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Sous la menace d'une « occupation illégale », le Crous vire une étudiante de son logement

Tue, 01 Sep 2026 23:34:40 CEST

Révolution Permanente

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À Rennes, Alice*, étudiante en droit, a été contrainte de quitter son logement Crous en plein été, sans explication claire, sous la menace d'une « occupation illégale » si elle restait. Une décision qui illustre comment le Crous aggrave la précarité étudiante, alors que le manque de logements permet au parc privé d'imposer des loyers toujours plus élevés.

« J'ai participé aux trois phases pour avoir un logement Crous à Rennes, j'ai déposé des centaines de dossiers, à chaque fois on m'a refusée, sans aucune explication. » Après des mois de démarches, Alice avait finalement obtenu un logement dans une résidence Crous en décembre. Mais à peine quelques mois plus tard, le Crous lui demande de quitter les lieux dès juillet, sans lui proposer aucune solution de relogement.

Du jour au lendemain, elle se retrouve ainsi menacée de voir son occupation considérée comme illégale si elle ne quitte pas son logement à la date imposée par le Crous. Au-delà, Alice doit payer entre 50 et 70 euros de pénalité par jour et risque une expulsion avec l'intervention de la police. Elle se retrouve donc à devoir chercher un logement dans le parc locatif privé très tendu de Rennes, où les loyers peuvent aller jusqu'au double par rapport à une résidence étudiante.

Cette procédure débute en juillet. Alice reçoit un mail du Crous lui annonçant qu'elle ne peut plus avoir accès à son logement au motif qu'elle ne « remplit pas les critères du Dossier social étudiant (DSE) ». Alice ne remplit effectivement pas les critères du DSE, mais parce que sa situation relève d'un autre dispositif : l'aide spécifique allocation annuelle (ASAA). Issue d'une famille monoparentale particulièrement précaire, elle ne bénéficie pas du dispositif classique de bourse sur critères sociaux et doit travailler en parallèle de ses études pour subvenir à ses besoins. C'est précisément cette situation de grande précarité qui justifie son recours à l'ASAA. Pourtant, le Crous lui reproche de ne pas remplir les critères du DSE et remet ainsi en cause son accès au logement.

Cette décision intervient alors même qu'Alice est déjà confrontée à d'importantes difficultés financières, que le Crous contribue à aggraver. Ses APL, d'un montant d'environ 100 euros déduit de son loyer, sont finalement bloquées par la CAF, et l'aide devient une dette qu'elle doit régler auprès du Crous en seulement deux jours.

Pour Alice, ces 100 euros ne sont pourtant pas une somme anodine : elle ne dispose d'aucune marge financière et ne bénéficie pas de sa bourse pendant l'été. Au cours de l'année, elle multiplie les emplois, notamment dans la restauration et au sein de différentes usines de la métropole rennaise. Elle travaille ainsi jusqu'à 25 heures par semaine, en parallèle de ses études.

Sans solution proposée par le Crous, Alice doit se tourner vers le parc privé pour trouver rapidement un nouveau logement. Dans l'urgence, elle finit par intégrer un logement insalubre en colocation où les nuisibles aggravent encore son mal-être. « J'ai des TOC, il y avait des cafards. Je faisais des crises d'angoisse tous les jours », raconte-t-elle. La situation devient rapidement intenable : en quelques semaines, Alice doit déménager deux fois, dans la précipitation, tout en faisant face à l'obligation de payer un double loyer. Au total, ces déménagements lui coûtent environ 1 500 euros, alors qu'elle ne dispose d'aucune épargne.

Cette succession de dépenses et d'incertitudes pèse lourdement sur le quotidien d'Alice, jusque dans sa santé mentale et physique. « Chaque jour, j'angoisse à cause de l'argent. Je compte chaque dépense au centime près et je dois constamment réfléchir à ce que je peux ou ne peux pas me permettre. Et à la rentrée, avec les dépenses liées à mon nouveau logement, ça sera encore pire », témoigne-t-elle.

À la rentrée, alors qu'elle devrait pouvoir se consacrer à ses études, Alice devra donc continuer à travailler et chercher un nouvel emploi pour cumuler avec celui qu'elle a déjà, simplement pour pouvoir vivre et payer son logement.

Le parcours d'Alice met en lumière une réalité plus large : alors que le logement est une condition indispensable pour étudier, le Crous laisse les étudiants les plus précaires face à des situations qui les enfoncent davantage dans la précarité. Perte du logement, aides bloquées, frais de déménagement, doubles loyers et recours forcé au parc privé : à chaque étape, les étudiants sont découragés de poursuivre leurs études à cause de la charge financière.

Et cette situation risque encore de s'aggraver à la rentrée avec l'augmentation des loyers des logements Crous. Pour Alice, comme pour de nombreux étudiants précaires, se loger devient ainsi un obstacle supplémentaire à la poursuite des études. Loin de garantir l'accès au logement étudiant, le Crous participe ainsi à précariser celles et ceux qui en ont le plus besoin. À cela, pour beaucoup d'étudiants étrangers extra-européens, leur situation est aussi agravée par l'augmentation importante des frais d'inscription à l'université.

Vous avez vous aussi été privé de votre logement Crous ou confronté à une situation similaire ? Contactez-nous pour témoigner.

* Le prénom a été modifié afin de préserver son anonymat.

Crous de Rennes

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