Airbus. 81 % des grévistes espagnols reconduisent la grève : la CGT veut mobiliser en France
Tue, 01 Sep 2026 17:58:40 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe lundi 31 août, 81 % des salariés d'Airbus à Getafe ont voté pour la poursuite de leur grève illimitée. Alors que la CGT envisage une mobilisation sur les sites français le 12 septembre, le mouvement pourrait désormais s'étendre et ouvrir la voie à une mobilisation internationale des travailleurs de l'aéronautique.

En Espagne, les travailleurs tiennent bon face à Airbus
Le conflit continue de prendre de l'ampleur chez Airbus. Après une première mobilisation de 25 jours en juillet, les salariés du site de Getafe, au cœur de la grève, ont voté ce lundi 31 août à 81 % pour la poursuite de leur grève illimitée, entamée le 25 août.
Une décision qui intervient alors que la direction avait multiplié les menaces pour tenter de faire reculer les grévistes. Airbus avait annoncé qu'elle refusait de poursuivre les négociations tant que les débrayages continueraient. La direction avait également menacé de réduire la charge de travail attribuée aux sites espagnols, de les exclure de la répartition de futurs contrats et de suspendre les embauches prévues.
Mais ces menaces n'ont pas fait reculer les travailleurs. Au contraire, avec le retour des vacances, la mobilisation s'est intensifiée. Plus de 2 000 personnes se sont notamment retrouvées sur le piquet de grève de Getafe, devenu le principal centre de la mobilisation.
Cette nouvelle étape du conflit est loin d'être anodine. En juillet déjà, un préaccord négocié par les principales organisations syndicales avait été rejeté par les travailleurs. Depuis, les assemblées de salariés sont en train d'imposer leur rythme. Derrière les revendications salariales, c'est une colère plus générale contre les conditions de travail imposées par Airbus qui s'exprime.
Les travailleurs réclament une hausse salariale de 18 % pour compenser l'inflation, mais aussi le droit de choisir leurs congés d'été, le maintien de deux jours de télétravail par semaine, de la gratuité de la cantine et des lignes de transport financées par Airbus, ainsi que la prise en charge intégrale des arrêts maladie.
Ce mardi 1er septembre, direction et syndicats doivent se retrouver devant le SIMA, l'organisme espagnol de médiation et d'arbitrage. Airbus entend y défendre sa dernière proposition : indexation des salaires sur l'inflation réelle, récupération progressive de 7,6 % de pouvoir d'achat perdu d'ici 2030 et remboursement de sommes retenues dans le cadre d'un contentieux concernant les arrêts maladie.
Mais pour les grévistes, le compte n'y est pas. Et la direction commence à mesurer les conséquences du mouvement. Elle parle désormais d'une situation « critique » pour son activité et ses clients. Il faut dire que les sites espagnols occupent une place importante dans la chaîne de production du groupe. Ils participent notamment à la production de plusieurs programmes militaires comme l'A400M, le C295 et l'Eurofighter, mais également à la production de pièces essentielles aux avions civils, notamment pour l'A320.
En bloquant leur production, les travailleurs espagnols montrent qu'ils disposent d'un pouvoir considérable sur le fonctionnement d'Airbus.
De l'Espagne à la France : vers une extension de la mobilisation ?
C'est précisément cette force qui pose aujourd'hui la question de l'extension du mouvement.
En effet, la mobilisation des travailleurs espagnols est en train d'inspirer les travailleurs de l'aéronautique français. « Nos collègues espagnols nous montrent que c'est le meilleur moyen pour défendre nos droits et même pour en gagner de nouveaux », précise Pierre, de la CGT Airbus SAS. En France, la CGT réfléchit désormais à faire converger la mobilisation avec celle des travailleurs espagnols. Olivier Le Penven, délégué CGT et élu au CSE d'Airbus, expliquait ainsi que l'idée était de « lancer une mobilisation sur tous les sites français le jour de la grande manifestation à Madrid le 12 septembre », organisée par les travailleurs espagnols. Un tract de la CGT doit ainsi être distribué sur les différents sites français.
« En France comme en Espagne, c'est la même politique de groupe que la direction applique », souligne Pierre. Et pour cause : si le mouvement a commencé en Espagne, ses raisons résonnent directement avec la situation des salariés des sites français, qui se sont mobilisés plusieurs fois en mai et juin derniers contre la baisse de 52 % de la prime de participation, mais aussi contre la réduction du télétravail.
La grève espagnole pourrait justement permettre de faire le lien entre ces différentes batailles. Déjà sous la pression du mouvement espagnol et des mobilisations organisées en France, Airbus a déjà été contraint de mettre en pause son projet de réduction du télétravail.
Ainsi le mouvement pourrait faire tache d'huile sur les différentes sites d'Europe. Airbus n'est pas une entreprise espagnole ou française : c'est une multinationale dont la production repose sur des dizaines de milliers de travailleurs répartis dans plusieurs pays européens. Face à cela, les travailleurs ont tout intérêt à lancer un mouvement international : coordonner leurs luttes au-delà des frontières que ce soit en Espagne, en France ou même en Allemagne.
Cette perspective permettrait d'imposer un véritable rapport de force contre Airbus mais aussi contre tout le secteur de l'aéronautique, pour arracher de grandes avancées pour l'ensemble des travailleurs du secteur, que ce soit l'indexation des salaires sur l'inflation ou encore une augmentation générale de 400 euros sur les salaires.
Mais une mobilisation internationale des travailleurs de l'aéronautique permettrait d'aller encore plus loin. Elle permettrait de révéler tout le potentiel des travailleurs pour enrayer la machine de guerre. Alors que le PDG d'Airbus assume, dans une lettre, l'implication croissante du groupe dans la militarisation et s'en sert pour justifier ses attaques contre les travailleurs, ces derniers pourraient alors imposer leur propre perspective politique : celle de la solidarité entre travailleurs par-delà les frontières, contre la guerre et contre ceux qui en tirent profit.