la France en laissant ses exilés partir pour Mayotte, le gouvernement répond par l'utilisation de l'armée. Les exilés deviennent des ennemis potentiels, dont il faut se débarrasser. Lecornu n'a aucune honte à l'affirmer « 16 000 étrangers en situation irrégulière éloignés au premier semestre : les résultats sont solides ». La déshumanisation est l'une des caractéristiques du traitement des Comores par la France. Elle justifie désormais de recourir aux treillis militaires. Ce qui change aujourd'hui, c'est que cette logique de chasse aux exilés franchit un nouveau seuil : le gouvernement assume désormais ouvertement de la militariser, en mobilisant les moyens et le vocabulaire de la guerre pour lutter contre l'immigration.

Cette nouveauté est donc à prendre très au sérieux. Mayotte est une île arrachée à l'Archipel des Comores, une ancienne colonie française, à la suite d'un référendum frauduleux en 1974. Elle reste, par sa nature, son histoire et sa dépendance totale à la Métropole coloniale, une colonie française. La frontière qui sépare aujourd'hui Mayotte d'Anjouan est elle aussi le produit de cette histoire coloniale : des populations appartenant au même espace historique, familial et culturel se retrouvent séparées par une frontière que l'État français militarise toujours davantage. Les habitants de Mayotte souffrent d'une misère inégalée, y compris dans le reste des Outre-Mer. Mettre la faute sur les exilés comoriens n'a jamais servi à autre chose que de cacher le véritable coupable : la France impérialiste, qui divise des peuples frères dans tout l'Océan Indien tout en se dédouanant d'avoir créé des frontières artificielles, responsables de la création de l'un des plus grands cimetières marins au monde.

La militarisation de Mayotte ne fera qu'aggraver une situation dont les Mahorais subiront eux aussi les conséquences, notamment à travers la répression. Sébastien Lecornu et Edouard Philippe n'ont que faire de leurs conditions de vie, comme ils l'ont montré à maintes reprises. Ils cherchent surtout un bouc émissaire pour justifier leur offensive raciste, à Mayotte et dans le reste du pays.

Mais elle est aussi un avertissement pour le reste des actuelles colonies françaises. En Kanaky, la militarisation a pris la forme d'une guerre contre-insurrectionnelle contre la révolte kanak de 2024. A Mayotte, elle prend celle d'une guerre contre l'immigration. Ce sont les deux pointes avancées de ce qui attend l'ensemble des territoires dits d'Outre-Mer : militariser des territoires considérés comme des postes avancés de l'impérialisme français sur le globe. A la Réunion, la contagion de ce discours participe largement au renforcement de la droite et de l'extrême-droite.

Pour empêcher les luttes pour l'autodétermination, l'impérialisme a toujours combiné la répression et la dépendance, afin de rendre impensable toute perspective d'indépendance. Face au déploiement militaire annoncé dans les colonies françaises, il faut s'opposer inconditionnellement à cette militarisation, dans une perspective anti-impérialiste et anticolonialiste. Cela implique d'exiger le retrait des troupes françaises, la liberté de circulation et d'installation dans des conditions dignes, la fin des exceptions sur les minima sociaux, la hausse des salaires, ainsi que la mise sous contrôle ouvrier et populaire des grands groupes de la grande distribution qui s'enrichissent sur la misère des habitants de l'île.

Crédit photo : capture d'écran

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