Billet. « Un an après la mort de Caroline Grandjean, ne pas oublier la responsabilité de l'institution »
Tue, 01 Sep 2026 23:24:10 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'original1er septembre, c'est la rentrée scolaire, mais c'est aussi la douloureuse commémoration du premier anniversaire de la mort de Caroline Grandjean-Paccoud. Alors que cette rentrée se fera une nouvelle fois sous le signe du manque de moyens, elle doit nous rappeler la responsabilité de l'Éducation nationale dans sa disparition.

Aujourd'hui, on commémore la mort de Caroline Grandjean-Paccoud.
Caroline était enseignante et directrice et, il y a un an, elle mettait fin à ses jours après des années de harcèlement lesbophobe.
Je ne peux que penser à sa famille et particulièrement à sa femme, qui poursuit encore aujourd'hui le combat pour ne pas faire oublier la responsabilité de l'Éducation nationale. Je lui apporte d'ailleurs tout mon soutien.
Son histoire est malheureusement celle de nombreuses, de beaucoup trop de personnes qui subissent du harcèlement et des discriminations sur leur lieu de travail parce qu'elles sont lesbiennes, gays, trans…
Ne pas oublier son histoire, c'est ne pas oublier les responsables. Si le harcèlement part toujours d'une ou de plusieurs personnes, celle qui porte la plus lourde des responsabilités et qu'on ne doit surtout pas oublier, c'est bien l'Éducation nationale.
Caroline avait pourtant alerté. Elle avait cherché de l'aide. Elle s'était appuyée sur les syndicats. Pourtant, l'Éducation nationale est restée bien silencieuse.
Pire, elle lui a demandé de se questionner sur ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter ce harcèlement. Elle lui a demandé de quitter son école et lui a proposé un établissement trois fois plus loin de chez elle.
Et lorsque la BD Cas d'école, qui racontait son histoire, est sortie, l'Éducation nationale n'a rien trouvé de mieux que de porter plainte contre sa publication et de la sommer de s'expliquer, planche après planche, auprès de la gendarmerie.
Après des années de combat, c'est l'indifférence institutionnalisée qui l'a tuée.
Aujourd'hui, on est le 1er septembre. C'est la rentrée des classes, et elle se fera avec 4 000 postes en moins, comme l'a prévu le budget Lecornu.
Aujourd'hui, c'est la rentrée des classes et, ici à Montpellier, la rectrice interdit au Planning familial d'intervenir dans les écoles pour l'EVARS.
Aujourd'hui, c'est la rentrée des classes et beaucoup d'enseignants n'auront pas pu préparer leur classe à cause d'un piratage informatique.
Aujourd'hui, c'est la rentrée des classes et, encore une fois, nombreux sont les enfants qui ne verront jamais leur AESH.
La mort de Caroline doit continuer de nous révolter et nourrir notre colère.
Car sa disparition n'est pas un drame individuel. Elle est la conséquence d'un système qui broie, qui n'épargne personne : aucun de ses travailleurs, aucune de ses travailleuses, et surtout pas ses élèves.
Si elle est si indifférente à une directrice qui alerte sur du harcèlement, que peut-on espérer pour les contractuels, sans formation, qui auront deux jours pour préparer leur rentrée ? Que peut-on espérer pour des AED aux salaires de misère ? Que peut-on attendre pour des AESH en surcharge de travail et sans aucune reconnaissance ? Et que peut-on alors espérer pour tous ces élèves en pleine construction ?
Si nous ne voulons plus pleurer de nouveaux morts, nous n'avons pas d'autre choix que de nous organiser.
Nous organiser en toute indépendance de cette institution qui perpétue le racisme, le sexisme et l'homophobie.
Nous n'avons pas d'autre choix que de mener la lutte nous-mêmes pour une véritable éducation au genre et à la sexualité, pensée et construite avec les personnels, les élèves, les familles et les associations féministes et LGBTI+.
Une véritable éducation qui s'attaque aux préjugés sexistes et LGBTIphobes et qui puisse faire reculer les drames qui ne cessent de se multiplier dans nos communautés.
Une telle éducation nécessite des moyens : des embauches massives, la titularisation des contractuels et des salaires à la hauteur.
Des moyens qui vont complètement à l'encontre du projet du gouvernement, qui annonce en cette rentrée des milliards d'économies dans les services publics, dans l'éducation mais aussi dans la santé pour mieux se lancer dans une course à la militarisation.
Mais nous l'avons montré à de nombreuses reprises dans l'éducation, mais aussi dans la santé et dans le social ces dernières années : nous sommes les meilleurs remparts contre leurs politiques. Encore ces derniers mois, face au rouleau compresseur de l'éducation nationale et du gouvernement on a vu des enseignants, des AED, des lycéens se mobiliser contre le manque de moyens, mais aussi contre le sexisme et le masculinisme, à l'image des lycéennes du Jardin d'Essai en Guadeloupe qui nous montrent la voie !
Aujourd'hui, c'est le jour de la rentrée, et la mort de Caroline doit nous rappeler l'urgence de poursuivre le combat. De construire un rapport de force qui s'appuie sur nos forces, sur les travailleurs et travailleuses, sur les élèves, les familles. Un rapport de force pour ne plus subir leurs politiques mortifères et pour arracher les moyens dont nous avons besoin.