Palestine : l'acteur Mark Ruffalo dénonce la complicité de Paramount avec le génocide
Mon, 31 Aug 2026 19:48:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAvec le rachat de Warner Bros par Paramount, la clan milliardaire Ellison, proche de Trump et lié à Oracle qui fournit des technologies militaires à Israël, renforcerait encore davantage son emprise sur le cinéma, l'information et le streaming. Une concentration du pouvoir médiatique que dénonce l'acteur Mark Ruffalo, que Paramount veut faire taire en l'accusant d'antisémitisme.

Le rachat de Warner Bros par Paramount : fusion monopoliste de deux géants de l'industrie culturelle
Le 21 août dernier, l'acteur hollywoodien Mark Ruffalo, célèbre pour ses rôles dans des films d'auteur comme dans des blockbusters Marvel, a publié un texte sur son compte X dénonçant la tentative de rachat du géant médiatique Warner Bros Discovery par la firme Paramount Skydance. Il y dénonce également l'utilisation des bénéfices de l'entreprise Oracle, qui fournit des logiciels à l'armée israélienne depuis des décennies, pour financer une partie de cette opération de fusion monopoliste. Oracle et Paramount sont dirigées par Larry et David Ellison, père et fils de la famille milliardaire proche de Donald Trump.
Répondant à une conférence de la vice-présidente d'Oracle, Ruffalo note que « ces “technologies vraiment profondément effrayantes” seront très probablement intégrées à l'un des plus grands conglomérats médiatiques au monde et, un jour, utilisées contre vous. Regardez comme elle se délecte de ce que nous en sommes désormais venus à considérer comme un génocide, qui s'est construit sur un système d'oppression fondé sur l'apartheid et alimenté par Oracle. » En effet, le responsable de la division commerciale d'Oracle tenait une position limpide : « Soutenir Israël est inscrit dans notre ADN, même si cela nous coûte des clients, c'est notre priorité ».
Le projet de fusion de Paramount et Warner, chiffré à 111 milliards de dollars, aboutirait à un niveau de concentration inédit dans le secteur culturel et médiatique étasunien, en plus de représenter une menace importante pour de nombreux emplois. Selon le Guardian, « une fusion entre Paramount et Warner réunirait deux des cinq derniers studios historiques d'Hollywood, ainsi qu'une multitude de chaînes de télévision, de catalogues de streaming et de services d'information. Cela placerait notamment HBO Max et CNN (propriétés de Warner) sous la même égide que CBS et le service de streaming Paramount+. »
Par ailleurs, l'opération constituerait une attaque idéologique sans précédent dénoncée par les journalistes des médias CBS News et CNN liées à Warner, qui craignent de voir la ligne éditoriale de leurs médias mise sous tutelle des positions sionistes et pro-Trump de la famille Ellison, principale actionnaire de Paramount et Oracle, et notamment de son patriarche Larry Ellison soutien de Donald Trump. Comme expliquait Ruffalo, « pourquoi Trump a-t-il fait adopter cette fusion illégale ? Larry Ellison détiendra la majeure partie de Para Bros. Larry est un oligarque typique. Ils écrasent les travailleurs et concentrent les richesses mondiales au profit de leur propre pouvoir et de leur domination absolue. »
La réponse de Paramount ne s'est pas faite attendre : dans une déclaration publiée dès le lendemain, la direction de l'entreprise n'a pas hésité à taxer l'acteur d'antisémite pour tenter de discréditer son intervention dans le scandale de la fusion qu'elle réduit à un simple « différend commercial ». Au passage, elle a également nié la réalité de l'apartheid et du génocide en cours en Palestine : « Des termes comme "génocide" et "apartheid", appliqués à une transaction d'entreprise, sont non seulement erronés mais vont trop loin ; ils banalisent la souffrance bien réelle que ces mots sont censés décrire. »
Une multinationale complice du génocide instrumentalise la lutte contre l'antisémitisme pour décrédibiliser un acteur pro-Palestine
Cette instrumentalisation vise à assimiler toute critique des complices du génocide à l'antisémitisme. Elle a été réfutée par l'acteur sur son compte X. « L'accusation selon laquelle je serais antisémite est consternante et fondamentalement malhonnête. Critiquer les agissements du Premier ministre israélien, un contrat portant sur des technologies militaires ou les dirigeants qui le fournissent n'équivaut pas à critiquer le peuple juif. » Elle n'a pas trompé non plus les nombreux soutiens qui ont manifesté leur solidarité avec Ruffalo : « Je suis reconnaissante que Mark Ruffalo ait établi un lien entre le fait que les Ellison fournissent des technologies militaires à Israël en plein génocide et leur mainmise sans précédent sur les médias, soulignant qu'il s'agit d'une dangereuse concentration de pouvoir susceptible, à terme, d'être utilisée contre nous » a déclaré l'actrice Hannah Eibinder sur son compte instagram. Jane Fonda a également déclaré : « Qualifier ces critiques d'antisémites est une manœuvre de dénigrement visant à délégitimer la contestation de la fusion et à détourner l'attention de la question à laquelle Paramount préférerait ne pas répondre : une seule entreprise devrait-elle être autorisée à concentrer autant de pouvoir sur nos films, programmes télévisés et actualités ? »
Connu pour son soutien au peuple palestinien, Ruffalo figure parmi les milliers d'acteurs et de professionnels du cinéma qui se sont engagés, l'année dernière, à ne pas collaborer avec des institutions cinématographiques israéliennes. Cette expression collective s'inscrit dans la série de prises de positions depuis le secteur culturel étasunien qui se sont multipliées depuis 2023, mais également dans le mouvement de contestation massif à la politique impérialiste et raciste de Trump, des blocages d'universités en soutien à Gaza aux manifestations « No Kings » en passant par les révoltes et la grève de Minneapolis pour dégager la police raciste de l'ICE de la ville.
Cette nouvelle offensive culturelle et médiatique témoigne de la tentative de recomposition de la réaction étasunienne qui fait face au désaveu massif de sa politique de soutien au génocide, puisque 60% des sondés expriment en 2026 leur défiance vis à vis d'Israël : un nouveau record historique et un phénomène qui touche particulièrement la jeunesse, la base du Parti démocrate mais aussi une partie croissante de l'électorat Républicain. Malgré le recul de la mobilisation pour la Palestine, la solidarité avec le peuple palestinien est massive et trouve une expression dans la culture et les arts, ce qui déplait aux grands patrons de l'industrie culturelle.
Une situation qui n'est pas sans rappeler l'offensive de milliardaires français comme Stérin, Saadé, Arnault, Niel, Pigasse ou Bolloré qui accélèrent depuis des années la concentration des médias et leur contrôle du secteur culturel et patrimonial. Si le rachat du groupe Canal+ ou plus récemment d'UGC par Bolloré sont des cas d'école, ils ne représentent qu'une partie des rachats massifs qui ont visé les secteurs du cinéma, de l'édition et des médias, encouragés par les gouvernements successifs au travers d'avantageux dispositifs d'optimisation fiscale. Les révélations selon lesquelles Paramount tiendrait « une liste de talents avec lesquels le studio refuse de travailler » n'est pas sans rappeler non plus les menaces de Saadé au festival de Cannes, menaçant de cesser toute collaboration entre Canal+ et des artistes critiques de Bolloré.
Le procédé fallacieux d'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme employé par Paramount fait également écho au projet de loi Yadan visant à criminaliser toute critique d'Israël et plus récemment à la polémique autour du boycott du concert de Barbara Butch, alimentée par l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme et de la liberté d'expression contre les militants impliqués. Face aux classes dominantes qui cherchent à reprimer toute expression de contestation du génocide dans la culture, la solution ne peut venir que d'une mobilisation internationale des travailleurs et de la jeunesse, en toute indépendance de l'État et des institutions culturelles, complices directes ou indirectes du génocide en Palestine.